Que devient un avion quand il ne vole plus ? Une entreprise française a la réponse.
Vous ne vous êtes jamais demandé en prenant l’avion ce qu’il deviendrait après « sa mort » ? Non ?
Alors ça tombe bien car c’est le sujet du jour avec cette entreprise française qui s’est imposée comme la référence mondiale du secteur de « l’après vie » des avions : TARMAC Aerosave.
Fondée en 2007 à Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées, par trois géants : Airbus, Safran et Suez, elle est aujourd’hui le leader mondial du recyclage vert d’avions et de moteurs.
Lire aussi :
- Airbus va permettre à l’aviation espagnole de passer au XXIe siècle grâce au programme ITS-C qui se chargera de former les pilotes aux avions de combat actuels et futurs
- Le pire cauchemar de Boeing sur le secteur des avions cargo arrive chez Airbus avec ce record mondial pour l’A350F de la plus grande porte jamais installée
Un avion ça ne se jette pas à la poubelle et ça, TARMAC Aerosave l’a bien compris !
Un appareil commercial pèse entre 40 et 280 tonnes selon le modèle. Il est composé d’aluminium, de titane, de fibre de carbone, de cuivre, de plastiques techniques, de milliers de pièces mécaniques et électroniques. Sa durée de vie moyenne tourne autour de 25 à 30 ans. Quand une compagnie aérienne décide de retirer un appareil de sa flotte, parce qu’il consomme trop, parce qu’il est trop vieux, parce que la réglementation évolue etc que fait-on de cette masse de matière et de technologie ?
Pendant longtemps, la réponse a été : pas grand-chose de très glorieux. Des avions abandonnés dans des déserts américains, d’autres cannibalisés à la sauvage pour récupérer quelques pièces, beaucoup finissaient broyés sans méthode ni traçabilité. L’aéronautique, pourtant si rigoureuse en vol, l’était beaucoup moins au sol, en fin de vie.
C’est exactement ce vide que TARMAC Aerosave a décidé de combler !
Le one-stop shop de la fin de vie
Toute la philosophie de l’entreprise est de traiter un avion comme un objet industriel dont on gère toute la trajectoire, du stockage temporaire jusqu’à la déconstruction complète. Ce que l’entreprise appelle le « cycle de vie complet ».
Concrètement, quand un avion arrive chez TARMAC Aerosave, plusieurs scénarios sont possibles.
Premier cas : la compagnie veut juste le garer le temps de traverser une mauvaise passe (une crise économique, une pandémie, une restructuration de flotte etc). L’avion est alors stocké, entretenu, surveillé, prêt à repartir.
Deuxième cas : l’appareil change de propriétaire ou de compagnie. Il faut alors le reconfigurer, l’inspecter, le remettre aux normes pour son prochain opérateur.
Troisième cas : l’avion ne volera plus jamais. On le démantèle.
Dans ce dernier scénario, TARMAC Aerosave déploie un processus millimétré. Les pièces encore utilisables : moteurs, trains d’atterrissage, avionique, équipements de cabine sont démontées, certifiées et réintroduites dans le marché des pièces de rechange. Les matériaux non réutilisables comme l’aluminium, le titane ou le cuivre sont triés, valorisés et revendus à des filières de recyclage.

Le taux de valorisation dépasse 90 %. Pour un secteur industriel de cette complexité, c’est une performance remarquable !
Trois sites, des centaines d’avions, et un record mondial
TARMAC Aerosave opère sur trois sites en Europe : Tarbes et Toulouse en France, Teruel en Espagne. Ensemble, ils peuvent accueillir jusqu’à 280 avions et 120 moteurs simultanément, soit la plus grande capacité de stockage du continent.

Le site de Tarbes-Lourdes-Pyrénées, situé à Azereix (65380), constitue le cœur historique du groupe et concentre une grande partie des savoir-faire techniques. En Espagne, l’aéroport de Teruel (44396) joue un rôle central dans le stockage à grande échelle, avec ses vastes surfaces capables d’accueillir des centaines d’appareils. Enfin, Toulouse-Francazal, à Cugnaux (135 avenue du Comminges, 31270), vient compléter l’ensemble en se spécialisant davantage dans les avions monocouloirs et les flottes régionales.
Trois sites, trois fonctions complémentaires, mais une seule logique : couvrir l’ensemble du cycle de vie des avions, du stockage à la remise en service ou au démantèlement.
Depuis sa création, l’entreprise a accueilli plus de 1 470 avions, relivré plus de 1 000 appareils en service, et démantelé plus de 360 avions et 190 moteurs. En 2019, elle a réalisé une première mondiale en recyclant un Airbus A380 (l’avion le plus grand du monde, 73 mètres d’envergure dont elle a valorisé plus de 90 % de la masse).
Pour donner un ordre de grandeur : l’A380 pèse environ 280 tonnes à vide. Recycler 90 % de cette masse, c’est récupérer l’équivalent de 250 tonnes de matériaux qui repartent dans des filières industrielles plutôt que finir en décharge.
Née en France, reconnue dans le monde entier
TARMAC Aerosave est le fruit d’une coopération industrielle à la française avec trois actionnaires pour trois logiques complémentaires.
Airbus apporte la connaissance technique des appareils et l’accès aux constructeurs. Safran maîtrise les moteurs et les équipements. Suez apporte l’expertise en gestion des déchets et en économie circulaire. Sans ce triptyque, l’entreprise n’aurait probablement jamais vu le jour, ou n’aurait pas atteint ce niveau de crédibilité aussi vite.
TARMAC Aerosave détient les agréments EASA et FAA Part 145 (les deux grandes autorités de l’aviation civile, européenne et américaine) ainsi qu’une série de certifications qualité et environnementales. Ce portefeuille réglementaire lui permet de travailler pour n’importe quelle compagnie mondiale, qu’elle opère des Boeing ou des Airbus.
Parmi ses clients : Lufthansa Technik, AerCap, Etihad Airways Engineering, Airbus lui-même. Des noms qui valent toutes les brochures commerciales !
Un secteur qui va exploser dans les dix prochaines années
Le marché mondial du recyclage aéronautique pesait 5,3 milliards de dollars en 2024. D’ici 2034, il devrait « exploser » et atteindre 13,2 milliards (11,24 milliards d’euros) soit X 2,5 en moins de 10 ans ! Airbus estime que près de 19 000 avions plus anciens seront remplacés au cours des vingt prochaines années, générant environ 52 milliards de dollars en pièces et matériaux réutilisables. C’est une industrie entière qui s’invente.
Le moteur de cette croissance ? Le renouvellement massif des flottes mondiales. Les nouvelles générations d’appareils consomment 20 à 25 % de carburant en moins que leurs prédécesseurs. Les compagnies aériennes n’ont pas le choix : elles accélèrent les retraits, ce qui alimente mécaniquement la demande de démantèlement et de recyclage.
TARMAC Aerosave a une longueur d’avance évidente mais le paysage concurrentiel se structure vite. Les États-Unis dominent encore le marché avec 53,6 % des parts en 2024. La Chine investit massivement, Airbus y a même lancé en janvier 2024 son premier centre mondial de recyclage à Shanghai. Des acteurs comme Vallair ou des entités aéroportuaires spécialisées montent en puissance. La filière, jusqu’ici relativement confidentielle, attire désormais des capitaux et des ambitions à l’échelle mondiale.
La vraie question des prochaines années n’est donc pas de savoir si le marché va croître (c’est acquis)à mais de savoir si la France saura défendre ce leadership industriel rare.
Quelques chiffres pour finir sur TARMARC Aerosave :
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Avions accueillis depuis la création | +1 470 |
| Avions relivrés en service | +1 000 |
| Avions démantelés | +360 |
| Moteurs démantelés | +190 |
| Taux de valorisation matière | +90 % |
| Capacité d’accueil simultanée | 280 avions / 120 moteurs |
Sources :
TARMAC Aerosave, About us (consulté en avril 2026),
https://www.tarmacaerosave.aero/about-us
page officielle présentant les activités de TARMAC Aerosave, spécialisée dans le stockage, la maintenance et le recyclage d’avions, avec un aperçu de ses sites et de ses capacités industrielles.
Aeromorning, Tarmac Aerosave a remis 1 000 avions en vol (20 juin 2023),
article mettant en avant la performance industrielle de TARMAC Aerosave, avec le franchissement du cap des 1 000 avions remis en service après stockage ou maintenance.
Global Market Insights, Marché du recyclage d’avions – Analyse de la taille, de la part et des tendances (novembre 2024),
https://www.gminsights.com/fr/industry-analysis/aircraft-recycling-market
rapport d’analyse du marché du recyclage aéronautique, détaillant les dynamiques de croissance, les technologies de valorisation des matériaux et les perspectives liées au renouvellement des flottes.




