Il aura fallu 106 ans aux scientifiques pour comprendre d’où provient cette eau rouge des « cascades de sang » en Antarctique

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Une anomalie rouge au milieu du désert blanc qui fascine encore les scientifiques du monde entier.

Une étendue de glace à perte de vue, un silence total, et soudain… une traînée rouge sombre qui semble s’écouler de la montagne.

C’est exactement ce que l’on observe aux Blood Falls, à l’extrémité du glacier Taylor, en Antarctique. Découvertes en 1911 par le géologue Thomas Griffith Taylor, ces « cascades de sang » fascinent autant qu’elles dérangent.

Pendant plus d’un siècle, ce phénomène a défié les scientifiques.

Pourquoi cette eau est-elle rouge ? Comment peut-elle s’écouler dans un environnement où la température descend largement sous les –20 °C ? Et surtout… que se cache-t-il sous cette glace millénaire ?

Lire aussi :

Les Blood Falls ou « Cascades de sang » : un mystère scientifique qui a résisté pendant 106 ans

Dès leur découverte, les hypothèses se multiplient. Certaines évoquent la présence d’algues rouges capables de survivre dans le froid extrême, d’autres pointent vers la chimie.

Très vite, une piste s’impose : le fer.

L’idée est simple : de l’eau riche en fer remonterait à la surface, et au contact de l’air, ce fer s’oxyderait, exactement comme un clou qui rouille, d’où cette coloration rouge intense.

Ce nouveau record en Antarctique fait saliver les scientifiques du monde entier avec 228 mètres de carotte pour 23 millions d’années d’archive

En réalité, aussi satisfaisante soit-elle, cette explication laisse de nombreuses zones d’ombre :

  • Comment de l’eau liquide peut-elle exister sous un glacier gelé en permanence ?
  • D’où vient ce fer en si grande quantité ?
  • Pourquoi ce phénomène est-il localisé uniquement ici ?

Pendant des décennies, impossible de creuser plus loin. Les technologies de l’époque ne permettaient pas d’explorer l’intérieur des glaciers sans les détruire.

Selon une étude publiée en 2017 dans le Journal of Glaciology et relayée par National Geographic, la couleur rouge des Blood Falls provient d’une eau hypersaline riche en fer issue d’un réseau de rivières et d’un lac sous-glaciaires cachés sous le glacier Taylor.
Selon une étude publiée en 2017 dans le Journal of Glaciology et relayée par National Geographic, la couleur rouge des Blood Falls provient d’une eau hypersaline riche en fer issue d’un réseau de rivières et d’un lac sous-glaciaires cachés sous le glacier Taylor.

La clé du mystère se cache sous 400 mètres de glace

Le tournant arrive au XXIe siècle, avec l’arrivée de technologies capables de « voir » sous la glace, notamment des radars géophysiques.

Et là, surprise !

Sous le glacier Taylor, les chercheurs découvrent un lac d’eau hypersalée, piégé depuis plusieurs millions d’années. Une sorte de poche liquide isolée du reste du monde.

Ce lac possède trois caractéristiques clés :

  • une salinité extrême : beaucoup plus élevée que celle de l’eau de mer,
  • une concentration élevée en fer,
  • et surtout une température en dessous de 0°… mais liquide

Pourquoi ? Grâce à cette salinité extrême qui abaisse le point de congélation

Lorsque cette eau remonte ensuite lentement à travers des fissures du glacier, elle entre en contact avec l’oxygène de l’air. Le fer dissous s’oxyde instantanément.

Le mystère des blood falls

Une vie cachée là où on ne l’attendait pas

L’histoire ne s’arrête pas là.

En analysant cette eau, les scientifiques découvre quelque chose d’inattendu : des micro-organismes vivants : des bactéries

Ces dernières survivent dans un environnement particulièrement hostile : sans lumière, sans oxygène et, comme on l’a vu, dans de l’eau particulièrement froide et riche en fer, ce qui théoriquement devrait interdire toute vie !

En fait, ces micro-organismes utilisent le fer comme source d’énergie, dans un processus chimique totalement indépendant de la photosynthèse… une preuve directe que la vie peut exister dans des conditions extrêmes, bien au-delà de ce que l’on imaginait il y a encore quelques décennies.

Des cascades qui inspirent l’exobiologie

Les Blood Falls sont devenues au fil et à mesure des années un modèle scientifique majeur.

Les conditions observées sous le glacier ressemblent en effet fortement à celles que l’on soupçonne ailleurs dans le système solaire.

Si des micro-organismes peuvent survivre sous un glacier en Antarctique, alors l’idée d’une vie extraterrestre devient soudain beaucoup plus crédible.

Les Blood Falls servent aujourd’hui de terrain d’entraînement pour les scientifiques qui conçoivent les futures missions spatiales en gardant à l’esprit que la vie trouve toujours un chemin, même sous des centaines de mètres de glace, dans un froid extrême et sans lumière.

Sources :

  • National Geographic, L’origine des mystérieuses cascades de sang de l’Antarctique enfin expliquée,
    https://www.nationalgeographic.fr/environnement/lorigine-des-mysterieuses-cascades-de-sang-de-lantarctique-enfin-expliquee
    article détaillant les mécanismes chimiques à l’origine des Blood Falls, avec les découvertes récentes sur les interactions entre sel, fer et environnement glaciaire.
  • Wikipédia, Blood Falls (consultaté en 2026),
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Blood_Falls
    synthèse historique et scientifique du phénomène, présentant son origine, ses caractéristiques et les principales hypothèses validées.
  • Jessica A. Badgeley, Erin C. Pettit, Christina G. Carr, Slawek Tulaczyk, Jill A. Mikucki, W. Berry Lyons
    « An englacial hydrologic system of brine within a cold glacier: Blood Falls, McMurdo Dry Valleys, Antarctica »
    Journal of Glaciology, 24 avril 2017, vol. 63, n° 239, pp. 387–400.
    DOI : 10.1017/jog.2017.16

Image de mise en avant :

Blood Falls s’écoule depuis l’extrémité du glacier Taylor jusque dans le lac Bonney, en Antarctique.

Photographié le 26 novembre 2006 par la National Science Foundation (crédit : Peter Rejcek), ce phénomène spectaculaire doit sa couleur rouge à des eaux salines riches en fer, issues d’un réservoir souterrain ancien. Une fois exposé à l’air, le fer s’oxyde et crée cet écoulement rougeâtre, la tente visible sur l’image permettant d’en apprécier l’échelle réelle.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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