Les géomètres-experts de la Haute-Savoie l’ont dévoilé ce mercredi 14 octobre 2026 à Saint-Gervais-Mont-Blanc : le toit de l’Europe culmine désormais à 4 807,47 m.
C’est devenu un rendez-vous attendu par tous les géologues en herbe de la planète : tous les deux ou trois ans depuis 2001, une équipe d’experts grimpe au sommet du mont Blanc pour en vérifier l’altitude, au centimètre près.
La 15e édition s’est tenue mi-septembre, dans des conditions qui ont failli la faire capoter. Verdict rendu public ce mercredi matin devant la presse : le sommet a repris de la hauteur. Un vrai rebond, après plusieurs campagnes à la baisse !
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Le mont Blanc a pris 1,88 m depuis 2023, et 27 cm de plus que la mesure historique des cousins Vallot, qui tient depuis 1894
Jusqu’en 2023, la tendance pointait franchement vers le bas. Les géomètres avaient livré cette année-là 4 805,59 m, l’une des altitudes les plus basses jamais mesurées dans la série moderne. En 2024, la mesure prévue l’automne avait tourné à l’échec météo pur et simple, repoussée en catastrophe à une tentative hivernale le 6 novembre.
2025 avait un peu redressé la barre à 4 808,76 m et 2026 confirme la remontée, avec 4 807,47 m à peu près pile sur la valeur de référence historique.
Cette référence, c’est celle des cousins Joseph et Henri Vallot. Entre 1892 et 1894, ces deux scientifiques avaient entrepris un travail colossal de triangulation du massif et établi la hauteur du sommet à 4 807,2 m. Un chiffre que des générations d’écoliers français ont appris par cœur sous la forme simplifiée « 4 807 m ».
Les 27 cm que les géomètres ajoutent aujourd’hui sont presque un clin d’œil : plus d’un siècle d’instruments plus tard, l’écart tient dans l’épaisseur d’une botte !
Un sommet qui ne tient jamais en place
Pour comprendre pourquoi un même sommet peut passer de 4 810,90 m en 2007 à 4 805,59 m en 2023, il faut regarder ce que les instruments mesurent exactement.
Les géomètres mesurent en réalité la calotte de neige et de glace qui recouvre le relief rocheux sous-jacent, et cette calotte vit sa vie. Précipitations, vent qui transporte et redistribue la neige, température, ensoleillement des mois qui précèdent la campagne : chaque paramètre pèse sur la hauteur affichée au sommet.
L’année 2026 était à cet égard particulièrement sèche et les équipes insistent : la nouvelle valeur n’est pas une « bonne nouvelle climatique » qu’il faudrait opposer à la série à la baisse. Elle est un point de plus dans une courbe qui raconte avant tout la vie d’une calotte de neige, pas celle d’une montagne.
La série des 15 mesures depuis 2001
| Année | Altitude | À retenir |
|---|---|---|
| 2001 | 4 810,40 m | Lancement de la campagne par les géomètres de Haute-Savoie |
| 2003 | 4 808,45 m | Décision d’un relevé régulier et systématique |
| 2005 | 4 808,75 m | Première mesure du mouvement de la calotte sommitale |
| 2007 | 4 810,90 m | Plus haute valeur de la série |
| 2009 | 4 810,45 m | Première mesure utilisant la constellation russe Glonass |
| 2011 | 4 810,44 m | Mesure en direct télévisé depuis le sommet |
| 2013 | 4 810,02 m | Soutien à la candidature d’Annecy aux JO d’hiver |
| 2015 | 4 808,73 m | Première mesure réalisée en ski au printemps |
| 2017 | 4 807,81 m | Première campagne appuyée sur les satellites Galileo |
| 2019 | 4 806,03 m | Mesure tenue secrète pendant deux ans par les géomètres |
| 2021 | 4 807,81 m | Météo exécrable, à peine une demi-heure de mesure au sommet |
| 2023 | 4 805,59 m | Plus basse valeur de la série ; première mesure par drone |
| 2024 | 4 808,51 m | Premier véritable échec météo, mesure hivernale de rattrapage le 6 novembre |
| 2025 | 4 808,76 m | Nouvelle mesure par drone au lever du soleil |
| 2026 | 4 807,47 m | Premières mesures gravimétrique et géoradar au sommet |
Trois nouveaux outils pour la cuvée 2026
La campagne 2026 marque un bond technologique inédit. Les géomètres se sont appuyés sur trois nouveautés qui, mises bout à bout, ouvrent une autre façon de lire le sommet. Le drone photogrammétrique, d’abord, a capturé plus de 1 300 images géoréférencées pour reconstituer la calotte sommitale en un modèle 3D de plus de 15 millions de points, avec une précision de 2 à 5 cm. Un géoradar s’est ensuite enfoncé virtuellement sous la neige pour sonder le rocher caché dessous, ce qui n’avait jamais été fait au sommet à cette échelle.
La vraie première, elle, est signée IGN. L’institut national de l’information géographique et forestière a hissé jusqu’à 4 807 m un gravimètre de 5,5 kg, destiné à mesurer le champ de pesanteur local. Un instrument qu’il a fallu maintenir sous tension continue malgré le froid extrême et les nuits à –72 heures de voyage.
Cette donnée gravimétrique permettra, à la prochaine mesure, de distinguer ce qui relève de la fonte de la glace et ce qui relève des mouvements de la roche sous-jacente, deux phénomènes jusqu’ici impossibles à démêler à partir de la seule altitude.
Trois jours d’ascension, deux heures de mesure
Derrière le chiffre, il y a une expédition classique de haute montagne. 33 participants au départ, 11 cordées, 2 500 m de dénivelé à avaler sur dix heures d’ascension, et près de 30 kg de matériel scientifique à porter en plus du bivouac. Les équipes sont parties de Saint-Gervais le mardi 15 septembre et ont visé un créneau de beau temps au sommet.
Celui-ci s’est fait attendre. Pour la première fois dans l’histoire récente de l’opération, le chef des guides a décidé de reporter l’ascension finale de 24 h, le temps que les conditions se stabilisent. Les relevés définitifs n’ont finalement été réalisés que le jeudi 17 septembre, dès le lever du soleil, lors d’une fenêtre de deux heures aux premières lueurs du jour. Deux heures pour accumuler les données qui occupent ensuite plusieurs semaines les bureaux des géomètres, le temps d’un recoupement laborieux entre les relevés GNSS, la photogrammétrie et le géoradar.
Les 4 807 m des manuels n’a jamais existé
Il faudra bientôt réécrire les leçons de géographie. Le « 4 807 m » rond que l’école française a répété pendant plus d’un siècle n’était pas faux, mais c’était une photographie, celle de l’été 1894 vu par les Vallot.
Depuis 2001, les géomètres de Haute-Savoie ont transformé ce chiffre figé en série vivante, et la série dit autre chose : une calotte de neige qui gagne et perd des mètres au gré des saisons, des étés secs ou humides, des hivers venteux. En 2028, le gravimètre de l’IGN rendra sa première comparaison et dira enfin, pour la première fois, ce qui bouge vraiment sous le sommet.
D’ici là, le toit de l’Europe continuera de faire varier sa taille en fonction de son humeur.
Sources :
- 4810 Mesures & Démesure (collectif des géomètres-experts de Haute-Savoie), Communiqué de presse : Annonce officielle de la nouvelle mesure du mont Blanc (14 octobre 2026)
- 4810 Mesures & Démesure, Dossier de presse — 15e mesure du mont Blanc (septembre-octobre 2026)
Historique complet des 15 mesures depuis 2001, détail des nouveautés instrumentales (drone, géoradar, gravimètre IGN), chronologie de l’expédition. - IGN (Institut national de l’information géographique et forestière), Une expédition pour mesurer la pesanteur sur le mont Blanc
https://www.ign.fr/mag/une-expedition-pour-mesurer-la-pesanteur-sur-le-mont-blanc
Détail de la première mesure gravimétrique au sommet et de son intérêt scientifique pour distinguer glace et rocher.


