Un chèque de 1,2 milliard d’euros pour un seul chantier, à 17 000 kilomètres de Paris.
Le 30 juillet 2026, Bouygues Construction a annoncé avoir décroché la poursuite du campus de datacenters SYD3, dans l’ouest de Sydney, pour le compte de l’australien AirTrunk. Le contrat, signé par sa filiale locale A W Edwards, représente 1,9 milliard de dollars australiens (1,2 milliard d’euros).
Les travaux démarreront ce mois-ci pour une livraison attendue pour la mi-2028.
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Bouygues décroche un contrat d’1,2 milliard d’euros pour la poursuite du campus de datacenters SYD3 à l’Ouest de Sydney
Le projet a été annoncé par AirTrunk en 2024 avec une capacité de plus de 320 mégawatts. Il est aujourd’hui présenté à plus de 400 mégawatts, une révision à la hausse qui en dit long sur la pression de la demande.
Les neuf phases de construction s’étaleront sur 8,3 hectares, alimentées par une sous-station électrique de 132 000 volts implantée directement sur le site.
Situé à moins d’un kilomètre du campus SYD1, le premier datacenter historique d’AirTrunk ouvert fin 2017, SYD3 forme avec lui un ensemble connecté dépassant 450 mégawatts. De quoi devenir, une fois achevé, le plus grand campus indépendant de la région Asie-Pacifique et Japon.
| Caractéristique du campus SYD3 | Donnée |
|---|---|
| Capacité informatique visée | Plus de 400 MW |
| Montant du contrat Bouygues | 1,9 milliard de dollars australiens (1,2 milliard d’euros) |
| Emprise et phasage | 8,3 hectares, neuf phases de construction |
| Alimentation électrique | Sous-station de 132 kV sur site |
| Indice de conception PUE | 1,15 |
| Consommation d’eau | Environ 80 % de moins qu’un datacenter classique |
| Armatures acier | 100 % australiennes, au moins 86 % de contenu recyclé |
| Livraison | Mi-2028 |
Le chiffre à retenir dans ce tableau est le PUE, pour Power Usage Effectiveness. Il mesure le rapport entre l’électricité totale consommée par le bâtiment et celle réellement utilisée par les serveurs. Un PUE de 2 signifie qu’il faut un watt de climatisation et de servitudes pour chaque watt de calcul. La moyenne mondiale tourne autour de 1,5. Avec 1,15 en conception, SYD3 se place dans le peloton de tête, ce qui suppose des choix techniques précis sur le refroidissement, la distribution électrique et l’implantation même du bâtiment.
A W Edwards, le bras australien discret du groupe
Le contrat n’a pas été signé par Bouygues Construction directement, mais par A W Edwards, entreprise implantée en Nouvelle-Galles du Sud et passée dans le giron du groupe français. Cette entreprise a déjà livré des chantiers hospitaliers, des infrastructures de transport et des équipements numériques dans l’État. En parallèle, Bouygues Construction Australia travaille sur le génie civil et les énergies renouvelables à l’échelle nationale, notamment sur des projets de métro et de grandes centrales solaires.
Cette organisation en deux entités permet au groupe de jouer sur deux registres : la connaissance fine du tissu local d’un côté, l’ingénierie internationale de l’autre. Philippe Jouy, directeur général adjoint de Bouygues Construction en charge de Bouygues Bâtiment International parle ainsi de « la valeur de notre présence enracinée en Australie via A W Edwards, combinée à l’expertise mondiale de Bouygues Construction dans la livraison de datacenters hyperscale complexes ».
Rappelons qu’un hyperscale désigne un campus conçu pour un très petit nombre de clients géants, typiquement Amazon, Microsoft ou Google, qui louent des dizaines de mégawatts d’un coup plutôt que quelques baies de serveurs. Ces chantiers ne ressemblent à aucun autre : les délais sont dictés par le calendrier commercial du client, les tolérances électriques sont serrées, et la moindre semaine de retard se chiffre en millions.
Derrière AirTrunk, la puissance de feu de Blackstone
AirTrunk a été fondé en 2015 par Robin Khuda, arrivé du Bangladesh en Australie à dix-huit ans et devenu milliardaire avant quarante-cinq. En septembre 2024, le fonds américain Blackstone et le fonds de pension canadien CPP Investments ont racheté l’entreprise pour 24 milliards de dollars australiens, soit environ 15 milliards d’euros. La plus grosse opération jamais réalisée dans le secteur des datacenters à l’échelle mondiale, et le plus important investissement de Blackstone en Asie-Pacifique.
Depuis, la machine tourne à plein régime. AirTrunk exploite ou développe plus de 3 gigawatts de capacité sur une vingtaine de sites répartis dans six pays. En Australie, le groupe revendique 6,4 milliards d’euros déjà investis sur quatre sites, et annonce 48 milliards d’euros supplémentaires pour la seule décennie à venir. Blackstone, de son côté, détient un portefeuille de datacenters de 70 milliards de dollars américains, soit près de 60 milliards d’euros, et affiche un pipeline de projets de plus de 100 milliards de dollars (environ 85 milliards d’euros). Le fonds estime que la demande pour ce type d’actifs a été multipliée par dix-sept depuis 2019.
Pour un constructeur, se positionner sur ce marché revient à s’adosser à des donneurs d’ordre dont les carnets de commandes sont sécurisés pour dix ans.
Le pari énergétique qui reste à tenir
Reste une équation que ni AirTrunk ni Bouygues ne maîtrisent entièrement. Un campus de 400 mégawatts doit être alimenté, et l’ouest de Sydney n’échappe pas aux tensions qui pèsent sur les réseaux électriques partout où les datacenters se concentrent. La Nouvelle-Galles du Sud ferme progressivement ses centrales à charbon, le renouvelable monte en puissance sans encore compenser, et les opérateurs de datacenters se retrouvent en concurrence directe avec les ménages et l’industrie pour les mêmes mégawatts.
Les engagements environnementaux affichés sur le chantier, béton bas carbone, acier recyclé, dispositif de récupération des déchets baptisé Site Cycle, répondent à l’empreinte de la construction mais ne disent rien de l’empreinte d’exploitation, qui s’étalera sur vingt ou trente ans.
La vraie question, pour Sydney comme pour Dublin, Amsterdam ou la Virginie du Nord, sera de savoir si le réseau pourra suivre… mais au final, cela ne regarde pas le constructeur Bouygues qui en profite pour signer un beau contrat en Australie !
Sources :
Bouygues Construction, Bouygues Construction secures expanded contract for AirTrunk’s major hyperscale data centre campus in Australia (30 juillet 2026)
https://www.bouygues.com/app/uploads/2026/07/PR-Australia-AirTrunk-SYD3-1.pdf
Communiqué officiel : montant de 1,2 milliard d’euros, équivalence en dollars australiens, engagements environnementaux, citation de Philippe Jouy.
World Construction Network, Bouygues wins contract for AirTrunk Sydney data centre expansion (juillet 2026)
https://www.worldconstructionnetwork.com/news/bouygues-airtrunk-data-centre-syd3 /
Périmètre d’activité d’A W Edwards en Nouvelle-Galles du Sud et de Bouygues Construction Australia.
AirTrunk, AirTrunk expands Western Sydney Region with new SYD3 hyperscale data centre, Asia-Pacific’s largest
https://airtrunk.com/airtrunk-expands-western-sydney-region-with-new-syd3-hyperscale-data-centre-asia-pacifics-largest /
Caractéristiques techniques du campus : neuf phases, 8,3 hectares, sous-station 132 kV, PUE de conception 1,15, consommation d’eau réduite de 80 %, capacités de SYD1 et SYD2.
Blackstone, Blackstone Announces Agreement to Acquire AirTrunk in a A$24B Transaction (4 septembre 2024)
https://www.blackstone.com/news/press/blackstone-announces-agreement-to-acquire-airtrunk-in-a-a24b-transaction /
Montant et structure du rachat d’AirTrunk par Blackstone et CPP Investments auprès de Macquarie Asset Management et PSP Investments.




