La plus grande force de police du Royaume-Uni fait appel au français Atos pour minimum six ans.
Souvenez-vous. Décembre 2024, Atos frôle le dépôt de bilan. Le fleuron tricolore de l’informatique, qui a porté les Jeux olympiques de Paris quelques mois plus tôt, croule sous près de cinq milliards d’euros de dette, se voit refuser plusieurs offres de rachat successives, et finit par être placé sous un plan de sauvegarde accélérée par le Tribunal de commerce de Nanterre.
Pour sauver le soldat Atos, il a fallu tout casser et reconstruire avec plan de restructuration à 1,2 milliard d’euros, séparation entre Atos (services) et Eviden (produits), arrivée du financier David Layani (patron d’Onepoint) comme actionnaire de référence, puis bascule vers le nouveau PDG Philippe Salle.
Aujourd’hui, tel un phénix, l’entreprise semble renaitre. Le groupe est devenu une entreprise plus légère, recentrée, capable de s’asseoir de nouveau à la table des grands.
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Le groupe français Atos annonce un contrat de 350 millions de livres sterling avec le Metropolitan Police Service
Un contrat majeur à Scotland Yard
Dans le détail, Atos signe pour six ans avec option de prolongation de deux ans, soit potentiellement huit ans. Le montant maximum du contrat atteint 350 millions de livres sterling, à peu près 410 millions d’euros au cours du jour. Le contrat a comme objet de gérer et sécuriser l’ensemble des applications métiers de Scotland Yard, c’est-à-dire l’infrastructure logicielle qui fait tourner la police londonienne au quotidien. Fichiers d’enquête, systèmes de dispatching des patrouilles, bases de données criminelles, outils de supervision et applications de communication inter-services. Rien que ça !
Le périmètre pourra également être étendu, selon les besoins, à la gestion cloud et à l’environnement de travail numérique (postes de travail, accès sécurisés aux outils, modes de travail flexibles). Si cette extension est activée, Atos deviendra responsable de bout en bout de la performance applicative de la Met Police, avec des engagements de disponibilité, de résilience et de performance.
Atos s’appuiera sur les bonnes pratiques ITIL, un standard international qui définit la manière de gérer les services informatiques en entreprise. En gros, le manuel de référence que tous les grands opérateurs informatiques du monde suivent pour éviter les plantages et garantir la qualité de service.
Jamie Hewitt, directeur numérique du Metropolitan Police Service, a résumé l’enjeu : « Notre collaboration avec Atos se traduira par la fourniture d’un socle numérique stable à nos agents et à nos collaborateurs. Elle accompagnera en continu la modernisation et la simplification de notre parc applicatif tout en améliorant l’efficacité et la performance des technologies qui sous-tendent les opérations de police sur le terrain. »
En clair : les flics londoniens veulent du matériel qui marche, tout le temps, et qui ne les plante pas en pleine intervention.
Scotland Yard, mastodonte policier mondial
Le Metropolitan Police Service, communément appelé Scotland Yard ou simplement « the Met », n’est pas une police comme les autres. Créée en 1829 par Sir Robert Peel (dont le prénom a donné aux policiers britanniques le surnom de « Bobbies »), elle est à la fois l’une des plus anciennes et des plus grandes forces de police du monde. Elle couvre le Grand Londres (hors City of London qui a sa propre police), soit 1 578 kilomètres carrés et environ 9 millions d’habitants.
Pour comparer, la préfecture de police de Paris, qui est la force équivalente en France, compte environ 43 000 agents pour un budget d’environ 1,2 milliard d’euros. Scotland Yard est donc nettement plus gros, surtout côté budget. Un budget qui tient à l’exigence du terrain : Londres cumule les défis qu’une capitale occidentale puisse rencontrer en 2026 (terrorisme, criminalité organisée, cybersécurité, protection diplomatique, grands événements, manifestations politiques, gestion de population très diverse avec plus de 300 langues parlées quotidiennement). Confier le pilotage technique de ses applications à un prestataire, c’est lui faire une confiance absolue sur la continuité de service. Un plantage à Scotland Yard deviendrait immédiatement un sujet d’État.
Atos, la renaissance après la tempête
En 2022, Atos est encore un fleuron européen de l’informatique, avec environ 11 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuels et plus de 100 000 salariés dans le monde. Une succession de mauvais choix stratégiques (une mauvaise orientation produits, des acquisitions ratées, un endettement devenu insoutenable, une mauvaise gestion de la séparation Atos/Eviden) le fait plonger. En 2023, le groupe se retrouve en grande difficulté. 2024 est l’année de tous les dangers : la dette grimpe à près de 5 milliards d’euros, les créanciers s’inquiètent, le cours de bourse s’effondre, les offres de rachat se succèdent et s’annulent.
Deux prétendants se détachent : d’un côté David Layani, patron de la pépite française Onepoint, qui est entré au capital d’Atos et propose un plan centré sur la sauvegarde de la totalité des activités. De l’autre, le milliardaire tchèque Daniel Křetínský, qui propose plutôt un démantèlement partiel. Le choix d’Atos tombe en juin 2024 : ce sera Layani. Le plan de sauvegarde accélérée est ensuite validé par le Tribunal de commerce de Nanterre le 24 octobre 2024, et finalement bouclé le 19 décembre 2024. Nouveaux actionnaires, nouveau conseil d’administration, nouvelle gouvernance.
En parallèle, l’État français a mis la main sur certaines activités jugées stratégiques (Advanced Computing, les super-ordinateurs), pour une valeur d’entreprise estimée entre 500 et 625 millions d’euros. Le groupe a en outre dû se séparer de plusieurs filiales (WorldGrid cédée en décembre 2024, etc.) pour alléger son bilan. Fin 2025, Philippe Salle, nouveau PDG, pilote un Atos recentré sur les services numériques, avec un chiffre d’affaires annuel d’environ 7,2 milliards d’euros et près de 54 000 collaborateurs répartis dans 54 pays.
La souveraineté numérique en jeu
Confier la gestion des applications d’une police nationale à un prestataire étranger n’est jamais une décision anodine. En France, on imagine difficilement une entreprise britannique gérer les applications de la Gendarmerie nationale ou de la Police nationale. Pourtant, le Royaume-Uni n’a jamais fait preuve de ce réflexe réglementaire protectionniste, et depuis le Brexit, les sociétés françaises de services numériques (Atos, Capgemini, Sopra Steria) y ont multiplié les contrats avec les administrations.
Comment expliquer qu’un pays confie une mission si sensible à un prestataire français ? Trois raisons. D’abord, Atos n’arrive pas en terrain inconnu : le groupe travaille déjà avec Scotland Yard depuis des années, et ce contrat est en fait une extension de la relation existante.
Ensuite, Atos est reconnu comme numéro un européen de la cybersécurité, un domaine clé pour une police dont les systèmes sont des cibles permanentes de cyberattaques. Enfin, l’offre d’Atos sur le marché britannique du secteur public est particulièrement bien positionnée : le groupe a notamment géré pendant des années des contrats pour la BBC, le ministère de la Défense britannique, le NHS (service de santé) et plusieurs autres administrations.
Pour Michael Herron, directeur général d’Atos au Royaume-Uni, le message est clair : « Ce contrat témoigne de l’expertise, de la résilience et de l’engagement de nos équipes, ainsi que de la confiance que nous avons bâtie au fil de nombreuses années de collaboration. » Traduction : nous sommes là depuis longtemps, nous y resterons longtemps !
Un symbole fort pour un retour attendu
Au-delà du montant (410 millions d’euros, ce n’est pas rien), c’est surtout le symbole qui compte. Atos, qu’on disait moribond il y a deux ans, revient aujourd’hui à la table des grands contrats internationaux. L’entreprise prouve qu’elle est encore capable de gagner des batailles stratégiques face à ses concurrents américains (Accenture, Capgemini, Deloitte, IBM) et indiens (TCS, Infosys, Wipro).
Le pari du redressement, porté par David Layani puis consolidé par Philippe Salle, n’est pas encore gagné, mais chaque contrat de ce calibre rapproche le groupe de ses objectifs : chiffre d’affaires annuel à 10 milliards d’euros d’ici 2027, marge d’exploitation en nette hausse, retour durable à la rentabilité.
Sources principales :
- Atos, Communiqué de presse – Atos remporte un contrat de 350 millions de livres sterling au Royaume-Uni pour la gestion des applications de Metropolitan Police Service (5 octobre 2026)
Document source fourni
Annonce officielle du contrat de six ans entre Atos et Scotland Yard pour la gestion et la sécurité des applications. - Metropolitan Police, About Us
https://www.met.police.uk/about-us/
Chiffres officiels du Metropolitan Police Service : effectifs, budget, superficie couverte, population desservie. - Sénat, Situation et avenir du groupe Atos (avril 2024)
https://www.senat.fr/rap/r23-568/r23-56818.html
Rapport parlementaire sur la crise d’Atos et les enjeux de souveraineté numérique française.
New Scotland Yard, Londres — Photo : Matt Brown, prise le 28 avril 2017. Source : Flickr via Wikimedia Commons. Licence Creative Commons Attribution 2.0 (CC BY 2.0). Voir l’image sur Wikimedia Commons — Voir la photo originale sur Flickr — Licence CC BY 2.0.




