La Chine brille encore une fois avec une innovation dans l’énergie solaire.
Le 17 septembre 2026, Sungrow, l’un des deux plus grands fabricants mondiaux d’onduleurs solaires, a annoncé une première mondiale : avoir provoqué volontairement, puis maîtrisé, une « oscillation à large bande » sur une véritable centrale solaire et stockage de 500 mégawatts à Qinghai, en Chine.
Un exploit technique en apparence obscur, mais qui touche à l’un des talons d’Achille les plus sérieux des réseaux électriques modernes.
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Le Chinois Sungrow réalise une première mondiale avec la reproduction et la suppression d’oscillations à large bande dans une centrale de 500 MW
L’ennemi invisible des réseaux gorgés de renouvelables
L’oscillation, c’est une sorte d’effet Larsen électrique. De la même façon qu’un micro trop près d’une enceinte se met à siffler dans une boucle qui s’emballe, les équipements électroniques qui pilotent le solaire, l’éolien et les batteries peuvent entrer en résonance instable avec le réseau. Le courant se met alors à osciller, à des fréquences parasites, avec une amplitude qui grimpe jusqu’à faire décrocher les installations.
Ce risque explose à mesure que les renouvelables gagnent du terrain. Les centrales classiques, avec leurs lourdes turbines en rotation, apportaient au réseau une stabilité naturelle. Les panneaux et les éoliennes, eux, se connectent via des onduleurs, des boîtiers électroniques qui n’offrent pas cette inertie.
Sur un réseau dit « faible », c’est-à-dire peu maillé ou éloigné des grandes centrales, ces onduleurs peuvent se déstabiliser mutuellement. Le phénomène est d’autant plus redoutable qu’il est difficile à prévoir et à reproduire, ce qui a longtemps cantonné son étude aux laboratoires et aux simulations.
Des précédents qui ont coûté cher
Loin d’être une hypothèse d’ingénieur, l’oscillation a déjà frappé, et durement. En voici quelques exemples les plus célèbres :
| Incident | Année et lieu | Conséquence |
|---|---|---|
| BorWin1 (raccordement éolien en mer) | 2014, Allemagne | Équipements endommagés, arrêt de ~6 mois, centaines de millions d’euros de pertes |
| Parc éolien de Hornsea | 2019, Royaume-Uni | Grande panne du 9 août, ~3,2 % de la charge perdue, près d’un million d’usagers privés de courant |
| Île de Kauai | 2021, États-Unis (Hawaï) | Oscillations à 18-20 Hz sur un réseau insulaire très solarisé |
| Blackout ibérique | 2025, Espagne et Portugal | Panne géante ; oscillations parmi les 15 facteurs, emballement de tension, péninsule isolée du réseau européen |
Le cas le plus retentissant est évidemment le black-out ibérique du 28 avril 2025, qui a plongé l’Espagne et le Portugal dans le noir. Son rapport final, publié en mars 2026, se garde d’accuser une cause unique : il pointe une combinaison d’au moins quinze facteurs, dont des oscillations, un contrôle de tension défaillant et un manque de puissance réactive, qui ont fini par déclencher un emballement de tension et des déconnexions en cascade. L’oscillation n’a donc pas été le seul coupable, mais elle figurait bien parmi les ingrédients du désastre.
Le président du conseil d’ENTSO-E a d’ailleurs tenu à couper court aux raccourcis : « Le problème, ce ne sont pas les renouvelables, mais le contrôle de la tension, quel que soit le type de production. » La leçon reste la même : plus un réseau dépend d’onduleurs, plus il devient nerveux, et plus il faut apprendre à le calmer.
Provoquer le mal pour mieux le soigner
La prouesse revendiquée de Sungrow n’est pas seulement d’avoir supprimé une oscillation, mais d’en avoir d’abord déclenché une volontairement, sur une centrale bien réelle, pour tester ses parades en conditions grandeur nature. Un peu comme un pompier qui allumerait un feu contrôlé pour éprouver ses lances. L’entreprise a ainsi identifié les trois ingrédients qui font naître le phénomène, puis validé sa capacité à l’étouffer.
Sa solution repose sur deux briques. D’abord une technologie qui évalue en permanence la « force » du réseau et adapte le comportement des onduleurs en quarante millisecondes. Ensuite et surtout le grid-forming, un mode de pilotage dont l’onduleur impose lui-même une référence stable, agissant comme un amortisseur électronique.
Sungrow affirme que cette approche reste efficace sur une très large plage de faiblesse du réseau, y compris dans les conditions les plus dégradées.
Un signal qui dépasse la seule performance technique
Nous avions montré, à propos du géant ABB, que la Chine dominait déjà le marché des onduleurs en volume. Ce test suggère qu’elle est aussi en train de prendre la tête sur l’innovation la plus pointue, celle de la stabilité des réseaux, un terrain longtemps considéré comme la chasse gardée des industriels occidentaux et japonais. Maîtriser à la fois la fabrication de masse et la technologie de rupture, c’est se placer au cœur de la transition énergétique mondiale.
Il faut toutefois garder la tête froide. Cette annonce émane d’un communiqué d’entreprise, et la mention de « première mondiale » comme les performances avancées, l’identification du réseau en quarante millisecondes ou la plage de fonctionnement, sont des revendications de Sungrow, que des essais indépendants devront confirmer. Reproduire une oscillation sur une centrale n’est pas non plus la garantie de maîtriser tous les scénarios possibles à l’échelle d’un pays entier, où interagissent des milliers d’installations différentes.
En résumé sur l’exploit chinois :
Sources :
- Sungrow (communiqué officiel), Sungrow Achieves World-First Wideband Oscillation Reproduction and Suppression at 500 MW Plant (17 septembre 2026)
https://www.prnewswire.com/news-releases/sungrow-achieves-world-first-wideband-oscillation-reproduction-and-suppression-at-500-mw-plant-302881699.html
Reproduction et suppression contrôlées d’une oscillation à large bande sur une centrale solaire et stockage de 500 MW à Qinghai, technologie d’adaptation à la force du réseau (40 ms), pilotage grid-forming efficace de SCR 1 à 40, rappel des incidents BorWin1 et Hornsea. - ENTSO-E, Expert Panel Final Report on the 28 April 2025 Blackout in Spain and Portugal (20 mars 2026)
https://www.entsoe.eu/news/2026/03/20/entso-e-publishes-expert-panel-final-report-on-the-28-april-2025-blackout-in-spain-and-portugal/
Blackout attribué à une combinaison d’au moins quinze facteurs (oscillations à 0,63 et 0,2 Hz, lacunes du contrôle de tension et de la puissance réactive, déconnexions en cascade), montée de tension incontrôlée, recommandations sur l’amortissement des oscillations. - Energies (MDPI), Recurrence of Sub-Synchronous Oscillation Accident of Hornsea Wind Farm in UK and Its Suppression Strategy (2021)
https://doi.org/10.3390/en14227685
Analyse de la panne britannique du 9 août 2019 (oscillation sous-synchrone du parc de Hornsea, ~3,2 % de la charge, près d’un million d’usagers), stratégies de suppression. - Département américain de l’Énergie (OSTI), Impedance Methods for Analyzing Stability Impacts of Inverter-Based Resources
https://www.osti.gov/pages/servlets/purl/1772430
Incident BorWin1 (résonance ayant endommagé les filtres de la station de conversion, plusieurs mois d’arrêt, pertes de l’ordre de centaines de millions d’euros), multiplication des événements d’instabilité en mer. - arXiv (analyse technique), Analysis of the 2021 Kaua’i Island Power System 18-20 Hz Oscillations
https://arxiv.org/pdf/2301.05781





