Ce géant français est déjà leader mondial des systèmes de gestion du trafic aérien et il vient d’ajouter un nouveau pays à sa collection : la Mongolie

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Thales a annoncé ce 13 juillet 2026 la signature d’un contrat majeur avec le Centre national de l’aviation civile (NCAC) de Mongolie pour la modernisation complète de l’infrastructure de gestion du trafic aérien du pays.

Deux volets sont prévus : la refonte du centre de contrôle régional (ACC) existant d’Oulan-Bator et la construction d’un tout nouveau ACC à Sainshand, à environ 460 kilomètres au sud-est de la capitale, dans la province de Dornogovi.

Le montage retenu s’appuie sur une architecture dite « à double redondance ». Autrement dit, deux centres capables de reprendre chacun la totalité du trafic en cas de défaillance de l’autre. Un principe standard dans les grands pays aéronautiques (la France, les États-Unis ou l’Allemagne fonctionnent ainsi depuis longtemps), mais totalement inédit en Mongolie, qui repose aujourd’hui sur un seul centre à Oulan-Bator. Le contrat prévoit également un volet cybersécurité important et un accompagnement en formation, notamment via l’École nationale de l’aviation civile (ENAC) à Toulouse. L’ensemble est cofinancé par Bpifrance et la Trade and Development Bank of Mongolia (TDBM).

Le calendrier n’a pas été précisé par Thales. Le contexte, lui, l’est. Depuis la fermeture réciproque des espaces aériens entre la Russie et l’Union européenne en 2022, les grandes routes Europe-Asie orientale se sont reconfigurées, et la Mongolie s’est retrouvée sur des corridors qu’elle n’avait pas anticipés. Ses moyens de contrôle, essentiellement hérités des années 2000, ont désormais un train de retard qu’il va falloir rattraper, avec probablement d’autres contrats à la clé !

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C’est quoi un ACC ?

Un ACC (pour Area Control Center, ou centre de contrôle régional), c’est le poste d’aiguillage du ciel. C’est un bâtiment bourré d’écrans radar et de contrôleurs aériens qui gèrent le trafic en croisière, une fois les avions loin des aéroports. Un ACC prend la main sur l’avion à environ 6 000 mètres d’altitude, dès qu’il quitte la zone de contrôle de sa tour de décollage, et le pilote jusqu’à ce qu’il approche de sa destination et repasse sous l’autorité d’un autre ACC ou de la tour d’arrivée.

À l’échelle mondiale, le ciel est ainsi découpé en environ 300 grands espaces aériens, chacun géré par son propre centre de contrôle. Sans ACC efficace, un pays devient un trou noir aérien que les compagnies évitent ou survolent avec méfiance.

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Deux ACC pour un seul pays, mais quel pays !

La Mongolie, c’est 1,56 million de kilomètres carrés, soit trois fois la France, pour à peine 3,4 millions d’habitants. Le pays est enclavé entre deux voisins imposants : la Russie au nord et la Chine au sud. Il n’a pas d’accès à la mer et son économie repose largement sur les mines et l’agriculture.

Depuis février 2022, quand la Russie a envahi l’Ukraine et que l’Union européenne a fermé son ciel aux compagnies russes, la réciproque s’est également appliquée. Les avions occidentaux ne peuvent plus survoler la Sibérie, ce corridor le plus court entre l’Europe et l’Asie orientale. Résultat, les compagnies européennes contournent par le sud (Kazakhstan, Ouzbékistan, Chine) ou par le nord extrême. L’axe passant par la Mongolie est devenu l’une des routes alternatives possibles. Ce qui explique la volonté du gouvernement mongol de sécuriser et de moderniser son contrôle aérien avant que le trafic ne monte encore d’un cran.

À cela s’ajoutent les tensions récentes au Moyen-Orient, qui rendent l’itinéraire méridional Paris-Tokyo via Doha ou Dubaï plus long et plus coûteux. La route via la Mongolie retrouve mécaniquement de l’intérêt commercial.

Et un pays qui veut monter en gamme dans le contrôle aérien s’adresse assez naturellement à Thales.

Pour l’anecdote, Sainshand, où va s’installer le second centre, est aussi la capitale de la province de Dornogovi. Cette même province où Orano exploite depuis peu la mine d’uranium géante de Zuuvch-Ovoo, dans le cadre d’un accord d’1,6 milliard de dollars signé en janvier 2025.

Sur les 300 grands espaces aériens qui composent la carte du ciel de la planète, Thales en contrôle 82.
Sur les 300 grands espaces aériens qui composent la carte du ciel de la planète, Thales en contrôle 82.

Thales, le géant discret du contrôle aérien

Thales est le leader mondial des systèmes de gestion du trafic aérien. Deux avions sur trois dans le monde décollent ou atterrissent grâce à des équipements Thales.

Le système phare du groupe, baptisé TopSky, équipe tout ou partie de 180 pays et gère environ 40 % du trafic aérien mondial. Sur les 300 grands espaces aériens qui composent la carte du ciel de la planète, Thales en contrôle 82, contre 48 pour l’espagnol Indra et 41 pour l’américain Leidos.

Rang Groupe Origine Part de marché 2025 Espaces aériens contrôlés (/300)
1 Thales Group France 🇫🇷 11,5 % 82
2 Indra Sistemas Espagne 🇪🇸 ~7 % 48
3 RTX (Raytheon) États-Unis 🇺🇸 ~5 % n.c.
4 Leidos États-Unis 🇺🇸 ~5 % 41
5 L3Harris États-Unis 🇺🇸 ~4 % n.c.

Source : Global Growth Insights (2025), GM Insights (2026), Gifas.

Le marché sur lequel Thales opère pèse aujourd’hui 14,7 milliards de dollars (environ 12,5 milliards d’euros) par an, avec une croissance annuelle projetée à 9,7 % jusqu’en 2035. Deux moteurs alimentent cette expansion : la modernisation des systèmes vieillissants (58 % des dépenses en 2024) et l’installation de nouvelles capacités dans les pays émergents en pleine croissance de trafic. La Mongolie tombe pile dans cette seconde catégorie.

Pour Thales, l’attribution mongole s’inscrit dans une stratégie globale de conquête sur ce que le groupe appelle le « ciel numérique ». Le contrat prévoit non seulement l’installation matérielle, mais aussi un volet cybersécurité important. Les infrastructures aéronautiques sont devenues des cibles de choix pour les cyberattaques, particulièrement dans les zones géopolitiquement sensibles comme celle-ci. Coincée entre Moscou et Pékin, la Mongolie a tout intérêt à sécuriser numériquement son ciel.

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Un contrat qui parle plus qu’il ne pèse

Le montant exact du contrat Thales n’a pas été rendu public. Sur un marché de niche comme celui-ci, les commandes de ce genre peuvent varier de quelques dizaines à plusieurs centaines de millions d’euros selon la profondeur des équipements installés. Ce qui compte, c’est moins la facture immédiate que la position stratégique acquise. En équipant la Mongolie, Thales verrouille pour vingt ou trente ans un pays qui se trouve au cœur de nouvelles routes aériennes eurasiatiques.

Reste à exécuter. La Mongolie est un terrain particulier : climat continental extrême (moins 40 °C l’hiver, plus 40 °C l’été), infrastructures encore limitées hors de la capitale, personnel technique à former. Sainshand n’est pas exactement Roissy. Bonne nouvelle pour Thales : le groupe a déjà déployé ses systèmes dans des pays aux conditions similaires, du Kazakhstan aux régions désertiques d’Arabie saoudite.

La compagnie sait faire et le ciel de Gengis Khan pourrait très prochainement parler français.

Sources :

  • Thales, Communiqué de presse – Thales signe un contrat majeur pour moderniser l’infrastructure de gestion du trafic aérien de la Mongolie (13 juillet 2026)
    Document source fourni
    Annonce officielle du contrat signé avec le NCAC de Mongolie pour la modernisation de l’ACC d’Oulan-Bator et la création d’un nouvel ACC à Sainshand.
  • Gifas, Thales prépare la prochaine vague du contrôle aérien
    https://www.gifas.fr/press-summary/test
    Données sur la position de Thales dans le contrôle aérien mondial : 180 pays équipés, 40 % du trafic mondial, 82 espaces aériens sur 300.
  • GM Insights, Taille et part de marché de la gestion du trafic aérien, analyse 2035 (2026)
    https://www.gminsights.com/fr/industry-analysis/air-traffic-management-market
    Données de marché ATM : 14,7 milliards de dollars en 2025, croissance annuelle de 9,7 % projetée jusqu’en 2035, part de marché Thales à 11,5 %.
  • Global Growth Insights, Top 10 des sociétés de gestion du trafic aérien en 2025 (2025)
    https://www.globalgrowthinsights.com/fr/blog/air-traffic-management-companies-911
    Classement des principaux acteurs du contrôle aérien mondial et position dominante de Thales.

Image de mise ne avant : Aéroport Gengis Khaan en Mongolie

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
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