La chute spectaculaire de ce colosse de 18 millions de tonnes a estomaqué les scientifiques britanniques présents sur le RRS Sir David Attenborough

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À la tombée de la nuit, un mur de glace d’un kilomètre de large s’est détaché d’un glacier groenlandais et s’est effondré dans la mer, sous les yeux et les caméras d’un équipage scientifique.

La scène a de quoi couper le souffle. Dans l’est du Groenland, au crépuscule, un pan entier du front du glacier Sorgenfri s’est brutalement décroché pour s’abîmer dans l’océan. Les scientifiques et l’équipage du RRS Sir David Attenborough, le brise-glace du British Antarctic Survey, ont tout filmé.

L’événement, rapporté le 3 août 2026, s’est produit alors que le navire menait l’expédition GIANT au large de ces côtes de glace et ce n’est clairement pas tous les jours qu’on voit un colosse de 18 millions de tonnes tomber dans la mer !

Lire aussi :

Des scientifiques filment un vêlage géant au Groenland

Un mur de glace de 18 millions de tonnes

Le bloc qui s’est détaché, en amont du fjord de 3-miippugut, au nord du fjord de Kangerlussuaq, mesurait environ un kilomètre de large pour une épaisseur moyenne de 100 mètres et quelque 18 millions de tonnes !

Pour se le figurer, imaginez près de 1 800 tours Eiffel s’effondrant d’un coup dans la mer.

Le tableau ci-dessous met ces mesures en perspective :

Donnée Chiffre et comparaison
Largeur du pan détaché environ 1 kilomètre
Épaisseur moyenne environ 100 mètres
Masse ~18 millions de tonnes (près de 1 800 tours Eiffel)
Volume environ 20 millions de m³, soit près de 8 000 piscines olympiques
Distance du navire plus de 1 kilomètre du front
Perte annuelle du Groenland ~250 milliards de tonnes, soit près de 14 000 fois ce pan

Au moment du vêlage (détachement de blocs de glace ou d’icebergs le long d’une falaise glaciaire), le navire se trouvait à plus d’un kilomètre du front.

Conçu pour affronter les glaces et mené par un équipage rompu à la navigation polaire, le Sir David Attenborough a aussitôt gagné la position la plus sûre, raconte son capitaine, Matt Neill. Une scientifique à bord a saisi l’instant où la muraille de glace a percuté l’océan et c’est la vidéo que nous vous proposons ci-dessous.

Spectaculaire, mais normal

Face à de telles images, on pense aussitôt au réchauffement. La réalité est plus nuancée. Le vêlage est un phénomène parfaitement naturel, surtout en été. C’est même ainsi que ces glaciers évacuent le trop-plein de glace venu de l’intérieur des terres, dans un équilibre permanent entre ce qu’ils gagnent par les chutes de neige et ce qu’ils perdent par l’océan.

Cela dit, le contexte, lui, est en effet plus inquiètant. La calotte glaciaire du Groenland perd de la masse à un rythme record : de l’ordre de 250 milliards de tonnes par an ces dernières décennies, soit près d’un cinquième de la hausse mondiale du niveau des mers. À cette échelle, notre pan de 18 millions de tonnes ne pèse pas lourd : le Groenland en perd l’équivalent près de 14 000 fois chaque année. Tout l’enjeu, pour les scientifiques, consiste justement à démêler le vêlage normal de la fonte qui s’emballe.

Une flotte de robots là où l’homme ne peut aller

C’est précisément la mission de GIANT, pour « Greenland Ice sheet to AtlaNtic Tipping points ». Mené par une équipe internationale de quelque 80 spécialistes, ce projet du British Antarctic Survey, doté de 20 millions de livres et étalé sur cinq ans, cherche à mieux comprendre les échanges entre les glaciers groenlandais et un océan qui se réchauffe, en particulier la fonte et le vêlage, deux processus encore mal reproduits dans les modèles climatiques. Le hic, c’est que la zone où la glace rencontre la mer est bien trop dangereuse pour les humains… le vêlage de Sorgenfri vient de le rappeler !

 Dessin du BoatyMcBoatface - crédit : Seloloving
Dessin du BoatyMcBoatface – crédit : Seloloving

D’où le recours à une escadrille de robots. L’un d’eux, l’Autosub Long Range, répond au nom cocasse de « Boaty McBoatface », hérité d’un sondage public de 2016 : il plonge jusqu’à 1 500 mètres sous le « mélange », cet amas chaotique de banquise et d’icebergs qui encombre les fjords. Le drone de surface DriX cartographie les fronts immergés au sonar, avec une précision de 50 centimètres qui révèle la fonte heure par heure. L’instrument Meltstake, lui, se plante carrément dans la paroi de glace pour mesurer comment l’eau lui transmet sa chaleur. Gavia et EcoSub complètent la troupe.

Le tout est piloté depuis le Sir David Attenborough, un brise-glace d’ordinaire habitué aux eaux de l’Antarctique.

Le vrai enjeu se joue sous la surface

Derrière le spectacle, c’est un basculement autrement plus vaste qui se profile. L’eau douce libérée par la fonte groenlandaise vient diluer l’Atlantique Nord et pourrait, à terme, ralentir l’AMOC (Atlantic meridional overturning circulation), l’immense circulation océanique qui redistribue la chaleur et tempère le climat européen. Un dérèglement de ce tapis roulant marin annoncerait des hivers plus rudes et des tempêtes plus violentes, jusqu’à bousculer les récoltes de ce côté-ci de l’océan.

Les données glanées par GIANT doivent nourrir la prochaine génération de modèles climatiques, et même un système d’alerte précoce des emballements glaciaires.

Sources :

  • British Antarctic Survey, Greenland science expedition witnesses huge glacier calving (3 août 2026)
    https://www.bas.ac.uk/news/greenland-science-expedition-witnesses-huge-glacier-calving /
    Communiqué relatant le vêlage du glacier Sorgenfri, ses dimensions et les propos du capitaine Matt Neill.
  • British Antarctic Survey, Researchers head to Greenland for ambitious science mission (16 juillet 2026) https://www.bas.ac.uk/news/researchers-head-to-greenland-for-ambitious-science-mission /
    Présentation de l’expédition GIANT, de ses robots (Boaty McBoatface, DriX, Meltstake) et de l’enjeu pour l’AMOC.
  • Copernicus – Climate Change Service (C3S), Climate Indicators – Ice Sheets https://climate.copernicus.eu/climate-indicators/ice-sheets
    Données sur la perte de masse du Groenland et sa contribution à la hausse du niveau des mers.
  • Projet GIANT, Greenland Ice sheet to AtlaNtic Tipping points https://giantgreenland.com /
    Site officiel du projet coordonné par le British Antarctic Survey.

 

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
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