La Chine ne veut plus rester dans l’ombre d’Airbus et de Starlink avec cette première usine pour sortir des satellites à la chaine en trente heures

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La Chine veut accélérer sa production de satellites.

Sur les chaînes de montage automobiles, l’image vous revient, un bras robotisé pose une portière toutes les quelques secondes. À Xiongan, dans le nord de la Chine, des bras KUKA identiques assemblent désormais… des satellites.

La Chine vient en effet de mettre en service sa première chaîne d’assemblage automatisée pour une production en série de satellites, capable, selon son exploitant, de sortir un engin en une trentaine d’heures, là où une chaîne classique en réclame environ une semaine.

Le premier satellite issu de cette usine d’un genre nouveau, baptisé Honghu-03, a déjà rejoint l’orbite.

Derrière la prouesse industrielle se cache une ambition claire : fabriquer les satellites non plus à l’unité, comme des pièces d’orfèvrerie, mais à la chaîne, comme des voitures et ainsi titiller l’Oncle Sam dans un secteur longtemps dominé par les Américains.

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La Chine ouvre sa première chaîne automatisée de production de satellites

De l’orfèvrerie à l’usine

Fabriquer un satellite a longtemps relevé de l’artisanat de haute précision. Chaque exemplaire, ou presque, était un objet unique, assemblé à la main par des ingénieurs, testé pièce par pièce, sur des semaines voire des mois. Un modèle incompatible avec l’idée d’en produire des milliers.

La Chine devient seulement la deuxième nation à réussir cet exploit dans le monde : une liaison laser bidirectionnelle à grande vitesse sur 400 000 km de distance

La chaîne de HongQing Technology, l’entreprise qui exploite le site de Xiongan, applique au satellite la logique de l’industrie automobile : postes de travail standardisés, bras robotisés, automatisation poussée. L’entreprise revendique un taux d’automatisation supérieur à 70 % et une réduction du cycle de production d’environ 80 %. Concrètement, entre l’assemblage final et la sortie d’usine, il ne s’écoule plus qu’une trentaine d’heures par satellite. Voici le saut que cela représente.

Critère Chaîne traditionnelle Chaîne automatisée (Xiongan)
Temps par satellite Environ une semaine Environ 30 heures
Taux d’automatisation Faible (assemblage largement manuel) Supérieur à 70 %
Cycle de production Référence Réduit d’environ 80 %
Logique de fabrication À l’unité, sur mesure En série, standardisée

Chiffres communiqués par HongQing Technology. La durée de la chaîne traditionnelle (~une semaine) est déduite de la réduction de 80 % revendiquée par l’entreprise, et non mesurée de façon indépendante.

La Chine n’est pas la première à monter ce genre de chaîne d’assemblage

Cette chaîne chinoise, aussi impressionnante soit-elle, n’invente rien : elle rattrape un standard posé six ans plus tôt de ce côté-ci du monde. La toute première usine de production de satellites en série au monde, c’est Airbus OneWeb Satellites qui l’a ouverte, en juillet 2019. Le savoir-faire est européen, porté par le géant aéronautique dont la division spatiale est pilotée depuis Toulouse.

Surtout, la cadence occidentale a depuis pris une large avance. Là où Xiongan revendique un satellite toutes les trente heures soit moins d’un par jour, l’usine d’Airbus OneWeb en sort jusqu’à deux quotidiennement depuis 2019, et les Américains font mieux encore : cinq par jour pour Amazon et son projet Kuiper, six pour SpaceX et ses Starlink. La prouesse de Xiongan est donc une première pour la Chine, pas pour la planète. Pékin ne réinvente pas la production de masse ; il comble, à marche forcée, un retard sur un terrain que l’Europe a défriché et que l’Amérique domine aujourd’hui par le volume.

La photo montre le satellite Honghu-03, développé indépendamment par le fabricant chinois de satellites Hong Qing - crédit : Hong Qing
La photo montre le satellite Honghu-03 – crédit : Hong Qing

Honghu-03, banc d’essai de la production en série

Le satellite mis en orbite se nomme Honghu-03. Ce n’est pas une coquille vide destinée à la parade, mais un satellite de vérification technologique, conçu pour valider en conditions réelles les briques de la future constellation internet que HongQing veut déployer à grande échelle.

Point notable : pour la première fois, l’engin a fait fonctionner ensemble en orbite les trois sous-systèmes maison de l’entreprise, tous développés en interne, la propulsion Jinwu, le système d’énergie Chiyu et l’électronique Baize. Une manière de démontrer que HongQing maîtrise sa chaîne de bout en bout, condition d’une production en série crédible.

Le satellite a été lancé à la mi-août 2026 depuis la zone d’innovation commerciale de Dongfeng, à Jiuquan, à bord d’une fusée réutilisable Zhuque-3.

Un même groupe pour la fusée et le satellite

HongQing Technology est une filiale liée à LandSpace, le constructeur privé chinois des fusées Zhuque. Le même ensemble industriel fabrique donc à la fois le satellite et le lanceur qui le met en orbite… une intégration verticale qui rappelle furieusement le modèle de SpaceX, où Falcon 9 et satellites Starlink sortent de la même maison.

Le parallèle s’est encore renforcé lors de ce vol : la Zhuque-3 a réussi, ce jour-là, la première récupération au sol de son premier étage, posé sur une aire d’atterrissage de la province du Gansu. Le même groupe fabrique donc le satellite et récupère la fusée qui l’emporte, exactement la recette de SpaceX.

L’entreprise s’est installée à Xiongan en 2025, une ville nouvelle voulue par Pékin comme vitrine technologique, à une centaine de kilomètres au sud-ouest de la capitale. HongQing y revendique un rythme éclair : enregistrement de la société, construction de l’usine, mise en production et sortie du premier satellite, le tout dans la même année.

Une démonstration de vitesse qui, au fond, reflète l’esprit du projet : aller vite, à tous les étages.

Après deux ans de retard, l’Europe réagit enfin en donnant à Airbus et Thales le feu vert pour attaquer la première tranche de la constellation IRIS²

Produire à la chaîne pour défier Starlink

À la mi-septembre 2026, on comptait plus de 16 000 satellites actifs en orbite autour de la Terre. À eux seuls, les Starlink de SpaceX en représentaient environ 11 000, soit près de sept sur dix. Les États-Unis, portés par cette seule constellation, en exploitent plus de 12 000 (près des trois quarts du parc mondial). La Chine, deuxième, en aligne de l’ordre de 1 500 : loin derrière, mais en progression rapide.

Cependant… retirez Starlink de l’équation, et la domination américaine s’évapore : sans sa méga-constellation, les États-Unis n’exploiteraient qu’environ 600 satellites, à égalité avec la Chine. Autrement dit, l’écart n’est pas creusé par « l’Amérique », mais par une seule entreprise privée qui, à elle seule, met en orbite plus de matériel que toutes les autres nations réunies. C’est cette anomalie que Pékin veut corriger et pour rivaliser avec une machine capable de lancer une soixantaine de satellites par semaine, il n’existe qu’une réponse : produire également à la chaîne.

Les constellations chinoises Guowang et Qianfan visent chacune plus de 13 000 satellites ; à ce rythme, la course pourrait porter le total mondial au-delà de 100 000 engins d’ici le début des années 2030.

Sources principales :

Global Times, First ‘Xiong’an made’ satellite enters orbit, highlighting emerging commercial space hub (août 2026)
https://www.globaltimes.cn/page/202608/1368574.shtml
Entrée en orbite du premier satellite fabriqué à Xiongan (Honghu-03), lancement depuis Jiuquan à bord de Zhuque-3, récupération du premier étage.

ECNS (China News Service), First satellite made in Xiongan enters orbit (19 août 2026)
http://www.ecns.cn/cns-wire/2026-08-19/detail-ihfimvaz1909820.shtml
Nom du satellite (Honghu-03), sous-systèmes Jinwu / Chiyu / Baize, chiffres de la chaîne HongQing (automatisation > 70 %, cycle réduit de 80 %, 30 heures).

SpaceNews, Chinese satellite manufacturer Hongqing raises $191 million (3 juillet 2026)
https://spacenews.com/chinese-satellite-manufacturer-hongqing-raises-191-million /
Ambitions industrielles de HongQing : base de Xiongan, objectif de 100 à 500 satellites par an, positionnement sur les mégaconstellations.

Airbus, OneWeb Satellites and partners transform space industry with world’s first high-volume satellite production facility in Florida (juillet 2019)
https://www.airbus.com/en/newsroom/press-releases/2019-07-oneweb-satellites-and-partners-oneweb-and-airbus-transform-space
Première usine de production de satellites en série au monde : jusqu’à deux satellites par jour, un cinquantième du coût traditionnel.

CelesTrak (via azmth.space), Active satellites by country — live count (mi-septembre 2026)
https://azmth.space/stats
Comptage des satellites actifs par pays : États-Unis ~12 500, Chine ~1 500, part de Starlink (~67 % du total).

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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