Grand comme 30% de la France, ce colosse surnommé « glacier de l’apocalypse » cachait un phénomène qui intéresse les scientifiques : des séismes glaciaires

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Le glacier le plus craint d’Antarctique a encore quelques surprises en réserve pour les géologues.

Le glacier Thwaites, en Antarctique de l’Ouest, porte un surnom qui donne froid dans le dos : le « glacier de l’apocalypse ». S’il s’effondrait entièrement, il ferait grimper le niveau des mers de trois mètres !

Voilà pourquoi la moindre information sur sa santé compte et la dernière, remontée par un géophysicien de l’Université nationale australienne, risque d’être encore le centre de pas mal d’attention : sous ce géant, des centaines de séismes se seraient produit depuis 2010 et jusqu’ici personne ne s’en était jamais aperçu.

Ses travaux parus dans Geophysical Research Letters en ont recensé plus de 360.

Lire aussi :

Sous Thwaites, un chercheur a débusqué des centaines de séismes qu’aucun catalogue n’avait jamais recensés

Des séismes pas comme les autres

Ces secousses n’ont rien de tectonique. Ce sont des « séismes glaciaires », un phénomène identifié seulement en 2003. Le scénario : à l’extrémité d’un glacier, un iceberg immense, haut et étroit comme une tour, se détache et bascule dans la mer. En se retournant, il percute de plein fouet la masse de glace restée en place. Le choc est si violent qu’il fait vibrer le sol et propage des ondes sismiques sur des milliers de kilomètres. Ces séismes ont une signature bien à eux : ils n’émettent pas d’ondes à haute fréquence, celles qui servent d’ordinaire à repérer et à localiser les tremblements de terre.

C’est précisément ce qui les a si longtemps dissimulés.

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Pourquoi l’Antarctique les cachait ?

Les premiers séismes glaciaires ont été trouvés au Groenland, et pour cause : là-bas, ils sont puissants (les plus gros rivalisent avec les essais nucléaires nord-coréens) et le réseau mondial de détection les capte sans peine.

En Antarctique, le mystère restait entier. La raison, avancée par Pham, est simple : les séismes glaciaires antarctiques sont bien plus faibles, de magnitude 2 à 3, trop discrets pour le réseau planétaire. Plutôt que de scruter depuis l’autre bout du globe, le chercheur a donc tendu l’oreille au plus près, en exploitant les stations sismiques installées sur le continent blanc lui-même.

Son algorithme a traqué un type d’onde particulier dans les données de 2010 à 2023. Résultat : 362 événements, en grande majorité absents des catalogues, regroupés en deux foyers : près de Thwaites, et près de Pine Island, les deux plus gros pourvoyeurs antarctiques de la montée des eaux.

Deux foyers, une énigme

Les deux groupes ne se ressemblent pourtant pas du tout.

Caractéristique Thwaites (« glacier de l’apocalypse ») Pine Island
Superficie du bassin ~192 000 km² ~175 000 km²
Largeur au front ~120 km (l’un des plus larges d’Antarctique) plus étroit, ~40 km
Volume de glace ~483 000 km³ ~400 000 km³
Si fonte totale (niveau des mers) ~65 cm à lui seul, jusqu’à ~3 m en entraînant la calotte voisine ~0,5 m
Perte de glace actuelle ~50 milliards de tonnes/an, en accélération (désormais > Pine Island) ~13 % de toute la perte antarctique
Séismes glaciaires détectés 245 (sur 362 au total) le second foyer, plus modeste
Localisation des séismes au front marin, là où la glace plonge dans la mer à 60-80 km du front, loin de l’eau
Cause probable vêlage et basculement d’icebergs géants encore inconnue
Ce que ça révèle un pic en 2018-2020, calé sur l’accélération du glacier une énigme à élucider

 

Aux abords de Thwaites, le verdict est assez net : la plupart de ces 245 séismes naissent d’icebergs qui se détachent et basculent, là où la glace rencontre l’océan.

Le cas de Pine Island est plus déroutant. Ses secousses se situent 60 à 80 kilomètres en retrait du front, loin de l’eau… trop loin pour des icebergs. Leur origine reste, pour l’heure, une énigme que le chercheur compte élucider.

Où se trouvent les glacier de Pine Island et de Thwaites.Un stéthoscope sur le glacier de l’apocalypse

C’est en examinant le calendrier de ces séismes que l’étude livre son indice le plus troublant. Au Groenland, les séismes glaciaires suivent le rythme des saisons, plus nombreux en fin d’été, au gré de la chaleur de l’air.

Rien de tel à Thwaites. Ici, le pic d’activité, entre 2018 et 2020, coïncide avec une accélération de la langue de glace du glacier qui file… vers le large, un emballement confirmé par les satellites. Le suspect n’est donc pas l’atmosphère, mais l’océan, dont les courants et la chaleur viendraient fragiliser le glacier par-dessous. Le mécanisme reste mal compris, mais la piste est brûlante.

Au fond, ces tremblements fantômes offrent aux scientifiques un nouvel outil : une sorte de stéthoscope posé sur le point le plus vulnérable du glacier, là où l’océan, la glace et la roche se rencontrent. Or c’est justement cette zone qui concentre la plus grande inconnue des projections climatiques : de combien, et à quelle vitesse, les mers monteront-elles au cours des deux prochains siècles ?

Écouter le pouls sismique de Thwaites ne l’empêchera pas de fondre, mais cela pourrait bien nous prévenir, à temps, du jour où le géant commencera vraiment à céder.

Sources principales :

  • Geophysical Research Letters, Systematic Detection of Glacial Earthquakes in Thwaites Glacier, West Antarctica, by Regional Surface Waves (Thanh-Son Phạm, 17 décembre 2025)
    https://doi.org/10.1029/2025GL118885
    Étude originale (Université nationale australienne), source de la détection des 362 séismes glaciaires.
  • The Conversation, Hundreds of iceberg earthquakes detected at the crumbling end of Antarctica’s Doomsday Glacier (Thanh-Son Pham, 2026)
    https://theconversation.com/hundreds-of-iceberg-earthquakes-detected-at-the-crumbling-end-of-antarcticas-doomsday-glacier-268893
    Récit accessible signé par l’auteur de l’étude, sur la méthode et l’interprétation des foyers.
  • Scientific American, Antarctica’s Doomsday Glacier Rattled by Hundreds of Iceberg Earthquakes (2026)
    https://www.scientificamerican.com/article/antarctica-doomsday-glacier-rattled-by-hundreds-of-iceberg-earthquakes/
    Synthèse sur la particularité des séismes glaciaires et l’enjeu pour la stabilité de Thwaites.

Image de mise en avant : Glacier Thwaites – crédit : NASA

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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