La France étend son influence stratégique aux dépens de la Russie en Europe de l’Est grâce à ce nouveau combustible nucléaire baptisé VERA-440

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L’Europe veut reprendre la main sur le cœur de ses réacteurs.

Le 9 avril 2026, Framatome a signé un accord avec quatre grands exploitants européens : ČEZ, Fortum, MVM Paks et Slovenské elektrárne pour développer un combustible VVER 440 entièrement conçu et produit en Europe.

Pour la plupart d’entre nous, jusqu’ici cela ne fait pas l’effet d’une bombe… pourtant cette annonce vient confirmer la volonté de l’Europe de l’est de reprendre le contrôle sur cet élément stratégique de la chaîne nucléaire qui jusqu’ici était dévolu… à la Russie.

Et c’est bien la France qui commence à s’y rendre de plus en plus indispensable !

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Les réacteurs VVER 440 sont nombreux en Europe centrale et orientale. Ils fonctionnent bien, produisent une électricité stable, mais ont été historiquement conçus pour utiliser du combustible fourni par la Russie… ce qui par les temps qui courent reste incertain.

Le problème c’est que changer ce combustible est difficile. Chaque assemblage doit respecter des contraintes mécaniques, neutroniques et thermiques extrêmement précises. Une variation mal maîtrisée peut affecter le comportement du cœur du réacteur.

Le projet porté par Framatome, baptisé VERA-440, vise justement à proposer une alternative compatible, capable de s’insérer dans ces réacteurs sans modifier leur architecture.
Autrement dit, remplacer une dépendance sans toucher à l’existant.

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Une dépendance historique en train de basculer

Pendant des décennies, le combustible des réacteurs VVER-440 européens provenait presque exclusivement de TVEL, filiale du groupe russe Rosatom. C’est assez logique puisque ces réacteurs ont été conçus à l’origine pour fonctionner avec des assemblages spécifiques, produits selon des standards soviétiques, puis russes. Résultat, de nombreux sites en Europe centrale et nordique utilisent encore aujourd’hui ce combustible historique, notamment là où les contrats n’ont pas encore été remplacés… ce qui par les temps qui courent reste incertain.

La situation évolue toutefois rapidement puisque Framatome s’impose désormais comme le principal fournisseur occidental en montée en puissance, avec une solution industrielle européenne (VERA-440) et des accords de long terme signés avec plusieurs exploitants. Les premières livraisons sont attendues dès 2027, marquant le début d’un basculement concret. En parallèle, l’américain Westinghouse Electric Company avance également ses pions, notamment via ses propres programmes de combustible compatibles VVER.

Une transition progressive se dessine ainsi, pays par pays, réacteur par réacteur. Rosatom reste encore présent, mais pour la première fois depuis la construction de ces centrales, une alternative crédible et industrialisée existe.

Centrales actuelles VVR-440 et fournisseur de combustibles :

Pays / centrale Fournisseur actuel (2026) Fournisseur de transition / futur Échéance estimée
Slovaquie
Bohunice V2, Mochovce 1-2
TVEL / Rosatom Framatome (contrat long terme) 2027
République tchèque
Dukovany 1-4
TVEL / Rosatom Westinghouse (contrats en cours), Framatome VERA-440 2027-2028
Hongrie
Paks 1-4
TVEL / Rosatom Framatome, puis Westinghouse 2027 pour Framatome, 2028 pour Westinghouse
Finlande
Loviisa 1-2
TVEL / Rosatom Framatome VERA-440 2027-2028
Ukraine
Rivne 1-2, Khmelnytskyi 1-2
Westinghouse Westinghouse (renouvelé) Actuel
Russie
Kola, Leningrad, Novovoronezh
TVEL / Rosatom TVEL (design optimisé) Actuel
Arménie
Metsamor
TVEL / Rosatom TVEL Actuel

 

Une mécanique industrielle à plusieurs étages

Le développement d’un nouveau combustible suit une progression rigoureuse.

Première étape : la conception de l’assemblage et de son environnement, jusqu’au conteneur de transport.
Deuxième étape : l’introduction progressive dans les réacteurs, via des assemblages tests, appelés Lead Test Assemblies.
Troisième étape : l’obtention des licences pour une utilisation à grande échelle.

Ce processus prend des années. Chaque phase est validée par les autorités de sûreté, testée en conditions réelles, analysée dans le détail.

Image : Combustible VVER – ©DR
Image : Combustible VVER – ©DR

Une chaîne d’approvisionnement entièrement européenne

L’autre point clé du projet reste la conception de la chaîne industrielle associée à ce combustible.

Le combustible VVER 440 développé ici sera fabriqué dans les usines de Framatome en France et en Allemagne, avec des partenaires européens à chaque étape.

Ce qui signifie  extraction, conversion, fabrication, contrôle… tout se fait sans dépendance extérieure.

Dans un contexte de tensions géopolitiques dans cette région du globe, maîtriser le combustible revient à sécuriser la production d’électricité elle-même.

La demande existe, Framatome y répond et les premiers assemblages issus du programme devraient être produits à partir de 2028.

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Une coopération européenne, mais aussi une bataille industrielle

Ce projet s’inscrit au sein du programme SAVE (Safe and Alternative VVER European), soutenu par l’Union européenne. Au total, 17 partenaires industriels et institutionnels participent au développement.

Chaque acteur y voit un intérêt direct.
Pour les exploitants, c’est la garantie d’une alimentation sécurisée.
Pour l’industrie européenne, c’est l’opportunité de se positionner sur un marché stratégique puisque le combustible nucléaire, contrairement aux réacteurs eux-mêmes, est un marché récurrent.

Une centrale doit être rechargée régulièrement. Celui qui fournit le combustible s’inscrit donc dans la durée.

De quoi encore renforcer le poids déjà certain de Framatome sur ce marché (sans oublier Orano) et renforcer la stratégie française qui cherche à sécuriser ses approvisionnements, renforcer ses partenariats internationaux et repositionner son industrie nucléaire comme un levier à la fois énergétique et stratégique dans un monde en recomposition.

Sources :

  • IRIS, Sommet sur l’énergie nucléaire : comment envisager la relance du nucléaire dans un contexte d’instabilité géopolitique ? (16 mars 2026),
    https://www.iris-france.org/sommet-sur-lenergie-nucleaire-comment-envisager-la-relance-du-nucleaire-dans-un-contexte-dinstabilite-geopolitique/
    analyse des enjeux de relance du nucléaire à l’échelle internationale, dans un contexte marqué par les tensions énergétiques et géopolitiques.
  • Framatome, Framatome signe un contrat avec 4 exploitants européens de réacteurs VVER-440 (14 avril 2026),
    https://www.framatome.com/medias/framatome-signe-un-contrat-avec-4-exploitants-europeens-de-reacteurs-vver-440/?lang=fr
    communiqué annonçant un accord industriel pour la fourniture de combustible nucléaire à plusieurs exploitants européens, illustrant les dynamiques de coopération dans le secteur.
  • Commission européenne, Projet CORDIS 101114771 (consulté en 2026),
    https://cordis.europa.eu/project/id/101114771/fr
    fiche descriptive d’un projet de recherche européen lié au nucléaire, présentant les objectifs, les partenaires impliqués et les axes d’innovation technologique.

Image de mise en avant :

La centrale nucléaire de Dukovany, exploitée par ČEZ en Tchéquie, repose aujourd’hui sur quatre réacteurs VVER-440 totalisant 1 878 MW et produisant autour de 14 TWh par an.

Le site doit aussi accueillir deux nouveaux réacteurs APR-1000, sélectionnés en 2024, afin de renforcer à long terme la production nucléaire tchèque.

 

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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