En dérivant au large du Groenland, un colosse de glace de 76 km² a heurté de plein fouet un îlot rocheux.
Les scientifiques qui le suivaient à la trace s’attendaient à le voir voler en éclats. En août 2026, une gigantesque « île de glace » détachée du glacier Petermann, dans le nord-ouest du Groenland, a percuté un petit îlot rocheux au moment de quitter son fjord.
Contre toute attente, le mastodonte a tenu bon. L’épisode, décrit par la NASA le 9 septembre 2026, offre un rare instantané de ces géants de glace pris en flagrant délit de dérive.
Lire aussi :
- Grand comme 30% de la France, ce colosse surnommé « glacier de l’apocalypse » cachait un phénomène qui intéresse les scientifiques : des séismes glaciaires
- Ce nouveau record en Antarctique fait saliver les scientifiques du monde entier avec 228 mètres de carotte pour 23 millions d’années d’archive
Ce colosse de glace lâché par le Groenland depuis le glacier de Petermann fascine les scientifiques
Le 4 août 2026, un pan entier de la langue flottante du glacier Petermann, par près de 81 degrés de latitude nord, s’est décroché, formant un iceberg tabulaire, soit un bloc plat et large qu’on peut surnommer « île de glace ».
Sa superficie : environ 76 kilomètres carrés, soit près des trois quarts de Paris intra-muros, pour une épaisseur de moins de 150 mètres. C’est le plus gros vêlage de tout l’Arctique depuis 2020, et la plus grosse perte de Petermann depuis 2012. Le doctorant Adam Garbo, de l’université d’Ottawa, l’a repéré sur les images du satellite européen Sentinel-1.
Son équipe attendait à l’origine une rupture encore plus vaste, le long d’une fracture censée trancher toute la langue de glace. La cassure a préféré une autre fissure, accouchant d’une île plus modeste que prévu.
Le tableau ci-dessous replace l’événement dans la longue série des vêlages de Petermann :
| Année | Taille de l’île de glace | Remarque |
|---|---|---|
| 2008 | ~31 km² | un premier gros décrochement |
| 2010 | ~250 km² | le plus grand ; ampute fortement la langue flottante |
| 2012 | ~130 km² | raccourcit encore la langue |
| 2026 | ~76 km² | plus gros vêlage arctique depuis 2020 ; a survécu à une collision |
| À venir | ~94 et ~84 km² | deux fractures déjà repérées, échéance inconnue |
La collision qui aurait dû le briser
Une fois libéré, le bloc a entamé sa descente du fjord Petermann à environ trois kilomètres par jour, poussé vers le détroit de Nares, ce bras de mer qui sépare le Groenland du Canada. À la sortie du fjord se dresse Joe Island, un modeste caillou rocheux planté juste sur la route des icebergs.
Ce genre de collision suffit souvent à faire éclater ces montagnes de glace (en 2010, un choc au même endroit avait notamment coupé une île de glace en deux). Cette fois, le géant a pivoté contre l’obstacle, encaissé le heurt, puis repris sa route vers le sud-ouest, quasiment intact. « Nous étions impressionnés qu’il survive sans se fragmenter davantage », a reconnu Garbo.
L’exploit étonne d’autant plus que les icebergs de Petermann, nés d’une langue flottante, sont réputés fins et cassants, bien plus que les pics de glace crachés par d’autres glaciers groenlandais comme le Jakobshavn.

Petermann, un glacier qui perd sa langue
Petermann compte parmi les plus grands glaciers de sortie du Groenland, ces fleuves de glace qui déversent la calotte dans l’océan. Il possédait autrefois la plus longue langue flottante du pays, une plaque avançant sur des dizaines de kilomètres au-dessus de la mer, peu à peu rongée par-dessous par des eaux océaniques plus chaudes. Deux vêlages géants l’ont déjà sévèrement amputée : en 2010, une île d’environ 250 km² (2,5 fois Paris) Manhattan, puis, en 2012, une autre de 130 km² (1,3 fois). L’île de 2026 vient allonger la liste.
Faut-il y voir une menace directe pour le niveau des mers ? Pas frontalement. Cette langue étant déjà flottante, sa fonte ou son vêlage ne fait pas monter les océans, exactement comme un glaçon fondu ne fait pas déborder le verre. Le danger est plus sournois : cette langue agit comme un bouchon qui retient la glace posée sur la terre ferme, en amont.
La voir se réduire, c’est risquer de libérer cette glace continentale, elle, bel et bien capable de gonfler les mers !
Ce n’était qu’un avant-goût
L’histoire est malheureusement loin d’être terminée. L’île de 2026 n’était même pas le morceau que les chercheurs redoutaient : deux fractures majeures balafrent toujours la langue de Petermann, prêtes à libérer des blocs d’environ 94 et 84 kilomètres carrés… nul ne sait quand.
Pendant ce temps, le survivant du jour poursuit sa longue errance vers le sud, à travers le détroit de Nares puis la baie de Baffin, où ces îles de glace terminent parfois leur course près de Terre-Neuve, non sans menacer la navigation avant de se dissoudre en eau douce.
Sources principales :
- NASA Earth Observatory, A Massive 29-Square-Mile Iceberg Hit an Island and Kept Going (Kathryn Hansen, 9 septembre 2026)
https://earthobservatory.nasa.gov
Images Landsat 9 et récit de l’événement : dimensions de l’île de glace, collision avec Joe Island, fractures à venir. - Gizmodo, Greenland’s Wayward Ice Island Just Smashed Into Joe Island and Survived (septembre 2026)
https://gizmodo.com/greenlands-wayward-ice-island-just-smashed-into-joe-island-and-survived-2000807589
Détails sur la taille (76 km²), l’épaisseur (<150 m), la vitesse de dérive et les vêlages attendus. - EarthSky, Massive Greenland iceberg now drifting (Petermann Glacier)
Contexte sur les vêlages géants de 2010 et 2012 et la dérive des îles de glace vers la baie de Baffin.
Image de mise en avant et dans l’article : Gros plan de la rencontre de l’iceberg avec l’île Joe, capturé par Landsat 9 le 24 août 2026. Crédit : NASA Earth Observatory, Lauren Dauphin



