La Chine présente une batterie « solide » qui corrigerait les 3 plus gros défauts des batteries actuelles et prête à passer à l’étape de l’industrialisation

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Une annonce qui vise directement le cœur du problème électrique.

Depuis dix ans, la promesse de la batterie solide revient comme un refrain entêtant dans l’industrie automobile. On nous la promet plus sûre, plus dense et plus rapide à recharger. Le problème c’est que jusqu’ici elle restait une belle promesse sans application industrielle concrête…

L’annonce de l’entreprise chinoise Greater Bay Technology pourrait pourtant créer un petit séisme dans le secteur de l’énergie et plus particulièrement de la voiture électrique !

L’entreprise affirme en effet avoir produit ses premières cellules dites “A-sample”, autrement dit, enfin un prototype fonctionnel capable de sortir du laboratoire.

Les performances avancées donnent une idée du potentiel puisqu’avec sa densité énergétique serait comprise entre 260 et 500 Wh/kg (Watt-heure par kilogramme), soit bien au-dessus des batteries lithium-ion actuelles qui plafonnent autour de 250 à 300 Wh/kg.

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Pourquoi la batterie solide bloque encore au stade de l’industrialisation ?

Si tout le monde s’y intéresse, c’est parce que la batterie actuelle a atteint ses limites physiques. Les électrolytes liquides utilisés aujourd’hui permettent aux ions de circuler, mais introduisent aussi des contraintes fortes : instabilité thermique, risques d’emballement, dégradation progressive.

La batterie solide remplace ce liquide par un matériau solide. L’idée est séduisante, mais elle s’accompagne de problèmes très concrets. Les ions circulent moins facilement, les interfaces entre matériaux sont instables, et la fabrication devient rapidement complexe à grande échelle.

C’est ce que résume bien la littérature scientifique récente : la difficulté n’est plus de faire fonctionner une cellule en laboratoire, mais de la produire en série sans perdre ses performances.

C’est ce point qui a freiné la plupart des projets occidentaux, malgré des investissements massifs, notamment chez Toyota ou QuantumScape.

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Une approche hybride pour contourner les limites connues

Là où Greater Bay Technology tente de se démarquer, c’est dans le choix des matériaux. Plutôt que d’opter pour une seule famille technologique, l’entreprise a développé un électrolyte composite, mélangeant composants organiques et inorganiques.

Ce type d’approche hybride vise à résoudre un dilemme cornélien : choisir entre des matériaux solides très performants mais fragiles ou difficiles à produire et des matériaux plus souples mais moins efficaces.

Selon les éléments publiés, la solution repose sur une combinaison de structures chimiques avancées permettant de stabiliser la conduction ionique tout en conservant une certaine flexibilité. C’est ce qui expliquerait les résultats obtenus sur les premiers prototypes, notamment en matière de recharge rapide et de stabilité.

Des performances crédibles mais encore à confirmer

Les premiers tests communiqués par l’entreprise montrent des résultats solides sur les trois critères suivants :

  1. Les cellules seraient non inflammables, grâce à l’absence totale d’électrolyte liquide, et auraient résisté à des tests sévères, comme la perforation ou les chocs thermiques.
  2. La recharge rapide annoncée, de l’ordre de 2 à 3C (ce qui signifie que la batterie peut être intégralement remplie en seulement 20 à 30 minutes), est également notable. Elle permettrait de réduire significativement le temps de charge, un point qui reste aujourd’hui un frein majeur à l’adoption des véhicules électriques.
  3. Enfin, la durée de vie annoncée serait comparable à celle des batteries lithium-ion actuelles, ce qui est loin d’être acquis dans le domaine du solide.

Ces éléments restent toutefois à prendre avec précaution. À ce stade, il s’agit de prototypes. L’histoire récente montre que de nombreuses technologies prometteuses ont échoué lors du passage à l’échelle industrielle.

Le vrai enjeu : industrialiser avant les autres

Greater Bay Technology vise une production à l’échelle du gigawattheure dès la fin 2026, avec une intégration dans des modèles haut de gamme de GAC Group (sa maison mère, un colosse chinois de l’automobile qui pèse 12,5 milliards d’euros).

Si cet objectif est tenu, l’entreprise pourrait être la première à proposer une batterie 100 % solide dans un véhicule commercial.

Aujourd’hui, la Chine domine déjà largement la production mondiale de batteries lithium-ion, avec des acteurs comme CATL ou BYD. Selon les données de la China Automotive Battery Innovation Alliance, Greater Bay Technology reste encore marginal, avec 0,21 GWh installés et 0,37 % de part de marché en mars 2026. Cette position pourrait évoluer très vite si la technologie suit.

L’industrie des batteries est l’un des rares secteurs où un saut technologique peut rebattre complètement les cartes en quelques années.

Une course mondiale qui s’intensifie

L’annonce intervient dans un contexte de compétition technologique intense. Le Japon, la Corée du Sud, les États-Unis et l’Europe investissent massivement dans les batteries solides.

Toyota, par exemple, vise une commercialisation autour de 2027–2028, tandis que QuantumScape travaille sur des architectures lithium-métal prometteuses mais encore instables à grande échelle.

En France aussi, certains industriels se positionnent déjà pour ne pas laisser toute la valeur partir en Asie. C’est le cas d’Argylium, une coentreprise franco-belge installée entre Paris et La Rochelle, qui veut s’attaquer à l’un des maillons les plus stratégiques de la future batterie tout solide : l’électrolyte solide sulfuré.

Son ambition est de devenir un fournisseur européen de référence sur ce marché, avec une montée en puissance progressive allant de l’unité pilote à la production industrielle de plusieurs milliers de tonnes. Ce n’est pas encore la bataille des volumes chinois, mais c’est déjà la preuve qu’en France aussi, on a compris que la guerre de la batterie tout solide ne se jouera pas seulement sur les voitures, mais d’abord sur la maîtrise des matériaux critiques.

Attention à la confusion avec la batterie « tout solide »

Dans cette course technologique, il faut bien comprendre qu’on mélange souvent deux réalités très différentes sous le terme « batterie solide ».

D’un côté, les batteries dites semi-solides, déjà en train d’arriver sur le marché (comme celle présentée dans cet article), qui remplacent une partie de l’électrolyte liquide par un matériau solide ou gélifié, ce qui permet d’améliorer légèrement les performances tout en restant compatible avec les usines actuelles. De l’autre, les batteries tout-solide, beaucoup plus ambitieuses, où l’électrolyte deviendrait entièrement solide, sans la moindre trace de liquide, avec à la clé des gains spectaculaires en sécurité, en densité énergétique et en vitesse de recharge.

Toute la difficulté tient justement dans cette dernière étape : supprimer totalement le liquide sans perdre en fiabilité, car les matériaux solides ont tendance à se fissurer ou à mal conduire les ions à grande échelle. Autrement dit, l’industrie est aujourd’hui dans une phase de transition, où les versions hybrides servent de tremplin vers la véritable rupture technologique.

Caractéristique Batterie classique Batterie semi-solide Batterie tout-solide
Électrolyte 100 % liquide Mélange liquide / solide 100 % solide
Risque d’incendie Présent Réduit Quasi nul
Densité énergétique ~250–300 Wh/kg ~300–350 Wh/kg Jusqu’à 500+ Wh/kg
Disponibilité Généralisée Déploiement en cours Horizon 2027–2030

 

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Un marché de la batterie solide en pleine effervescence

Selon une étude de marché publiée en 2023, le marché mondial des batteries solides pesait déjà 472,6 millions de dollars en 2022 et pourrait atteindre 6,67 milliards de dollars d’ici 2032.

L’Asie-Pacifique domine largement ce secteur, avec 48,6 % des revenus mondiaux en 2022, portée par la Chine, le Japon et la Corée du Sud, tandis que l’Europe est attendue comme la région à la croissance la plus rapide sur la décennie.

Derrière les annonces technologiques, il y a déjà un marché en train de se structurer, avec des industriels, des lignes pilotes, des investisseurs et une bataille industrielle mondiale qui dépasse largement la seule voiture électrique.

Résumé en un coup d’oeil sur la batterie solide de Greater Bay Technology :

Résumé en un coup d'oeil sur la batterie solide de Greater Bay Technology

Sources :

  • Futunn News, GAC-backed Greater Bay claims breakthrough in solid-state batteries (14 avril 2026),
    https://news.futunn.com/en/post/71451735/gac-backed-greater-bay-claims-breakthrough-in-solid-state-batteries
    article rapportant une avancée technologique annoncée par un acteur soutenu par GAC Group dans le domaine des batteries solides, avec un focus sur les performances et les perspectives industrielles.
  • Spherical Insights, Solid-state battery market report (mai 2023),
    https://www.sphericalinsights.com/fr/reports/solid-state-battery-market
    rapport d’analyse présentant les tendances du marché des batteries solides, incluant les projections de croissance, les technologies émergentes et les principaux acteurs du secteur.

Image de mise en avant :

La Guangdong-Hong Kong-Macao Greater Bay Area s’impose comme un hub technologique majeur, où des acteurs comme Greater Bay Technology accélèrent l’innovation industrielle.

Spécialisée dans les batteries de nouvelle génération, l’entreprise développe des technologies capables de réduire fortement les temps de recharge et d’améliorer les performances énergétiques, avec des applications directes dans les véhicules électriques et le stockage d’énergie.

Portée par l’écosystème de Guangdong et les synergies avec Hong Kong, Greater Bay Technology illustre la capacité de la région à transformer rapidement la recherche en solutions industrielles à grande échelle.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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