La Chine fait tomber un nouveau record mondial dans l’énergie solaire avec une centrale qui a la spécificité de marcher également la nuit

Date:

La Chine vient de faire tomber un nouveau record mondial en matière d’énergie solaire, et cette fois-ci en jouant sur deux tableaux à la fois.

Le géant China Three Gorges Corporation (CTG) vient d’annoncer le démarrage des opérations commerciales de la plus grande centrale solaire hybride du monde dans le le désert de Gobi.

Un gigawatt de puissance, 1 800 hectares de désert transformés en usine énergétique, 260 000 miroirs qui suivent le soleil du matin au soir, et surtout une nouveauté : la centrale continue de produire de l’électricité pendant huit heures après le coucher du soleil, sans batterie lithium !

Alors comment ça marche ? Explications.

Lire aussi :

La Chine dévoile Hami, la plus grande centrale hybride PV+CSP au monde

Un record annoncé le 1er juillet, mais une production qui tourne depuis fin 2025

CTG a fait sa communication officielle le 1er juillet 2026 en annonçant le début des « opérations commerciales » de la centrale. Sauf que le site tourne en réalité depuis un moment déjà. Il a été raccordé au réseau le 18 septembre 2025 et alimente le Xinjiang en électricité en continu depuis cette date. Selon les chiffres publiés par CTG, le site a déjà livré 6,54 millions de kilowattheures au réseau régional, et devrait atteindre à pleine puissance une production annuelle de 2,07 térawattheures. De quoi alimenter environ 830 000 foyers chinois, et faire grimper la part des énergies renouvelables dans le mix électrique du Xinjiang à plus de 95 %.

Le projet Hami détrône ainsi le précédent record mondial, détenu depuis 2023 par le complexe Noor Energy 1 à Dubaï (950 MW hybride CSP+PV, aux Émirats arabes unis). Et la Chine ne compte pas s’arrêter là, on y reviendra.

La France brille encore une fois dans le nucléaire avec un nouveau centre unique en Europe à Romans-sur-Isère qui sera dédié à l’impression 3D de pièces à usage civil et militaire

Les chiffres sur la centrale solaire d’Hami :

Caractéristique Valeur
Localisation Hami, désert du Gobi, Xinjiang (nord-ouest de la Chine)
Opérateur China Three Gorges Corporation (CTG)
Capacité totale 1 gigawatt (900 MW photovoltaïque + 100 MW solaire à concentration)
Superficie Environ 1 817 hectares (soit 4 490 acres)
Nombre de miroirs orientables 260 000 unités sur 800 000 m² de surface réfléchissante
Température des sels fondus 550 °C
Durée de production après coucher du soleil Jusqu’à 8 heures (via le stockage thermique)
Production annuelle attendue 2,07 térawattheures
Foyers équivalents alimentés Environ 830 000
Émissions de CO2 évitées Environ 1,63 million de tonnes par an
Coût du projet 3,53 milliards de yuans (soit environ 408 millions d’euros)
Raccordement au réseau 18 septembre 2025
Lancement commercial officiel 1er juillet 2026

C’est quoi, une centrale solaire à concentration ?

Là où le grand public connaît bien les panneaux photovoltaïques classiques (ceux qu’on voit sur les toits ou dans les grands parcs solaires), le solaire à concentration est un autre univers.

Plutôt que de convertir directement la lumière en électricité via des cellules en silicium, il utilise la lumière du soleil pour chauffer un fluide, produire de la vapeur, et faire tourner une turbine. Exactement comme une centrale à charbon, à gaz ou nucléaire, mais avec le soleil comme source de chaleur.

Pour concentrer les rayons du soleil, on utilise des miroirs et trois grandes technologies coexistent :

  1. Les miroirs paraboliques : de longues gouttières incurvées qui concentrent la lumière sur un tube central où circule un fluide. C’est la technologie la plus ancienne et la plus mature, mais aussi la plus coûteuse à produire.
  2. La tour solaire : des milliers de miroirs orientables au sol (les héliostats) renvoient la lumière vers un récepteur placé en haut d’une tour centrale. Le fluide y est chauffé à des températures très élevées (jusqu’à 550 °C). Cette technologie offre les meilleurs rendements. C’est celle du site Ivanpah en Californie et de Noor Energy 1 à Dubaï.
  3. Les miroirs de Fresnel : des miroirs plats (au lieu de courbes) alignés en rangées pour concentrer la lumière sur un tube fixe. Moins efficaces que les paraboliques, mais bien moins chers à fabriquer. C’est la technologie retenue à Hami, dans une version linéaire optimisée.

La centrale de Hami combine ainsi 900 MW de photovoltaïque classique (pour la production directe en journée) et 100 MW de solaire à concentration Fresnel (pour capter la chaleur et la stocker). Un mariage de raison : le PV coûte peu et produit beaucoup quand le soleil brille, tandis que le CSP prend le relais quand la nuit tombe. Une hybridation PV+CSP qui est en train de devenir le standard des grands projets solaires dans les régions désertiques.

Le site d'Hami est la plus grande centrale solaire du monde avec une capacité de 2,07 térawattheures - Crédit : Chinese Solar Thermal Alliance
Le site d’Hami est la plus grande centrale solaire du monde avec une capacité de 2,07 térawattheures – Crédit : Chinese Solar Thermal Alliance

Le vrai coup fort : les sels fondus, l’alternative aux batteries

Le nerf de la guerre, c’est le stockage. Un panneau solaire, aussi performant soit-il, s’arrête quand le soleil se couche. Pour continuer à alimenter le réseau en soirée (au moment précis où la consommation grimpe), il faut stocker l’énergie produite dans la journée. La solution la plus connue est la batterie lithium-ion mais ce n’est pas la seule.

À Hami, la Chine a fait un choix radicalement différent : le stockage thermique par sels fondus. Pendant la journée, les 260 000 miroirs concentrent le rayonnement solaire sur un récepteur central où circulent des sels fondus, chauffés jusqu’à 550 °C. Ces sels sont ensuite stockés dans d’énormes cuves isolées. Quand le soleil se couche et que la demande grimpe, on utilise cette chaleur pour produire de la vapeur, qui fait tourner une turbine et génère de l’électricité.

Les sels fondus utilisés sont typiquement un mélange de nitrate de sodium et de nitrate de potassium, une chimie basique et peu coûteuse. Contrairement aux batteries lithium qui se dégradent au fil des cycles de charge-décharge, un stockage par sels fondus peut fonctionner pendant des décennies sans perte significative de performance. Zéro émission opérationnelle, aucun métal rare, aucun risque d’incendie chimique. Le tout pour une capacité de stockage massive : à Noor Energy 1 à Dubaï par exemple, les sels fondus permettent d’accumuler 5,9 gigawattheures d’énergie thermique, l’équivalent de la plus grande batterie du monde.

Petit bémol à noter : les projets CSP restent plus chers par kilowattheure produit que les fermes photovoltaïques couplées à des batteries lithium. Or les prix des batteries dégringolent de 15 à 20 % par an depuis 2020. La vraie question, c’est de savoir si le CSP tiendra la distance sur le long terme, ou si le solaire+batteries finira par l’emporter. Pour l’instant, la Chine parie sur les deux.

Une architecture Fresnel linéaire qui améliore la conversion thermique

CTG revendique une architecture Fresnel linéaire qui améliore la conversion thermique de 10 % par rapport aux systèmes Fresnel standards.

Le site est organisé en 46 boucles, ce qui permet d’entretenir une partie de la centrale sans arrêter le reste. En outre, un système de contrôle central unique permet de piloter à la fois la partie photovoltaïque et la partie thermique, avec une précision de régulation de fréquence de 0,02 hertz et un temps de réponse inférieur à une seconde. Ce qui signifie que quand le réseau chinois demande soudainement plus d’électricité, Hami peut réagir quasi-instantanément. Un niveau de flexibilité qui rivalise avec les centrales thermiques classiques.

Le site d'Hami est organisé en 46 boucles linéaires.
Le site d’Hami est organisé en 46 boucles linéaires.

Où en est le reste du monde ?

La CSP a longtemps été considérée comme le vilain petit canard du solaire, éclipsée par la chute vertigineuse des prix du photovoltaïque et des batteries. En 2023, la capacité mondiale CSP installée plafonnait à 6,7 gigawatts seulement, contre plus de 1 500 gigawatts pour le PV. Deux pays historiques dominaient le classement : l’Espagne (2,3 GW installés, essentiellement dans les années 2010) et les États-Unis (Ivanpah en Californie, 392 MW), suivis par les Émirats arabes unis, le Maroc (Noor Ouarzazate, 580 MW) et le Chili (Cerro Dominador, 210 MW).

Sauf que la Chine est en train de changer la donne. Fin 2023, Pékin avait 4 gigawatts de CSP en construction ou en développement, davantage que la totalité du parc mondial existant. Hami n’est que le premier étage de la fusée. D’après l’agence REN21, si les tendances actuelles se maintiennent, la Chine sera leader mondial de la CSP et de sa chaîne d’approvisionnement d’ici la fin de la décennie.

Un scénario qui rappelle furieusement ce qui s’est passé sur le photovoltaïque classique dans les années 2010, quand la Chine a raflé l’industrie mondiale à coups de subventions massives et d’usines XXL.

Au contraire de l’Allemagne, ce pays nordique qui était sorti du nucléaire depuis 46 ans vient de décider de revenir sur sa décision et a opté pour des SMR britanniques

Après Hami, la Chine vise 3 GW puis 1,5 GW à côté

Retour vers l’est. La suite est déjà écrite pour la Chine. CTG a annoncé une deuxième phase du projet Hami visant à porter le complexe à 3 gigawatts, soit tripler la capacité actuelle. En parallèle, un autre géant public chinois, China Energy Engineering Corp, vient de démarrer la construction d’une centrale hybride voisine, à Hami également : 1,3 GW de PV plus 150 MW de CSP, soit 1,5 GW au total. Cette nouvelle usine dépassera Hami dès sa mise en service, prévue dans les prochaines années.

Le rythme donne le vertige. Entre Hami I (1 GW en service), Hami II (3 GW en projet) et le voisin China Energy (1,5 GW en construction), c’est presque 5,5 gigawatts de capacité solaire hybride qui devrait pousser dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres, dans un coin de désert au nord-ouest de la Chine. À titre de comparaison, c’est presque la capacité de production annuelle du parc nucléaire français en journée d’été (5,5 GW = environ 4,5 réacteurs EPR).

Pour Pékin, l’enjeu est double. Décarboner un mix électrique qui reste dominé par le charbon (encore 60 % de la production nationale en 2025), et exporter cette électricité verte vers l’est du pays grâce aux lignes ultra-haute tension déjà en service dans le Xinjiang. Le tout en devenant, au passage, le leader mondial d’une technologie stratégique. Le Xinjiang est parti pour devenir la centrale solaire du monde. Reste à voir si le pari économique du CSP tiendra face aux batteries lithium qui s’imposent partout ailleurs. La réponse arrivera d’ici la fin de la décennie. En attendant, la Chine avance, et vite.

Sources :

  • REN21, Global Status Report 2024 – CSP Market and Industry Trends
    https://www.ren21.net/gsr-2024/modules/energy_supply/02_market_and_industry_trends/02_csp/
    Panorama mondial de la CSP en 2023 (6,7 GW cumulés), rôle croissant de la Chine, projets Noor Energy 1 et Cerro Dominador.
  • Siemens Energy, Noor Energy 1, Dubai: Welcome to the CSP resurgence
    https://www.siemens-energy.com/global/en/home/stories/csp-resurgence-dubai.html
    Description technique de Noor Energy 1 (950 MW hybride, 5,9 GWh de stockage thermique) et de son rôle de référence mondiale avant Hami.
  • China Solar Thermal Alliance (CSTA), CTGR Hami 100MW Molten Salt Linear Fresnel CSP Plant has entered commercial operation (20 septembre 2025)
    http://en.cnste.org/news/detail/1422.html
    Source officielle chinoise, détails techniques complets du projet (technologie molten salt linear Fresnel, 260 000 miroirs, 800 000 m² de surface réfléchissante, 8 heures de stockage thermique, records mondiaux techniques, construction en 18 mois).

Notre site est un média approuvé par Google Actualité.

Ajoutez Media24.fr dans votre liste de favoris pour ne manquer aucune news !

Nous rejoindre en un clic
Suivre-Media24.fr

Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles connexes

20 ans que les États-Unis reconnaissent le sérieux de la France en matière de nucléaire sur ce site qui récolte encore une fois la...

Vingt ans sans un seul défaut relevé par l'autorité de sûreté nucléaire américaine pour l'usine de Richland. Le 30...

Non, ce n’est pas la canicule qui est en train de tuer les arbres des forêts françaises mais un dérèglement climatique plus subtil :...

On croyait la pluie de printemps bénéfique aux arbres mais une vaste étude française révèle un indice de...