Il y a dix ans, un moteur franco-américain décollait pour la première fois avec des passagers à bord. Personne n’imaginait qu’il allait rafler la mise sur toute la planète.
Le 2 août 2016, un Airbus A320neo de la compagnie turque Pegasus quittait le tarmac avec, sous les ailes, deux moteurs flambant neufs baptisés LEAP.
Dix ans plus tard, jour pour jour, le compteur affiche des chiffres à faire tourner la tête : plus de 10 000 moteurs livrés, plus de 100 millions d’heures de vol, et un trône de numéro un mondial que plus personne ne songe à contester. En une décennie, le LEAP est devenu le moteur d’avion civil le plus vendu de tous les temps, avec à la baguette, un couple franco-américain.
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10 000 moteurs en 10 ans : comment le LEAP est devenu le moteur le plus vendu de l’histoire de l’aviation
Un pari lancé sans le moindre avion à équiper
L’histoire commence par un coup de poker. En juillet 2008, les deux parents de CFM International, le français Safran Aircraft Engines et l’américain GE Aerospace, décident de développer un nouveau moteur, le LEAP. Notons qu’à cette époque, aucun avionneur ne l’a encore choisi. Safran et GE ont donc misé des milliards sur un produit qui n’avait pas l’ombre d’un client !
Le coup de poker s’est ensuite transformé en jackpot. Le chinois COMAC a été le premier client officiel fin 2009 pour son C919. Airbus a suivi en décembre 2010 en le retenant sur l’A320neo avant enfin Boeing en novembre 2011 : le LEAP sera le moteur unique du 737 MAX. Le moteur franco-américain se retrouve à équiper les trois avions moyen-courriers les plus vendus au monde. Sur l’A320neo, il croise le fer avec Pratt & Whitney. Sur le 737 MAX et le C919, il n’a aucun rival : il est seul maître à bord.
Ce que le LEAP change vraiment pour les compagnies
Sous le capot, rien de franchement révolutionnaire dans le principe. Le LEAP reste un turboréacteur à double flux, comme ses ancêtres. La différence tient dans une accumulation de technologies pointues : des aubes de soufflante tissées en fibres de carbone, plus légères qu’un modèle en métal, des pièces de chambre de combustion en céramique qui encaissent des chaleurs infernales, une aérodynamique interne peaufinée au millimètre par ordinateur.

Tout cela pour environ 15 % de carburant en moins que la génération précédente, à puissance égale. Quand on sait que le kérosène représente jusqu’à un tiers des coûts d’une compagnie aérienne, on comprend l’engouement. Pour un transporteur qui aligne des centaines d’appareils, ces 15 % se chiffrent en dizaines de millions d’euros économisés chaque année.
Les différentes version de LEAP :
| Version | Avion équipé | Soufflante | Particularité |
|---|---|---|---|
| LEAP-1A | Airbus A320neo | 1,98 m | En concurrence avec le Pratt & Whitney GTF ; version la plus vendue |
| LEAP-1B | Boeing 737 MAX | 1,76 m | Moteur unique du 737 MAX ; soufflante réduite pour tenir sous l’aile basse |
| LEAP-1C | COMAC C919 (Chine) | 1,98 m | Seul moteur occidental du C919 ; livré avec nacelle intégrée |
Combien d’argent le LEAP a-t-il rapporté ?
Voilà la question que tout le monde se pose et à laquelle personne ne répond jamais vraiment, pour une raison simple : les prix réels des moteurs ne sont jamais communiqués. Nous allons tenter une estimation ici.
Au prix catalogue, un exemplaire neuf d’un moteur LEAP s’affiche aujourd’hui entre 15 et 18 millions de dollars, soit 13 à 15 millions d’euros. On a même un repère concret : en juin 2025, Ryanair a raflé 30 moteurs LEAP de rechange pour 500 millions de dollars, ce qui fait 16,7 millions l’unité. Sauf que dans ce métier, personne ne paie le tarif affiché. Les compagnies et les loueurs arrachent des ristournes de 40 à 60 %, surtout sur les commandes massives. Le prix réellement encaissé par CFM tourne donc plutôt autour de 6 à 9 millions d’euros par moteur en moyenne sur la décennie, les premiers exemplaires ayant coûté moins cher que ceux d’aujourd’hui.
Dix mille moteurs, multipliés par un prix moyen réel qu’on estime prudemment à 7 millions d’euros, cela donne environ 70 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé sur dix ans, rien que pour les moteurs neufs. En fourchette basse, on tombe à 60 milliards, en fourchette haute à 90 milliards.
Notons en outre que ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Dans l’aéronautique, un motoriste gagne peu, voire vend à perte, sur le moteur neuf. Le pactole, il le récolte ensuite pendant vingt ou trente ans grâce à la maintenance : pièces détachées, révisions, passages en atelier facturés au prix fort. Les visites d’atelier des LEAP commencent à peine à monter en puissance, ce qui laisse présager des décennies de rentes juteuses. En additionnant l’après-vente et la vente initiale, le LEAP a vraisemblablement déjà généré, sur ces dix premières années, plus de 100 milliards d’euros pour CFM et ses maisons mères. Le meilleur reste à venir, puisque la flotte ne cesse de grossir !
Si ce chiffre reste une estimation, à manier avec des pincettes, il donne néanmoins la mesure de la bête : le LEAP n’est pas qu’une prouesse technique, c’est une machine à cash partagée moitié-moitié entre Paris et Cincinnati !
Un marché colossal où LEAP est roi
Le marché mondial des moteurs d’avions commerciaux pesait environ 96 milliards de dollars en 2025, et devrait grimper à 117 milliards d’ici 2031.
Dans ce club très fermé, le LEAP taille la part du lion sur les monocouloirs. Il équipe la totalité des Boeing 737 MAX et des COMAC C919, et remporte 55 % des choix sur l’Airbus A320neo face au GTF de Pratt & Whitney. Autrement dit, la grande majorité des moyen-courriers neufs qui sortent d’usine aujourd’hui volent avec un LEAP sous l’aile.
En 10 ans, le moteur a accumulé plus de 100 millions d’heures de vol et franchi la barre des 10 000 exemplaires livrés.
Le rythme, lui, ne faiblit pas, au contraire. Après un record maison de 1 802 moteurs sortis d’usine en 2025, CFM a enfoncé le clou sur le premier semestre 2026 avec 1 030 livraisons, soit 41 % de plus qu’un an auparavant. La coentreprise franco-américaine ne compte pas s’arrêter là et vise 2 600 moteurs par an dès 2028 et 3 000 passages en atelier annuels d’ici 2030, ce filon de la maintenance qui rapporte gros sur la durée. Signe qu’ils voient loin, les deux partenaires viennent de prolonger leur mariage industriel jusqu’en 2050, dans la foulée du programme RISE censé donner naissance au successeur du LEAP.
Un autre cap symbolique se profile en outre puisque dès 2029, le LEAP devrait dépasser en nombre son propre ancêtre, le CFM56, dans le ciel.
Le fils aura alors définitivement détrôné le père !
LEAP en quelques chiffres :
Sources :
CFM International, CFM secures certification for LEAP-1B durability upgrades (juillet 2026)
https://www.cfmaeroengines.com/press-articles/cfm-secures-certification-for-leap-1b-durability-upgrades
Communiqué officiel des 10 ans du LEAP (plus de 10 000 moteurs livrés, plus de 100 millions d’heures de vol), comparaison avec le CFM56 et déclarations de Gaël Méheust.
Safran, BOC Aviation announces order for up to 300 LEAP engines (20 juillet 2026)
https://www.safran-group.com/pressroom/boc-aviation-announces-order-300-leap-engines-2026-07-20
Confirmation des plus de 10 000 moteurs livrés, montée en cadence la plus rapide de l’histoire et méga-commande de BOC Aviation à Farnborough.
Safe Fly Aviation, Why Jet Engine Prices Are Skyrocketing in 2026 (15 mai 2026)
Why Jet Engine Prices Are Skyrocketing in 2026: The Aviation Cost Crisis Explained
Indices de prix 2026 des moteurs (LEAP à 15-18 millions de dollars l’unité, hausse d’environ 50 % depuis 2020) utilisés pour l’estimation du chiffre d’affaires.
SEC / Ryanair Holdings, Ryanair invests $500M in 30 CFM LEAP-1B engines (10 juin 2025)
https://www.sec.gov/Archives/edgar/data/1038683/000165495425006766/a0951m.htm
Document officiel confirmant l’achat par Ryanair de 30 moteurs LEAP-1B de rechange pour 500 millions de dollars au prix catalogue, repère utilisé pour l’estimation du prix unitaire.
Mordor Intelligence, Commercial Aircraft Engines Market — Size & Share (février 2026)
https://www.mordorintelligence.com/industry-reports/commercial-aircraft-engines-market
Taille du marché mondial des moteurs commerciaux.
Image de mise en avant : La Pulse Line LEAP, ligne d’assemblage pulsée d’une longueur de 60 mètres pour 20 mètres de large, est une véritable vitrine du savoir-faire de Safran Aircraft Engines.





