La France dort sur un gisement de lithium d’une valeur potentielle de 730 milliards d’euros mais qui devra encore être confirmé en 2027

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Un cabinet indépendant vient de valider jusqu’à 43 millions de tonnes de lithium sous l’Alsace, de quoi faire du projet d’Arverne un gisement de rang mondial. À condition de bien comprendre ce que ce chiffre veut dire, et surtout ce qu’il ne dit pas encore.

Arverne, premier fournisseur français de solutions géothermales, a annoncé mi-septembre 2026 les résultats d’une évaluation indépendante de ses ressources en lithium en Alsace. Le verdict, signé du cabinet international Sproule ERCE, va en faire rêver plus d’un puisque le gisement contiendrait jusqu’à 43 millions de tonnes d’équivalent carbonate de lithium en potentiel d’exploration !

En faisant un rapide calcul, au cours actuel du carbonate de lithium de 20 000 dollars la tonne, ces 43 millions de tonnes représenteraient sur le papier une valeur théorique de l’ordre de 860 milliards de dollars (près de 730 milliards d’euros) !

Un chiffre spectaculaire, mais qui ne veut pas dire grand-chose en l’état, et il faut immédiatement en poser les limites. Ce montant suppose que la totalité du lithium soit un jour extraite et vendue au prix fort, ce qui n’arrivera jamais : une partie seulement de ces ressources se révélera exploitable, l’extraction s’étalera sur des décennies, elle coûtera très cher, et le cours du lithium variera énormément d’ici là. Bref, ce sont 730 milliards d’euros de potentiel géologique brut, à des années-lumière de ce que le projet rapportera réellement.

C’est précisément tout l’enjeu de cet article : démêler le chiffre choc de la réalité industrielle.

Pour plus de détail sur les réserves potentielles françaises de lithium, lire notre article dédié :

Le gisement de lithium sous l’Alsace vient de révéler son potentiel et il est gigantesque avec 43 millions de tonnes

Jusqu’ici, les estimations du potentiel lithifère d’Arverne émanaient largement de l’entreprise elle-même. Cette fois, l’évaluation a été confiée à Sproule ERCE, un cabinet international reconnu, selon le standard minier de référence : le NI 43-101, qui fait foi dans toute l’industrie. Ce type de certification indépendante est précisément ce que réclament les banques avant de financer un projet, et Arverne monte justement son plan de financement avec le Crédit Agricole et Macquarie.

Arverne avance en prime un coût de production inférieur à 4 500 euros la tonne, qui placerait le projet parmi les moins chers au monde.

La France est en pénurie de tungstène alors que son sol regorge de 50 ans de consommation domestique avec 100 000 tonnes exploitables

Le piège des mots : ressource n’est pas réserve !

Voilà pour l’enthousiasme. Reste à décoder le vocabulaire, car c’est là que se cachent les malentendus.

Dans le monde minier, tous les chiffres n’ont pas la même solidité, et il existe une véritable échelle de certitude, du simple espoir géologique jusqu’au métal qu’on sait réellement extraire et vendre :

Niveau Ce que ça signifie Où en est Arverne
Potentiel d’exploration Estimation spéculative de ce qu’on pourrait trouver Jusqu’à 43 Mt (le chiffre du titre)
Ressources déduites Présence probable, faible niveau de confiance Incluses dans les 26 Mt
Ressources indiquées Présence bien étayée par les données Incluses dans les 26 Mt
Réserves Part réellement exploitable et rentable Certification attendue début 2027
Production Lithium effectivement extrait et vendu Visée vers 2031

Les 43 millions de tonnes qui font la une sont un potentiel d’exploration, la catégorie la plus incertaine, celle qui pourrait ne jamais se concrétiser.

Les 26 millions de tonnes de ressources sont un cran plus solides, mais ce ne sont toujours pas des réserves, c’est-à-dire la quantité qu’on sait extraire de manière rentable.

Ces réserves ne seront certifiées qu’au premier trimestre 2027. Autrement dit, Arverne a franchi une marche de crédibilité importante, mais il en reste plusieurs avant que le premier kilo de lithium alsacien ne sorte de terre.

Le contexte qui pèse sur l’équation

Cette prudence n’est pas de la pure théorie, car deux réalités bien concrètes se dressent sur la route.

La première est technique : Arverne compte extraire son lithium des saumures géothermales chaudes du sous-sol alsacien, par un procédé d’extraction directe. Cette méthode est prometteuse, mais elle n’est encore prouvée à grande échelle nulle part dans le monde. Passer d’un démonstrateur à une usine produisant des dizaines de milliers de tonnes par an reste un défi entier.

La seconde est économique. Le cours du lithium s’est effondré depuis 2023, victime d’une surproduction mondiale. Même un projet compétitif sur les coûts, comme le revendique Arverne, doit composer avec un métal qui ne vaut plus grand-chose sur les marchés. Le pari de fond reste le même que pour toute la filière française : miser aujourd’hui, dans un creux de marché, sur des ressources qui vaudront cher quand la demande de batteries repartira pour de bon. Personne ne peut garantir le calendrier de ce rebond.

Il n’empêche que la direction est claire et que l’annonce a du sens. Chaque étape franchie, du potentiel spéculatif aux ressources certifiées par un tiers, réduit un peu l’incertitude et rapproche le projet du financement puis de la production. L’Alsace confirme qu’elle a bel et bien du lithium sous ses pieds, en quantité potentiellement colossale.

Il lui reste à prouver qu’elle saura le remonter, à un coût qui tienne la route, avant que d’autres, ailleurs, n’aient inondé le marché. La carte du trésor se précise ; le trésor, lui, attend toujours d’être extrait.La France, terre de lithium

L’Alsace n’est pas seule

Si l’Alsace tient la corde, elle n’a pas le monopole du lithium français. À l’autre bout du pays, dans l’Allier, le groupe Imerys prépare le projet EMILI sur le gisement de roche dure de Beauvoir : environ un million de tonnes d’équivalent carbonate de lithium, une production visée de 34 000 tonnes d’hydroxyde par an dès 2028, et le label de projet stratégique décerné par l’Union européenne. C’est l’autre grand pari hexagonal, par la voie minière classique cette fois, mais il se heurte à l’opposition d’une partie des riverains.

Le reste du territoire suit à distance. En Alsace même, le groupe Eramet développe son propre projet géothermal, Ageli, en concurrence directe avec Arverne sur la même faille rhénane. Dans le Massif central, du côté du Limousin (Haute-Vienne, Creuse), d’anciens districts granitiques font l’objet de nouveaux permis d’exploration, tout comme la Bretagne ou les Vosges, à des stades encore très précoces.

Rien de comparable, pour l’instant, à l’ampleur de l’Alsace ou de l’Allier, mais de quoi dessiner une vraie carte française du lithium, là où le pays n’en produisait pas un gramme il y a cinq ans !

Ajoutons pour finir qu’en Allemagne, l’entreprise Vulcan Energy exploite exactement la même faille géologique qu’Arverne, sur la rive opposée, et détient avec 27,7 millions de tonnes la plus grosse ressource de lithium géothermal d’Europe, un projet déjà financé à hauteur de 2,2 milliards d’euros et plus avancé que le français. Autant dire qu’Arverne, avec ses 26 millions de tonnes, talonne désormais le leader continental sur la même structure souterraine.

Le fossé rhénan est en train de devenir l’épicentre européen d’une course franco-allemande au lithium.

Les plus grands gisements de lithium au monde, tous types confondus (en équivalent carbonate de lithium)

Zone / gisement Pays Type Ressource estimée (LCE)
Salar de Uyuni Bolivie Saumure de salar ~120 Mt (≈ 23 Mt de lithium)
Salars du Nord-Ouest Argentine Saumure de salar ~110 Mt
Salar d’Atacama Chili Saumure de salar ~55 Mt
Caldeira de McDermitt (Thacker Pass) États-Unis Argile volcanique 44,5 Mt (jusqu’à 120 Mt estimés)
Bassin du Rhin supérieur (Vulcan) Allemagne Géothermal 27,7 Mt
Alsace (Arverne) France Géothermal 26 Mt (jusqu’à 43 Mt potentiel)
Salton Sea États-Unis Géothermal Jusqu’à 18 Mt
Greenbushes Australie Roche dure ~6,8 Mt (réserves du gisement)

Chiffres convertis en équivalent carbonate de lithium (LCE) pour être comparables (données USGS 2025 pour les pays, communiqués d’entreprise pour les projets). Ils relèvent de catégories différentes (ressources, réserves, potentiel) et de taux d’extraction très variables selon le type de gisement : un classement tous types confondus reste donc indicatif.

Sources :

  • Arverne (communiqué officiel), Arverne annonce un potentiel total d’exploration pouvant atteindre 43 millions de tonnes d’équivalent carbonate de lithium (15 septembre 2026)
    https://arverne.earth/potentiel-43-millions-tonnes-equivalent-carbonate-lithium
    Évaluation indépendante de Sproule ERCE selon le standard NI 43-101, ressources indiquées et déduites de 26 Mt LCE, potentiel d’exploration jusqu’à 43 Mt, certification des réserves attendue au premier trimestre 2027, production visée sur 30 ans.
  • Arverne Group / BusinessWire, Geothermal Heat and Lithium Project in Alsace: Launch of the Bankability Feasibility Study (mars 2025)
    https://www.businesswire.com/news/home/20250320244851/en
    Étude de bancabilité menée avec Crédit Agricole CIB et Macquarie Capital, objectif de 27 000 tonnes de carbonate de lithium et 2,2 TWh de chaleur par an en 2031, rôle de la certification indépendante dans le financement.
  • Arverne Group / BusinessWire, Framework Agreement between Lithium de France and Tenaris (décembre 2024)
    https://www.businesswire.com/news/home/20241217968062/en
    Coût de production estimé sous 4 500 euros la tonne (premier quartile mondial), procédé d’extraction directe sur saumures géothermales, calendrier de forage et de production.
  • U.S. Geological Survey, Mineral Commodity Summaries – Lithium (2025)
    https://www.usgs.gov/centers/national-minerals-information-center/lithium-statistics-and-information
    Ressources mondiales de lithium identifiées (environ 115 Mt), distinction entre ressources et réserves, contexte de la demande et de l’offre mondiales.

Image de mise en avant : Le site de Schwabwiller, à Betschdorf en Alsace du Nord, constitue le premier site d’opérations du projet Lithium de France. Les travaux, lancés en juin 2025, prévoient le forage de deux puits afin d’exploiter une eau géothermale naturellement riche en lithium : sa chaleur doit être valorisée localement tandis que le lithium géothermal est destiné notamment aux batteries de la mobilité électrique – crédit : Herrmann TP

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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