Sur une portion de la RN2, la France fait passer un examen de deux ans à la peinture blanche de nos routes.
On roule dessus des milliers de fois sans jamais y penser.
Pourtant, chaque trait blanc de nos routes a dû réussir une batterie d’épreuves impitoyables, sur un bout d’asphalte unique en Europe, avant d’avoir le droit de nous guider.
Laissez nous vous présenter le laboratoire des peintures et enduits utilisées sur toutes les routes de l’Hexagone, la RN2 !
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La RN2, un ruban d’asphalte transformé en salle d’examen pour marquage au sol
Quelque part dans l’Oise, entre Paris et Soissons, deux kilomètres de la RN2 mènent une double vie. Le jour, des milliers d’automobilistes y passent sans se douter de rien. En coulisses, cette section à 2×2 voies est le plus grand laboratoire d’essais de marquage routier d’Europe.
Chaque année, entre 200 et 300 produits (des peintures, mais aussi des enduits et des bandes collées) y sont appliqués par une quinzaine d’entreprises françaises et étrangères, sur des emplacements numérotés tracés à l’avance sur la chaussée.
Derrière l’opération, une association: l’Ascquer, (l’Association pour la certification et la qualification des équipements de la route), née en 1992 et qui pilote les essais avec le Cerema, l’expert public des infrastructures, tandis que la direction des routes met à disposition ce tronçon bien réel, ouvert à la circulation.
C’est là toute l’astuce : plutôt que d’éprouver les peintures en laboratoire, on les laisse affronter la vraie vie avec poids lourds, le gel, la canicule, la pluie et automobiliste qui a eu son permis dans une pochette surprise.
Pourquoi une ligne blanche brille la nuit ?
Avant de détailler les épreuves, une question toute bête mérite une réponse : comment un simple trait de peinture parvient-il à briller dans le faisceau des phares ? Le secret tient dans une poudre que l’on saupoudre sur la peinture encore fraîche : des microbilles de verre, à peine quelques dixièmes de millimètre de diamètre.
Chacune de ces sphères se comporte comme une minuscule loupe. La lumière des phares y pénètre, se concentre, rebondit au fond de la bille incrustée dans la peinture, puis repart précisément vers les yeux du conducteur. Ce petit tour de passe-passe optique porte un nom : la rétroréflexion.
Sans ces billes, une ligne blanche absorberait ou disperserait la lumière dans toutes les directions, et deviendrait presque invisible dès la tombée du jour. Selon le Syndicat des équipements de la route, un tiers des accidents mortels surviennent entre le coucher et le lever du soleil, et le risque d’y être tué est multiplié par quatre, alors même que le trafic y est bien plus faible.
Quatre épreuves pour un trait de peinture
Sur la RN2, chaque produit doit faire ses preuves sur plusieurs fronts :
La visibilité de jour, d’abord, mesurée par le contraste entre le blanc du trait et le gris de la chaussée. La visibilité de nuit ensuite, cette fameuse rétroréflexion, chiffrée par des appareils qui imitent l’œil du conducteur éclairé par ses phares. Vient alors le cas le plus redoutable : la pluie. Une rampe arrose le marquage pendant qu’on mesure, de nuit, ce que les phares parviennent encore à faire ressortir car un trait qui s’efface sous l’averse devient un piège.
Reste l’adhérence, jaugée par un instrument à l’allure de jouet mais tout à fait sérieux : le pendule SRT. Un bras muni d’un patin de caoutchouc est lâché depuis une position haute et vient frotter la chaussée mouillée. Plus le marquage accroche, moins le bras remonte de l’autre côté.
On écarte ainsi les peintures qui transformeraient un passage piéton en patinoire par temps humide.
Deux ans pour mériter le label
Passer ces tests une fois ne suffit pas. Les produits restent en place un à deux ans, le temps d’encaisser les saisons et le martèlement des roues. La durabilité se compte d’ailleurs en nombre de passages de pneus, sur une échelle qui grimpe de 50 000 à deux millions. En parallèle, chaque peinture subit une analyse chimique complète, qui lui tient lieu de carte d’identité : impossible pour un fabricant de modifier discrètement sa recette une fois le sésame décroché, puisque les prélèvements ultérieurs sont comparés à cette référence.
Ce niveau d’exigence fait la fierté des responsables du site, qui le jugent sans équivalent en Europe. Ailleurs, en Allemagne par exemple, on éprouve les peintures sur un « manège de fatigue » qui tourne en rond : utile pour l’usure, mais incapable de reproduire l’écart entre une nuit d’hiver et un après-midi d’été. Sur la RN2, la météo se charge gratuitement de ce travail. Au bout du compte, seuls les produits conformes décrochent la marque NF, rendue obligatoire par un arrêté de 2000 pour toute route ouverte à la circulation.
| Épreuve | Ce qu’elle vérifie |
|---|---|
| Visibilité de jour | Contraste du trait avec la chaussée (coefficient de luminance) |
| Visibilité de nuit | Rétroréflexion : lumière des phares renvoyée vers le conducteur (≥ 150 mcd/m²/lx) |
| Visibilité sous la pluie | Rétroréflexion mesurée de nuit, marquage arrosé par une rampe |
| Adhérence | Anti-glissance sur sol mouillé, mesurée au pendule SRT |
| Couleur | Conformité colorimétrique (blanc ou jaune réglementaire) |
| Durabilité | Tenue dans le temps, de 50 000 à 2 millions de passages de roues |
La ligne blanche du futur
Le trait blanc n’a pas fini d’évoluer. Sur ce même tronçon ont déjà été testées des peintures photoluminescentes, capables de se recharger à la lumière du jour pour briller plus de dix heures la nuit sans le moindre fil électrique. D’autres innovations pointent, comme les bandes qui vibrent et grondent sous les pneus pour réveiller un conducteur qui s’assoupit.
Une nouvelle mission attend d’ailleurs déjà nos lignes de peinture : guider non plus seulement les humains, mais les voitures autonomes, dont les caméras réclament des marquages nets et bien contrastés pour lire la route.
Le jour où nos véhicules se conduiront seuls, ils devront eux aussi leur salut à ces petits traits blancs passés, bien avant eux, par la case examen sur un bout de nationale de l’Oise.
Sources :
- Ascquer, RN 2 — Site d’essais routiers
https://ascquer.eu/certifications/rn-2-site-essais-routiers/
Description du site : 2 km en 2×2 voies sur la RN2, 200 à 300 produits testés chaque année en conditions réelles. - Éditions RGRA, Portes ouvertes de l’Ascquer — visite du site de certification et tests de mesure (juin 2022)
https://www.editions-rgra.com/revue/986/equipements/portes-ouvertes-de-lascquer-visite-du-site-de-certification-et-tests-de-mesure
Reportage détaillant le déroulé des essais et la comparaison avec le « manège de fatigue » allemand. - Cerema, Le Cerema sollicité par l’Ascquer pour la certification NF des produits de marquage routiers
https://www.cerema.fr/fr/actualites/cerema-sollicite-ascquer-certification-nf-produits-marquage
Rôle du Cerema dans la campagne annuelle et nombre d’applications réalisées sur le site.







On a vraiment de l’argent à gâcher…depuis 1992 ils ont toujours pas trouvé la bonne peinture ? Ben vous pouvez arrêter les frais tout de suite…quand je les vois tous pendant des jours, restreindre la circulation régulièrement de tous ces gens qui prennent la N2 pour aller travailler dans le plus gros bassin d’emploi, l’aéroport de CDG, ça me rend dingue. Par pitié arrêtons de gâcher l’argent public.. 34 ans de recherches, toujours pas trouvé la bonne peinture pour les routes. À pleurer….
Bonjour,
Passant régulièrement sur ce tronçon je trouve qu’il manque, pour les essais d’usures et durabilité, des portions courbes où les pneus travaillent différemment dù aux changements de charges. Y a t’il des essais lors des phases de freinage ?
Elle n’est pas unique en Europe. Il y en a une a marché en Famenne en Belgique, de +- 1km.
Cette portion de route comme le restant de la route nationale 2 est une véritable horreur, la signalisation ou du moins la sursignalisation induisent en erreur, surtout la nuit ou lorsque le temps est maussade.
Dans le principe, il est strictement interdit de procéder à des essais routiers sur route ouverte au public, c’est dans le code de la route alors pourquoi les fabricants de peinture ont-ils le droit de tester leur produit sur une route ouverte au public au risque de compromettre la sécurité routière.
Faire comme les chinois, laisser chercher les autres, puis copier. C’est beaucoup moins cher.
Pas si unique que ça. En Belgique ça existe aussi depuis des années. C’est a Marché en Famenne sur la nationale 63 a hauteur de la prison. Ici on se demande si c’est très utile.
Enfin , comme partout, on fait n’importe quoi.
Bonjour à tous,
Je suis applicateur depuis plus de 25 ans (je travaille avec une machine à peinture routière dans une ville en Bretagne) et je peux vous dire que ces essais sont importants.
J’ai pu voir, depuis des années, les évolutions sur les différentes peintures, les enduits à froid, thermocoller.
Les différents produits routiers sont beaucoup moins toxiques que par le passé. C’est grâce à tous ces essais que les différents produits évoluent et sont beaucoup moins agressifs pour les agents et l’environnement.
Nous avons des entreprises françaises qui investissent dans ce domaine et qui sont leaders dans toute l’Europe, voire plus.
Bonne soirée
Et pendant ce temps là, beaucoup de route manque de marquage au sol, la nuit sur les routes ont ni vois rien en plus des éclairages éteint depuis la restriction des énergies 😂
Très dangereux les essais de peinture à cet endroit on se retrouve en deux fois une voix avec des poids lourds et des connes au milieu, déjà plusieurs accidents., ça fait au moins 20 ans qu’on subit ce problème ;(