Le Canada se lance dans l’exploitation du nouvel « or blanc » : l’hydrogène.
Depuis mi-juillet 2026, MAX Power Mining Corp, une société minière basée en Saskatchewan, a démarré la première campagne de forages commerciale au monde dédiée à l’hydrogène « blanc » : un gaz produit spontanément par la Terre, qu’il suffit d’aller chercher dans le sous-sol.
Le site de Lawson est situé près de Central Butte au sud de la province de Saskatchewan (au centre du Canda), et si les mesures se confirment, il pourrait devenir le premier site d’exploitation industrielle du genre dans un pays occidental.
Le premier forage doit atteindre la zone cible pendant la semaine du 27 juillet.
Autant dire que les prochains jours vont être scrutés de très près par toute l’industrie énergétique mondiale !
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Le site de Lawson, le forage canadien qui pourrait marquer l’histoire de l’hydrogène
C’est donc à quelques kilomètres du village de Central Butte, dans les Prairies canadiennes que MAX Power Mining Corp a repéré ce qui pourrait bien être l’un des premiers gisements d’hydrogène naturel commercialement exploitables au Canada. Le rig de forage Savanna #416 a été monté début juillet 2026. L’objectif : atteindre la zone cible, une structure géologique de 14,2 km² identifiée grâce à une campagne sismique 3D haute résolution menée au printemps.
Cette structure fait partie d’un ensemble plus vaste appelé le « Genesis Trend », une bande géologique qui s’étend sur 475 kilomètres à travers le Saskatchewan. Autrement dit, si Lawson tient ses promesses, ce n’est peut-être que le début d’une exploration à bien plus grande échelle. Le premier puits ciblera l’apex (le point le plus haut) de la structure, à environ 2 kilomètres de la découverte initiale.

Ran Narayanasamy, le CEO de MAX Power, ne cache pas son enthousiasme : « Nous vivons un moment historique pour le Saskatchewan et le Canada avec le lancement de ce programme de validation commerciale multi-puits. Notre équipe géologique s’attend à ce que le forage atteigne la zone-cible principale au cours de la semaine du 27 juillet. » Le programme va évaluer les débits, les pressions, la continuité du gaz, les concentrations et surtout la scalabilité, autrement dit la capacité du système à monter en puissance à grande échelle.
Lors des premiers tests réalisés en 2025, le site avait affiché des concentrations en hydrogène naturel allant jusqu’à 28,6 %. Un chiffre remarquable pour un puits qui n’a pas encore été optimisé.
Cerise sur le gâteau, le gisement produit également de l’hélium en quantité significative, une ressource elle-même stratégique et sous tension mondiale.
C’est quoi, précisément, l’hydrogène naturel ?
L’hydrogène (H2) est la molécule la plus simple et la plus abondante de l’univers. Sur Terre, on l’utilise depuis longtemps comme vecteur énergétique : brûlé ou converti dans une pile à combustible, il ne produit que de l’eau, sans un gramme de CO2. Le seul hic, c’est que la quasi-totalité de l’hydrogène consommé aujourd’hui est produit industriellement, avec des procédés souvent très polluants.
Sauf que dans certains coins du globe, l’hydrogène se forme tout seul dans le sous-sol, par des réactions chimiques naturelles. On l’appelle alors hydrogène « blanc », « natif », « géologique » ou parfois « or » (les Anglo-Saxons parlent de gold hydrogen).
Deux mécanismes principaux sont à l’œuvre :
- La serpentinisation : de l’eau infiltrée dans le sous-sol entre en contact avec des roches riches en fer, notamment des péridotites et des olivines. Il se produit alors une réaction d’oxydoréduction : les minéraux « prennent » l’oxygène de la molécule d’eau, laissant l’hydrogène libre sous forme gazeuse (H2). Le tout se passe généralement à des températures modérées (moins de 100 °C) et à des profondeurs comprises entre 1 000 et 6 000 mètres.
- La radiolyse : le rayonnement radioactif naturel (uranium, thorium, potassium) dissout les molécules d’eau en hydrogène et oxygène. Un processus lent, continu, présent partout sur Terre à des degrés divers.
Une fois formé, l’hydrogène doit être piégé pour être exploitable. Il migre vers le haut à travers les fractures de la roche, jusqu’à rencontrer une couche imperméable qu’on appelle une « roche-couverture » ou cap-rock. À Bourakébougou, au Mali (on y revient plus bas), la couche piège est un sill de dolérite (une roche volcanique très dense) qui coiffe des réservoirs de dolomite carbonatée. À Mount Kitty, en Australie, c’est du sel. À Lawson, on parle plutôt d’une structure sédimentaire classique.
Point important : contrairement au pétrole et au gaz naturel, l’hydrogène naturel semble se régénérer en continu dans certains gisements. C’est ce qu’a montré une étude publiée dans Scientific Reports en 2023 sur le site malien de Bourakébougou : après onze ans d’exploitation, la pression du puits est même légèrement remontée.
De quoi complètement bouleverser notre conception des ressources énergétiques fossiles !
Les couleurs de l’hydrogène, un arc-en-ciel énergétique
Petit tour d’horizon des différentes façons de produire de l’hydrogène. La « couleur » ne concerne pas le gaz lui-même (qui est incolore et inodore) mais son procédé de fabrication. Les enjeux économiques et environnementaux varient énormément d’une catégorie à l’autre :
| Couleur | Procédé | Coût approximatif | Émissions CO2 |
|---|---|---|---|
| Gris | Reformage du méthane (gaz naturel) sans capture | 1 à 2 $/kg (≈ 0,85-1,70 €/kg) | Très élevées (~10 kg CO2 par kg H2) |
| Bleu | Reformage du méthane + captage et stockage du CO2 | 2 à 3 $/kg (≈ 1,70-2,55 €/kg) | Réduites (~1-2 kg CO2 par kg H2) |
| Vert | Électrolyse de l’eau avec électricité renouvelable | 4 à 6 $/kg (≈ 3,40-5,10 €/kg) | Quasi nulles |
| Rose (ou jaune) | Électrolyse avec électricité nucléaire | 3 à 5 $/kg (≈ 2,55-4,25 €/kg) | Quasi nulles |
| Turquoise | Pyrolyse du méthane (produit du carbone solide) | 2 à 4 $/kg (≈ 1,70-3,40 €/kg) | Faibles |
| Blanc (ou or) | Extraction directe du sous-sol (hydrogène natif) | ~0,50 $/kg (≈ 0,43 €/kg) selon Bourakébougou | Quasi nulles |
Si l’hydrogène blanc tient ses promesses économiques, il est huit à dix fois moins cher que l’hydrogène vert, sans émettre plus de CO2.
De quoi rendre soudainement compétitives des applications aujourd’hui bloquées par des coûts de production trop élevés (mobilité, industrie lourde, sidérurgie, etc.).
De Bourakébougou 1987 à Lawson 2026, l’histoire d’un retard
Toute cette course a en fait démarré par un coup de chance. En 1987, dans le village de Bourakébougou au Mali (à environ 60 km de Bamako), un ouvrier qui forait un puits d’eau allume négligemment une cigarette au-dessus du trou. Le puits prend feu. Panique, on referme le tout et on l’oublie pendant vingt-quatre ans. En 2011, l’entreprise malienne Petroma (devenue Hydroma) rouvre le puits, analyse les gaz : c’est de l’hydrogène quasi pur, à 98 % de concentration. Depuis 2012, un générateur électrique alimenté par ce gaz produit l’électricité qui éclaire les 1 500 habitants du village.
Pendant près de quinze ans, ce cas malien est resté une curiosité géologique isolée, largement ignorée par l’industrie mondiale. Il a fallu attendre le début des années 2020 pour que la science s’y intéresse sérieusement et que les découvertes se multiplient. Depuis, la carte s’est enrichie à vitesse grand V. Des concentrations importantes ont été mesurées dans la mine de chromite de Bulqizë en Albanie (jusqu’à 84 % d’H2 dans certaines galeries), à travers le Mid-Continent Rift au Kansas et au Nebraska aux États-Unis, dans les bassins de la Yorke Peninsula en Australie du Sud, au Brésil, en Colombie, en Espagne et… en France.
La France a une carte à jouer, en Lorraine
Petit détour côté hexagonal. Depuis 2023, la Lorraine est devenue l’un des sites les plus prometteurs au monde pour l’hydrogène blanc. C’est Jacques Pironon et Philippe De Donato, deux directeurs de recherche au laboratoire GeoRessources de Nancy (Université de Lorraine + CNRS), qui ont mis le doigt sur des concentrations remarquables dans le bassin minier lorrain. Sur le puits de Folschviller (Moselle), les mesures ont montré une hausse spectaculaire de la concentration avec la profondeur : 0,1 % à 200 mètres, puis plus de 15 % à 1 100 mètres. Les scientifiques estiment que le gisement pourrait contenir de l’ordre de 34 millions de tonnes d’hydrogène (avec des projections régionales allant jusqu’à 250 millions de tonnes !), ce qui en ferait potentiellement l’un des plus gros réservoirs au monde. Le tout via un mécanisme original : la « cuisine de l’hydrogène » se ferait entre 5 et 6 kilomètres de profondeur, par interaction entre l’eau chaude et des minéraux de carbonates de fer.
Un forage record est en cours à Pontpierre (Moselle), toujours piloté par la Française de l’Énergie avec le soutien du CNRS. Fin janvier 2026, la foreuse avait atteint 2 600 mètres, avec pour objectif de descendre jusqu’à 4 000 mètres. C’est déjà l’un des forages exploratoires d’hydrogène naturel les plus profonds au monde. Jacques Pironon revendique aussi une sonde brevetée unique, capable de mesurer et d’extraire l’hydrogène dissous en profondeur : « nous sommes les seuls à l’utiliser », précise-t-il. L’industrialisation, si elle se confirme, pourrait alimenter le futur pipeline mosaHYc, un réseau européen d’hydrogène qui reliera dès 2026 la Sarre allemande, le Grand Est français et le Luxembourg.
Une ruée mondiale qui ne fait que commencer
Selon les modélisations les plus récentes de l’USGS (United States Geological Survey) et de plusieurs équipes universitaires, la croûte terrestre pourrait contenir de l’ordre de 5 000 à 10 000 milliards de tonnes d’hydrogène naturel. La majorité inaccessible économiquement, certes. Mais même 1 % récupérable représenterait de quoi couvrir la demande énergétique mondiale pendant plusieurs siècles !
Résultat : les start-ups se multiplient. Aux États-Unis, Koloma (adossée à Breakthrough Energy Ventures, le fonds de Bill Gates) explore le Mid-Continent Rift au Kansas et au Nebraska. Gold Hydrogen et HyTerra avancent en Australie. En France, aux côtés de la Française de l’Énergie, Storengy (filiale du groupe Engie), TBH2 Aquitaine et Elicit ont obtenu ou déposé des permis d’exploration. En Espagne, le projet Helios Aragon monte en puissance. Sans oublier les Colombiens de Zeus Hydrogen et les Brésiliens qui investissent dans le Minas Gerais. Toute la planète se met à creuser.
Pendant ce temps, le petit MAX Power du Saskatchewan pourrait bien griller la politesse à tout le monde. Si Lawson tient ses promesses au 27 juillet, le Canada deviendra le premier pays occidental à passer de la promesse à la production. Un jalon historique pour une énergie qui, il y a encore cinq ans, était considérée comme une curiosité de laboratoire. Le prochain grand bouleversement énergétique mondial ne viendra peut-être ni du solaire, ni du nucléaire, ni de la fusion. Il pourrait tout simplement remonter du sous-sol, là où personne n’avait pensé à regarder !
En résumé sur le site de Lawson :
Sources :
- Scientific Reports (Nature), Characterization of the spontaneously recharging natural hydrogen reservoirs of Bourakebougou in Mali (juillet 2023)
https://www.nature.com/articles/s41598-023-38977-y
Étude scientifique de référence sur le site malien de Bourakébougou : dolomite carbonaté, dolérite cap-rock, autorecharge du réservoir après 11 ans d’exploitation. - USGS, Prospectivity mapping for geologic hydrogen (janvier 2025)
https://pubs.usgs.gov/publication/pp1900/full
Première carte publique de prospectivité d’hydrogène géologique pour les États-Unis, méthodologie d’exploration. - GlobeNewswire, MAX Power Mobilizes for Commercial Validation Program at Canada’s First Natural Hydrogen Discovery (10 juillet 2026)
https://www.globenewswire.com/news-release/2026/07/10/3325455/0/en/max-power-mobilizes-for-commercial-validation-program-at-canada-s-first-natural-hydrogen-discovery.html
Communiqué officiel de MAX Power (siège à Regina, Saskatchewan) sur le lancement du programme de validation commerciale de Lawson. - MAX Power Mining Corp, MAX Power Steps Out 2.4 km from Original Lawson Discovery as Natural Hydrogen Commercial Validation Program Begins (14 juillet 2026)
https://www.maxpowermining.com/max-power-steps-out-2-4-km-from-original-lawson-discovery-as-natural-hydrogen-commercial-validation-program-begins/
Communiqué officiel de MAX Power annonçant le démarrage effectif du forage « Lawson 2-24 » le 13 juillet 2026 à 21h15, à 2,4 km au nord-est de la découverte initiale. Confirme la présence de dignitaires provinciaux et de leaders autochtones sur site, ainsi que des concentrations exceptionnelles d’hélium (jusqu’à 8,7 %).





