Il y a deux ans, la Chine dévoilait le prototype d’une machine de creusement au principe étonnant.
Ce 1er août à Wuhan, la première unité opérationnelle est enfin sortie d’usine, prête à mordre la roche.
Son pari : marier dans un seul engin de 400 tonnes deux méthodes de creusement que tout oppose depuis toujours, pour venir à bout des terrains les plus durs.
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Avec le Xianglong, la Chine va réconcilier deux écoles que tout opposait jusqu’ici dans la construction
Pour percer un tunnel dans la montagne, les ingénieurs disposent depuis longtemps de deux grandes options qui n’ont, en théorie, pas grand-chose en commun.
La première, c’est le tunnelier, un énorme cylindre à roue de coupe qui grignote la paroi en continu, comme une taupe mécanique. Rapide et propre tant que le terrain reste raisonnable, il devient capricieux dès que la roche durcit ou se fracture : ses molettes s’usent, la cadence s’effondre, et les chantiers prennent du retard.
La seconde méthode est plus rustique, mais redoutable : le forage-minage. On perce une série de trous dans la paroi, on y glisse des explosifs, on fait sauter, on évacue les gravats, on consolide, puis on recommence. Cette technique vient à bout des terrains les plus coriaces, là où le tunnelier abdique. Son défaut ? Elle avance par cycles laborieux, mobilise beaucoup de main-d’œuvre dans un environnement dangereux, et se prête mal à l’automatisation.
D’un côté une machine véloce mais fragile face à la roche dure, de l’autre une méthode robuste mais lente et manuelle. Pendant des décennies, il a fallu choisir son camp au début du chantier. C’est précisément ce dilemme que la nouvelle venue chinoise entend supprimer.
Xianglong, le « dragon volant » qui fait les deux
En réalité, l’idée n’est pas tout à fait neuve : la Chine avait présenté un premier prototype de ce type de machine dès 2024, salué à l’époque comme une première mondiale.
La nouveauté, cette fois, c’est que ce sera la première fois q’une unité complète sort d’usine, prête à attaquer un vrai chantier.
Baptisée Xianglong, soit « dragon volant » en mandarin, cette machine a été dévoilée à Wuhan, dans la province du Hubei, au terme d’un développement mené par China Railway Science & Industry Group avec l’université Tsinghua. Longue de 70 mètres pour un diamètre de creusement de 4,55 mètres, elle pèse près de 400 tonnes.
Des dimensions modestes au regard des tunneliers géants, mais son intérêt n’est pas là.

Puisque comme nous l’avons dit, cette machine a pour vocation de combiner les deux méthodes connues pour creuser un tunnel dans un seul engin :
- Face à une paroi standard, elle fonctionne comme un tunnelier classique, sa roue de coupe mordant la roche
- Face à un terrain extrêmement dur, elle bascule en mode forage-minage : un système embarqué vient pré-fissurer la roche à l’avance, l’affaiblissant juste ce qu’il faut pour que la roue de coupe reprenne ensuite le dessus. Cette pré-fracturation, réalisée grâce à des molettes creuses d’un genre nouveau, change tout. Selon les données des essais chinois, elle permet de gagner près de 30 % d’efficacité dans les terrains les plus récalcitrants.
Pourquoi ce mariage tombe à pic
Depuis quelques années, la Chine se prend pour une taupe et multiplie les grands ouvrages qui traversent des massifs à la géologie tourmentée, où alternent couches tendres et bancs de roche dure. Dans ces conditions, un tunnelier seul patine et un chantier au forage-minage traîne en longueur.
En logeant les deux savoir-faire dans le même engin, Xianglong évite d’avoir à changer d’équipement au milieu du parcours, ce qui fait perdre un temps considérable.
Quelques chantiers de grands tunnel chinois récents :
| Chantier | Ce qu’il traverse | Le cauchemar géologique | Livraison |
|---|---|---|---|
| Ligne Sichuan-Tibet | 1 629 km et plus de 40 failles majeures | Roche jusqu’à 89 °C, record pour un chantier de transport | Prévue vers 2030 |
| Tunnel du mont Gaoligong (Yunnan) | 34,5 km, le plus long tunnel ferroviaire de Chine en travaux | Géologie si instable qu’il mêle déjà forage-minage et tunnelier | En travaux |
| Tunnel Shengli du Tianshan (Xinjiang) | 22,1 km, plus long tunnel autoroutier du monde | 16 failles, 3 000 m d’altitude, froid extrême | Ouvert en décembre 2025 |
| Tunnel de Zhongnanshan (Qinling) | 18 km, l’un des plus longs tunnels routiers du pays | Creusé de bout en bout dans de la roche dure | Ouvert en 2007 |
Xianglong rejoindra bientôt le chantier d’une station de transfert d’énergie par pompage, dans la province du Henan. Ces installations, véritables batteries géantes, stockent l’électricité en pompant de l’eau vers un réservoir en hauteur pour la turbiner ensuite quand la demande grimpe.
Leur construction impose de creuser des galeries dans la roche dure des reliefs, le « dragon volant » (qui pourtant semble tout savoir faire sauf voler) va pouvoir y faire preuve de ses talents !
Un vide comblé, un savoir-faire verrouillé
Au-delà de la prouesse technique, Pékin insiste sur un autre point : la machine a été conçue entièrement à partir d’une chaîne d’approvisionnement nationale, donc ne dépend pas de fournisseurs étrangers pour les composants sensibles. Dans un secteur où les grands fabricants de tunneliers étaient longtemps européens, la Chine coche là une case de plus dans sa quête d’autonomie industrielle.
Reste à voir ce que la machine donnera hors du laboratoire. Les 30 % de gain annoncés reposent sur des essais, et le vrai juge de paix sera le chantier du Henan, avec ses aléas géologiques et ses imprévus.
Si le pari tient, la vieille frontière entre le tunnelier et le forage-minage, deux mondes qui s’ignoraient, pourrait bien commencer à s’effacer pour de bon !
Le Xianglong en bref
| Élément | Détail |
|---|---|
| Nom | Xianglong (« dragon volant ») |
| Concepteurs | China Railway Science & Industry Group et l’université Tsinghua |
| Longueur | 70 m |
| Diamètre de creusement | 4,55 m |
| Poids | Environ 400 tonnes |
| Gain d’efficacité annoncé | Jusqu’à 30 % en roche extrêmement dure |
| Premier chantier | Station de pompage-turbinage, province du Henan |
Sources :
- People’s Daily Online (dépêche Xinhua), China’s first boring and blasting machine rolls off production line in Wuhan (2 août 2026)
http://en.people.cn/n3/2026/0802/c90000-20484389.html
Annonce de la sortie d’usine, dimensions de la machine et objectif de combler le vide en équipement intégré. - South China Morning Post, China’s first-of-its-kind boring-and-blasting rig boosts hard-rock tunnel digging by 30% (août 2026)
https://www.scmp.com/economy/china-economy/article/3362927/chinas-first-its-kind-boring-and-blasting-rig-boosts-hard-rock-tunnel-digging-30
Nom de la machine (Xianglong), concepteurs, principe hybride et premier essai prévu au Henan. - Global Times, China develops world’s first boring and blasting machine (mai 2024)
https://www.globaltimes.cn/page/202405/1312717.shtml
Fonctionnement de la molette creuse, pré-fracturation et gain d’efficacité de 30 % en roche dure.




