Ce processeur veut sauver Internet avant l’arrivée des ordinateurs quantiques.
L’ordinateur quantique n’a pas encore cassé Internet… mais tout le monde sait qu’il finira par y arriver.
Aujourd’hui, nos données reposent sur un principe simple : certains calculs sont trop longs à résoudre, même pour les machines les plus puissantes. C’est ce qui protège vos mails, vos comptes bancaires ou les communications militaires.
Le problème, c’est que les ordinateurs quantiques promettent de pulvériser cette barrière d’ici quelques années.
Face à cette menace, un projet vient de démarrer à Singapour : créer le premier processeur open-source capable de résister aux attaques quantiques, en intégrant la sécurité directement dans le matériel.
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Le problème que personne ne voit encore venir : le jour où vos mots de passe ne vaudront plus rien !
Aujourd’hui, la cybersécurité repose presque entièrement sur des logiciels.
Antivirus, mises à jour, protocoles de chiffrement… tout se joue dans des couches logicielles que l’on empile les unes sur les autres.
Le souci, c’est que ces protections ont une faiblesse structurelle : elles reposent sur des calculs mathématiques, certes extrêmement complexes mais qui avec une puissance quasi infinie peuvent être résolus. Jusqu’ici les ordinateurs classiques peinaient à les résoudre, voire en étaient incapables… mais les nouvelles technologies, notamment les ordinateurs quantiques qui arrivent pourraient ne pas avoir cette galanterie !
Qu’est-ce qu’un ordinateur quantique ?
Un ordinateur quantique ne fonctionne pas du tout comme votre PC ou votre smartphone. Là où un ordinateur classique manipule des bits (0 ou 1), un ordinateur quantique utilise des qubits, capables d’être 0, 1… ou les deux en même temps grâce à un phénomène appelé superposition.
Ajoutez à cela l’intrication quantique qui permet à plusieurs qubits de rester liés entre eux même à distance et vous obtenez une machine capable d’explorer un nombre gigantesque de possibilités simultanément.
Pour certains calculs très spécifiques, comme la factorisation de grands nombres (au cœur du chiffrement actuel), cela change tout.
Voici un exemple concret :
- casser une clé RSA de 2048 bits prendrait des milliards d’années à un ordinateur classique
- un ordinateur quantique suffisamment avancé pourrait le faire en quelques heures, voire minutes
Autrement dit, ce qui est aujourd’hui « impossible » deviendra simplement « un peu long » d’ici quelques mois / années et le pire c’est que tout le monde le sait !
Pourquoi le logiciel seul ne suffira plus
Les chercheurs du projet QUASAR-CREATE partent d’un constat simple : corriger le problème uniquement avec du logiciel, c’est comme ajouter des cadenas sur une porte déjà fragile.
Un logiciel peut être mal configuré, attaqué, contourné ou tout simplement oublié dans une mise à jour.
À l’inverse, intégrer la sécurité directement dans le matériel change complètement la logique.
Imaginez deux situations :
- logiciel → un coffre posé dans une pièce
- hardware sécurisé → une pièce construite en béton armé dès le départ
Dans le premier cas, on protège après coup.
Dans le second, la sécurité devient une propriété fondamentale du système.
C’est exactement ce que cherche à faire ce nouveau processeur : rendre certaines attaques tout simplement impossibles, même si le logiciel est compromis.
Un pari stratégique : miser sur RISC-V et l’open-source
Le projet repose sur une architecture particulière : RISC-V.
Contrairement aux architectures propriétaires comme celles d’Intel ou d’ARM, RISC-V est ouverte et libre d’utilisation.
Pourquoi c’est crucial ?
Parce que dans le domaine de la sécurité, la transparence est une arme.
Un système fermé oblige à faire confiance à son concepteur.
Un système open-source peut être audité par n’importe quel expert dans le monde.
Cel a permet au final moins de portes dérobées invisibles, plus de vérifications indépendantes et un meilleur taux de confiance.
Le projet QUASAR-CREATE pousse cette logique encore plus loin : non seulement le logiciel sera ouvert, mais aussi les plans du processeur lui-même !
Le cœur du système : la cryptographie post-quantique
Au centre de ce processeur, on trouve un concept clé : la Post-Quantum Cryptography (PQC).
L’idée est d’inventer des algorithmes que même un ordinateur quantique ne pourra pas casser facilement.
En pratique, c’est un véritable casse-tête.
Ces nouveaux algorithmes sont souvent plus lourds, plus gourmands en calcul et par la même plus complexes à intégrer.
D’où l’intérêt de les intégrer directement dans le processeur.
Ce que ça change concrètement
À court terme, rien ne va changer pour vous.
Votre smartphone, votre ordinateur, vos comptes resteront protégés comme aujourd’hui.
La menace quantique n’est pas encore opérationnelle à grande échelle.
À moyen terme (5 à 10 ans), la situation pourrait évoluer rapidement :
- migration vers des protocoles post-quantiques
- nouveaux processeurs intégrant ces protections
- refonte complète de certaines infrastructures critiques
Reste une inconnue majeure : le timing réel de la révolution quantique.
Personne ne sait précisément quand un ordinateur quantique capable de casser les systèmes actuels sera disponible.
Certains parlent de 10 ans, d’autres de 20. Certains pensent que c’est bien plus proche que cela, raison pour laquelle un marché commence déjà à se mettre ne place !
Un marché qui explose déjà avant même l’arrivée du choc quantique
La cryptographie post-quantique est en effet déjà un marché, certes balbutiant mais qui promet d’accélérer et très vite !
Les estimations parlent d’un passage de 1,35 milliard de dollars en 2025 à plus de 22,6 milliards d’ici 2033, soit un marché multiplié par 16,7 en moins de dix ans… Pour vous donner un ordre de grandeur, c’est plus rapide que l’essor du cloud au début des années 2010 !
Cette dynamique est tirée par une réalité simple : entreprises et États savent qu’ils doivent migrer avant que la menace ne devienne opérationnelle. En 2025, plus de 60 % des organisations dans la défense, la finance et les télécoms ont déjà lancé des mises à niveau vers des solutions résistantes au quantique, soutenues par plus de 5,2 milliards de dollars d’investissements en R&D.
Derrière cette croissance, on retrouve tous les secteurs critiques : banques (BFSI), gouvernements, santé, télécoms… avec une priorité absolue sur le chiffrement des données et l’authentification. Les géants comme IBM, Microsoft ou Google intègrent déjà ces algorithmes dans leurs clouds et leurs systèmes, pendant que les États financent massivement la transition.
La France et le Japon explorent une autre solution… plus « physique »
Pendant que certains sécurisent le futur avec des processeurs résistants au quantique, d’autres changent carrément de terrain de jeu.
Une équipe franco-japonaise, impliquant notamment le CNRS et l’université de Tokyo, explore une piste radicale : utiliser l’ADN comme support de chiffrement. L’idée peut sembler sortie d’un film de science-fiction, mais elle repose sur un principe redoutablement simple. Plutôt que de générer des clés numériques échangeables (donc potentiellement interceptables) les chercheurs créent deux copies identiques d’une séquence d’ADN totalement aléatoire, chacune envoyée physiquement aux deux interlocuteurs. Une fois séquencée, cette molécule devient une clé parfaitement aléatoire, utilisable une seule fois, donc théoriquement incassable.
Au passage, les propriétés de l’ADN donnent le vertige : quelques milligrammes suffisent pour stocker des exaoctets de données, soit l’équivalent de centaines de milliers de disques durs, avec une conservation potentielle sur des milliers d’années. Reste une limite évidente : ce type de solution est encore complexe, lent et difficile à industrialiser.
Là où le projet QUASAR-CREATE vise une intégration massive dans nos appareils, l’ADN pourrait plutôt s’imposer dans des usages critiques (communications militaires, spatial, infrastructures sensibles) là où la sécurité absolue vaut largement le coût et la complexité.
Sauver Internet des menaces quantique avec un processeur open-source en un clin d’oeil :
Sources :
- Technical University of Munich (TUM), Developing the world’s first open-source post-quantum secure processor system (14 avril 2026),
https://www.tum.de/en/news-and-events/all-news/press-releases/details/developing-the-worlds-first-open-source-post-quantum-secure-processor-system
communiqué officiel présentant le développement d’un système de processeur open source conçu pour résister aux attaques des ordinateurs quantiques, avec un focus sur les architectures matérielles sécurisées et les futures normes cryptographiques post-quantiques. - SNS Insider, Post-Quantum Cryptography Market Report (15 décembre 2025),
https://www.snsinsider.com/reports/post-quantum-cryptography-market-9079
rapport d’analyse du marché de la cryptographie post-quantique, détaillant la croissance attendue, les segments clés, les applications industrielles et les enjeux stratégiques liés à la transition vers des systèmes résistants aux capacités de calcul quantique. - Jaudou, S., Gasnier, H., Boudjella, E., Canève, M., Bloquert, V., et al. (2026). Synchronized DNA sources for unconditionally secure cryptography. HAL Open Science. ⟨hal-05560338⟩ [Preprint]
Lien vers l’étude : https://hal.science/hal-05560338
Image de mise en avant : Placement d’une puce sur une carte de test à la chaire de sécurité de l’information de l’université technique de Munich (TUM).




