À Farnborough, Radia annonce que c’est le français Latecoere qui va câbler son avion cargo XXL WindRunner.
Pour construire le WindRunner, l’avion le plus grand du monde avec ses 108 mètres de long (dont nous vous donnons régulièrement des nouvelles chez Media24.fr) qu’elle veut faire voler d’ici la fin de la décennie, Radia a annoncé le 7 juillet durant le Farnborough International Airshow 2026 avoir choisi le Français Latecoere afin de concevoir tout le câblage électrique du géant.
Une belle prise pour l’industrie française, et une belle reconnaissance pour une entreprise centenaire qui revient de loin !
Le contrat porte sur ce que les ingénieurs appellent l’EWIS, pour Electrical Wiring Interconnection System. Rien de très glamour au premier abord, sauf que sans EWIS, un avion, c’est du métal qui traîne au sol.
Lire aussi :
- Le futur plus grand avion du monde intéresse l’Armée américaine pour sa capacité unique au monde à transporter six hélicoptères Chinook CH-47 prêts à emploi
- 109 mètres de long et 9 fois plus volumineux qu’un Boeing 747 ! Ce monstre « volant » était destiné à transporter des éoliennes mais pourrait voir encore plus grand
Le Français Latecoere rejoint l’aventure du WindRunner
Un avion moderne, c’est avant tout un immense réseau électrique (appelé EWIS en anglais, pour Electrical Wiring Interconnection System).
Prenez un Airbus A350 : plus de 500 kilomètres de câbles rangés en centaines de faisceaux, l’équivalent d’un Toulouse-Marseille en fil de cuivre embarqué dans la carlingue. Un Boeing 787, plus modeste, tourne autour de 160 kilomètres. Le WindRunner, deux fois plus long qu’un A320, va probablement demander autant sinon plus.
À quoi servent tous ces câbles ? À faire dialoguer chaque organe de l’appareil avec les autres. Les commandes de vol, l’avionique, les circuits hydrauliques, l’éclairage, la pressurisation, les calculateurs. C’est le système nerveux central de l’avion.
Quand ça marche, on ne remarque rien… quand ça défaille, ça peut faire les gros titres.
Après plusieurs accidents restés dans les mémoires, la FAA américaine et l’EASA européenne ont serré la vis dès 2007 avec une réglementation drastique sur la conception, l’installation et la certification des EWIS. Depuis, la discipline est devenue un métier à part, réservé à une poignée d’entreprises capables de gérer une complexité industrielle rare.
Latecoere en fait partie, avec Safran Electrical & Power ou l’Américain Collins Aerospace. Un très petit club mondial.
Latecoere, ce champion français qu’on connaît finalement mal
Cocorico modéré, mais cocorico quand même.
Latecoere est l’une des plus vieilles entreprises aéronautiques françaises. Fondée en 1917 par Pierre-Georges Latécoère à Toulouse, elle a ses racines dans l’histoire mythique de l’Aéropostale, celle de Mermoz et Saint-Exupéry. Son siège n’a pas bougé d’un pouce : 135 rue de Périole, à Toulouse, à un jet de pierre des chaînes d’assemblage d’Airbus.
Aujourd’hui, la boîte fait travailler 4 700 salariés dans le monde, avec des sites en France, en République tchèque, en Bulgarie, en Tunisie, au Maroc, au Brésil, au Mexique et aux États-Unis. Le chiffre d’affaires 2025 s’est monté à 756,7 millions d’euros, en croissance de 7,2 %. Deux métiers principaux : les aérostructures (portes d’avion, tronçons de fuselage, mâts-réacteurs, empennages) pour 55 % de l’activité, et les systèmes d’interconnexion (câblage EWIS et racks avioniques) pour les 45 % qui restent. Son carnet de clients est des plus prestigieux : Airbus, Boeing, Bombardier, Dassault Aviation, Embraer, BAE Systems, Honda Aircraft, Lockheed Martin, RTX et Thales.
Il y a pourtant quelques années, Latecoere n’allait pas bien du tout. Le fonds d’investissement américain Searchlight Capital Partners en a pris le contrôle fin 2019 par une offre publique d’achat qui a défrayé la chronique toulousaine.
Il a fallu en outre recapitaliser à hauteur de 100 millions d’euros en 2023, avec l’aide de la Banque européenne d’investissement et de prêts garantis par l’État français. La reprise en main a été confiée en 2023 à André-Hubert Roussel, l’ancien patron d’ArianeGroup, qui a méthodiquement remis la maison en ordre. Le retour à l’équilibre opérationnel a été confirmé fin 2025.

L’ancienne de Boeing qui a scellé le deal
L’accord Radia-Latecoere ne passe pas par Toulouse, il passe par la filiale américaine Latecoere Americas. À sa tête depuis janvier 2022, une figure connue de l’industrie américaine : Sam Marnick, une ancienne vice-présidente de Boeing où elle avait piloté le programme 787 puis les services globaux. Elle apporte à Latecoere un réseau et un savoir-faire proprement américains, ce qui n’est pas rien quand on cherche à décrocher un contrat auprès d’une startup basée dans le Colorado.
Pour parler du projet WindRunner, Sam Marnick n’a pas tari d’éologes : « WindRunner représente l’un des programmes de développement aérospatial les plus ambitieux actuellement en cours. Nous sommes heureux de collaborer avec Radia et d’apporter notre expertise en intégration de systèmes électriques aéronautiques pour soutenir le développement de cet appareil révolutionnaire. »
Un écosystème étonnamment européen pour une startup américaine
À Farnborough, l’entreprise a aussi annoncé un accord avec Stirling Dynamics, une petite pépite britannique basée à Bristol qui va s’occuper de l’intégration des commandes de vol du WindRunner.
Avec ces deux signatures, Radia dépasse désormais la barre des vingt partenaires industriels engagés sur son programme, avec assez curieusement un écosystème industriel largement européen.
Les aérostructures ? Les Espagnols Aciturri et Aernnova.
L’ingénierie de niveau supérieur ? L’Italien Leonardo, poids lourd européen de la défense. La maintenance ? L’Italien Atitech, basé à Naples.
Le câblage électrique et les commandes de vol ? Un Français et un Britannique.
À côté du Danois Blue Water Shipping, annoncé fin juin comme logisticien mondial du programme, il ne reste pas beaucoup de place pour les fournisseurs américains. Preuve que sur les compétences techniques les plus pointues de l’aéronautique civile, l’Europe garde une longueur d’avance sérieuse.
Un pied dans l’histoire, si l’avion vole vraiment
Alors, le contrat WindRunner va-t-il transformer Latecoere ? Pas du jour au lendemain, non. Le WindRunner n’est pas encore certifié, il n’a pas encore volé, et son premier vol de démonstration n’est prévu que pour 2028 ou 2029. Toutefois dans un secteur où les avionneurs se comptent sur les doigts d’une main (Boeing, Airbus, Embraer, Bombardier, Comac, et une poignée de startups audacieuses), être choisi pour concevoir l’EWIS d’un projet de rupture, c’est assez rare pour que la nouvelle soit bien accueillie dans l’entreprise toulousaine.
Il ne reste plus qu’à espérer que la maison finisse par tenir debout et par prendre l’air.
Si c’est le cas, le nom d’une entreprise toulousaine centenaire sera écrit dans les câbles du plus grand avion cargo du monde !
Pour rappel sur les dimensions du WindRunner :
Sources :
Radia, Radia Expands WindRunner™ Industrial Ecosystem with Latecoere and Stirling Dynamics (7 juillet 2026)
https://radia.com/media/radia-expands-wind-runner-industrial-ecosystem-with-latecoere-and-stirling-dynamics
Communiqué officiel Radia annonçant les deux nouveaux partenariats à Farnborough, avec les déclarations de Sam Marnick (Latecoere), Bandula Pathinayake (Stirling Dynamics) et Mark Lundstrom (Radia).
Latecoere, Latecoere Reports 2025 Full Year Results (7 avril 2026)
https://www.latecoere.aero/app/uploads/2026/04/20260407-Latecoere-PR-2025-Results-vPublished.pdf
Résultats financiers 2025 du groupe (CA 756,7 M€ en hausse de 7,2 %, retour à l’équilibre opérationnel), déclarations d’André-Hubert Roussel et perspectives 2026.
Aviation Week, Latecoere Services Targets Asia, Integrated Engineering Services (5 mai 2026)
https://aviationweek.com/mro/aircraft-propulsion/latecoere-services-targets-asia-integrated-engineering-services
Analyse de la nouvelle filiale Latecoere Services (500 employés, créée en janvier 2025) et de sa stratégie d’expansion en Asie sur les services d’ingénierie intégrée.
Image de mise en avant : Représentation d’artiste du WindRunner – crédit : Radia





