À 300 années-lumière de la Terre, une petite étoile dévore sa voisine à la petite cuillère, et elle a des milliards d’années devant elle pour finir son assiette.
Le 5 octobre 2026, une équipe menée par des astronomes du MIT a décrit dans la revue Nature Astronomy un couple stellaire sans équivalent connu : une naine rouge qui aspire en continu la matière d’une naine brune collée à elle.
Le système, baptisé ZTF J0440+2325, est le premier dans lequel on surprend un objet de faible masse en train de se nourrir d’un autre objet de faible masse.
Il ajoute surtout, comme on va le voir, une troisième voie aux deux destins qu’on prêtait jusqu’ici aux compagnons des étoiles.
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À ZTF J0440+2325 se joue une des plus grandes tragédies de l’Univers : une étoile dévore lentement sa voisine !
Dans la plupart des systèmes planétaires, chacun reste à sa place. La Terre tourne autour du Soleil sur une orbite stable et détachée, sans échanger un gramme de matière avec lui. C’est le cas de figure le plus courant dans la Galaxie.
Il existe cependant un autre scénario, digne d’un film d’horreur spatial. Quand une planète s’approche trop de son étoile, celle-ci peut l’attirer et l’engloutir d’un bloc. Les astronomes ont déjà pris quelques étoiles sur le fait, et c’est le sort promis à notre planète, lorsque le Soleil gonflera en géante rouge (dans quelques milliards d’années rassurez-vous).
ZTF J0440+2325 ne rentre dans aucune de ces deux cases. La naine brune n’y est ni épargnée, ni avalée. Elle se vide doucement au profit de sa compagne, comme un réservoir qui fuit au goutte-à-goutte. Pour Kevin Burdge, professeur de physique au MIT et coauteur de l’étude, on avait toujours imaginé que l’étoile finissait par avaler l’intrus ; ce couple montre qu’elle peut aussi le consommer petit à petit, pendant des milliards d’années.
Un couple de poids plume en orbite express
Les deux protagonistes sont des petits gabarits. L’étoile est une naine rouge d’environ 85 fois la masse de Jupiter, juste au-dessus du seuil qui permet d’allumer des réactions nucléaires en son cœur. Sa compagne, une naine brune d’environ 25 masses de Jupiter, appartient à cette famille étrange d’astres trop lourds pour être des planètes, mais trop légers pour briller comme des étoiles.
Ce qui frappe, c’est leur proximité. Les deux astres bouclent un tour complet l’un autour de l’autre en 87 minutes. Leur orbite entière tiendrait à l’intérieur du Soleil.
À si courte distance, la gravité de la naine rouge arrache en permanence de la matière à la naine brune.
Deux milliards de tonnes par seconde, une miette pour la naine brune
Les cas d’accrétion les plus connus mettent en scène un aspirateur minuscule et ultradense, un trou noir ou une étoile à neutrons. La matière arrachée n’y tombe pas tout droit : elle s’enroule d’abord en disque, comme l’eau autour d’une bonde. Ici, l’aspirateur est une étoile, petite certes, mais bien plus large qu’un trou noir. Le flot de gaz n’a pas le temps de tourner en rond. Il vient frapper la surface de la naine rouge de plein fouet, à très grande vitesse, un peu comme un astéroïde qui percute la Lune.
Les simulations de l’équipe, qui suivent le trajet de particules arrachées à la naine brune, confirment ce scénario : toutes terminent leur course sur la surface de l’étoile. Le débit est impressionnant (à l’échelle terrestre). La naine brune cède environ un cent-millième de la masse de la Terre chaque année, soit près de deux milliards de tonnes par seconde, l’équivalent de quelque 40 millions de camions-bennes selon le MIT. R
apporté à sa masse totale, c’est pourtant une miette. À ce rythme de sénateur, le festin pourrait se prolonger sur peut-être des milliards d’années.
Le triangle qui ne ressemblait à rien
La découverte est née d’une anomalie restée longtemps sans explication. Il y a plusieurs années, en épluchant les données du Zwicky Transient Facility, une caméra de l’observatoire Palomar qui balaie le ciel à la recherche de variations de luminosité, Kevin Burdge tombe sur une courbe de lumière en forme de triangle, répétée encore et encore. Une signature qu’aucune étoile n’est censée produire.
Les chercheurs pensent d’abord à une « veuve noire », un système où une étoile à neutrons grignote une petite compagne et dont la signature lumineuse ressemble beaucoup à celle-ci. Il manque pourtant un indice clé : le fort balancement typique d’un poids plume qui tournoie autour d’un poids lourd. Faute de preuve, le dossier dort dans un tiroir pendant des années.
C’est en le rouvrant avec Aaron Householder, doctorant au MIT et premier auteur de l’étude, que l’énigme s’est dénoué. De nouvelles observations, notamment au Gran Telescopio Canarias et aux télescopes Keck, à Hawaï, mesurent un balancement bien réel mais beaucoup trop faible pour une veuve noire. Seul un couple équilibré de deux objets légers colle aux données. Le triangle s’explique enfin : c’est la tache brûlante créée par l’impact du flot de matière sur la naine rouge. À mesure que le couple tourne, ce point chaud apparaît puis disparaît, et le sommet du triangle correspond au moment où il nous fait face. Dans l’ultraviolet, le système devient alors plus de trente fois plus lumineux qu’à son minimum.
Une chasse qui ne fait que commencer
ZTF J0440+2325 n’est peut-être pas un cas isolé. Dans la même étude, l’équipe présente un deuxième suspect sérieux, ZTF J1444+4820, dont l’orbite est encore plus serrée : 67 minutes. Ce couple-là semble en prime niché dans un système triple, avec un troisième astre tournant à plus grande distance. Sa nature exacte reste à confirmer, mais la piste est chaude.
Aaron Householder voit dans ces systèmes une nouvelle fenêtre sur la façon dont les planètes et les naines brunes interagissent avec leur étoile, et l’équipe a déjà lancé d’autres recherches dans ce sens. Maintenant qu’on connaît la forme du fameux triangle, il devient possible de le traquer dans les grands relevés du ciel.
Personne ne sait combien de ces couples cannibales se cachent dans la Galaxie, occupés à se dévorer à petit feu depuis des éons sans que nos télescopes les aient encore remarqués.
Sources principales :
- Étude publié dans Nature Astronomy :
Householder, A., Shin, K., Burdge, K.B. et al. Stable mass transfer from a substellar object onto an M dwarf. Nat Astron (2026). https://doi.org/10.1038/s41550-026-02992-6 - MIT News, Astronomers catch a star slowly snacking on a brown dwarf, 300 light years away (5 octobre 2026)
https://news.mit.edu/2026/astronomers-catch-star-slowly-snacking-on-brown-dwarf-300-light-years-away-1005
Communiqué du MIT : masses, période orbitale, taux d’accrétion, histoire de la courbe de lumière en triangle. - arXiv, Stars stably accreting from substellar objects (prépublication, 2026)
https://arxiv.org/pdf/2603.17039
Version en accès libre de l’étude : observations au Gran Telescopio Canarias et aux télescopes Keck, éclat multiplié par plus de trente dans l’ultraviolet. - Courthouse News Service, Astronomers catch two stars consuming their orbiting companions (5 octobre 2026)
https://www.courthousenews.com/astronomers-catch-two-stars-consuming-their-orbiting-companions/
Mise en perspective de la découverte et durée minimale estimée du phénomène.



