La filiale du français Eiffage finalise la construction du nouveau circuit de F1 de Madrid qui aura une spécificité unique au monde avec un devers de 24%

Date:

Visite guidée d’un chantier hors norme, à quelques mois du premier Grand Prix d’Espagne de la nouvelle ère !

À une poignée de kilomètres de l’aéroport de Madrid-Barajas, là où s’étendent les halls du parc des expositions IFEMA, un ruban d’asphalte tout neuf serpente entre les bâtiments. C’est ici qu’est en train de naître le Madring, le circuit urbain qui accueillera le Grand Prix d’Espagne de Formule 1 dès septembre 2026, après plus de quatre décennies d’absence de la capitale espagnole sur la carte du sport automobile mondial.

C’est une filiale du Français Eiffage, Eiffage Construcción, qui est aux commandes d’une partie décisive du projet, en groupement avec l’espagnol Acciona (40 / 60 %).

Le jour de notre visite, le hasard du calendrier avait bien fait les choses. « Vous avez bien choisi la date », nous a ainsi glissé Francisco Jose González Torres, Directeur d’Eiffage Construcción, en début de parcours. « Parce qu’on aura peut-être fini aujourd’hui ou demain. »

Sous nos yeux, les finisseurs ont déroulé la dernière couche de roulement de la piste, l’ultime des trois strates d’enrobé. L’aboutissement de mois de travail au cordeau.

Lire aussi :

Dernière ligne droite pour Eiffage sur le circuit de F1 Madring

Un circuit en trois actes

Le tracé, long d’environ 5,4 kilomètres, se lira en trois séquences.

La première, baptisée IFEMA Sud, sera longue de deux kilomètres, au cœur des installations existantes du parc des expositions. C’est là qu’on trouvera la ligne droite principale et la zone de départ-arrivée. Particularité de taille : le parc n’a jamais cessé son activité pendant les travaux. « Il peut y avoir 30 000 ou 40 000 personnes ici durant le week-end », a souligné Francisco Jose González Torres. « Il a fallu travailler avec tout ça. »

La deuxième zone, Valdebebas, s’étirera sur 2,1 kilomètres sur un terrain entièrement créé pour l’occasion « il n’y avait rien avant ».

Enfin, le dernier tronçon, 1,3 kilomètre de voies publiques, retournera à la ville après chaque course, sur le modèle de Monaco. Deux tunnels traverseront la M11, l’axe qui relie Madrid à son aéroport.

Avec ce contrat d’un milliard d’euros, la France vient remettre de l’ordre sur le plus grand fiasco de l’histoire du Royaume-Uni : le HS2

La Monumental, le clou du spectacle

Impossible d’évoquer le Madring sans s’arrêter sur La Monumental. Cette courbe en demi-cercle, longue de quelque 550 mètres, tire son nom des arènes de Madrid, un clin d’œil à la tradition tauromachique de la ville.

Sa signature ? Un dévers transversal de 24 %, le plus extrême du calendrier de Formule 1 ! Les pilotes y passeront environ six secondes, gravissant une dénivellation pouvant atteindre dix mètres de haut. C’est aussi le virage relevé le plus long de tout le championnat, et près de 45 000 spectateurs pourront s’y masser pour voir les monoplaces l’avaler.

La Monumental, longue d'environ 550 mètres, au centre de la photo devant les hôtels encore en construction. Crédit : Eiffage Construcción
La Monumental, longue d’environ 550 mètres. Crédit : Eiffage Construcción

Cette courbe n’était pourtant pas prévue telle quelle. C’est la FIA, conceptrice du projet avec ses bureaux d’ingénierie, qui a imposé en amont une chicane pour des raisons de sécurité et faire chuter la vitesse d’entrée de 350 à 280 km/h pour écarter tout risque.

Sur ce chantier, la FIA garde la main de bout en bout : elle fournit les données, vient régulièrement et homologuera l’ensemble, avec deux mois consacrés aux seuls détails de sécurité (barrières, zones de dégagement, échappatoires).

La traque du défaut de deux millimètres

C’est sans doute le moment le plus saisissant de la visite. Sur la piste, un homme avance, une règle de trois mètres à la main, accompagné d’un petit appareil de mesure. Sa mission : débusquer le moindre défaut de planéité. La tolérance est seulement de deux millimètres sur une règle de trois mètres, moins épais qu’une pièce de 2 euros !

Un employé teste le niveau de planéité du circuit qui ne pardonne que 2 millimètres d'écart tous les trois mètres.
Un employé teste le niveau de planéité du circuit qui ne pardonne que 2 millimètres d’écart tous les trois mètres. Crédit : Media24.fr

Quand le défaut dépasse le seuil, place au micro-fraisage pour reprendre la surface. Pour atteindre ce niveau d’exigence, cinq finisseurs sont à l’œuvre, avec des tables de 6 à 7,5 mètres, sur une piste large de 14 mètres. Au plus fort de l’activité, une vingtaine d’engins quadrillent le tracé. Le fraisage, lui, est confié à FRESA, une filiale maison.

chantier Madring

Cette expertise s’est aussi traduite par une montée en gamme technique en cours de chantier. Là où le projet initial prévoyait douze formules d’enrobé différentes, le groupement en a finalement déployé dix-neuf, autant de recettes d’asphalte ajustées selon les contraintes de chaque portion de piste. « Nous avons mis notre savoir-faire au service du projet pour améliorer ce qui avait été prévu lors de la conception », explique notre guide.
Détail révélateur : à mi-chantier, la méthode de guidage des finisseurs a même basculé du repérage 3D par satellite au palpeur mécanique, pour coller au plus près des attentes.

Drones, IA et laboratoire mobile

Comment construit-on un circuit de F1 en 2026 ? Avec une bonne dose de technologie, mais pas là où on l’attend forcément. L’intelligence artificielle, ici, ne touche pas à la construction elle-même. « elle est uniquement utilisée pour la logistique », précise un responsable, pour l’organisation de la fabrication de l’enrobé, le calcul du nombre de camions nécessaires et la planification des rotations. La construction, elle, est encore assurée par des humains.

Des drones survolent le chantier tous les quinze jours, c’est d’ailleurs l’un d’eux qui a filmé les images de La Monumental ci-dessous. Mais leur rôle reste le constat, pas l’anticipation. Côté qualité, le poste d’enrobé maison se situe à une douzaine de kilomètres seulement, ce qui limite les pertes de température. À l’arrivée, un laboratoire contrôle la température de chaque chargement, avec le pouvoir de refuser un camion hors tolérance.

Le chantier affiche aussi ses ambitions environnementales. Outre la réutilisation des terres, le transfert de 583 arbres et les dispositifs acoustiques mobiles déployés près des zones sensibles, le groupement a misé sur un revêtement photocatalytique pour les voies de service, capable de capter les gaz polluants émis par les voitures. Une partie de l’énergie utilisée par le chantier provient par ailleurs de panneaux photovoltaïques.

Un colosse de 30 000 tonnes qui « glisse » sur 300 mètres et un record du monde homologué par le Guinness Book pour la Chine

Le « big building » et la course contre la montre

À côté du circuit, Eiffage mène seul un second chantier presque aussi imposant : le pit building, ou « big building ». Ce marché distinct, remporté en novembre 2025, pèse à lui seul 68 millions d’euros, portant l’engagement total d’Eiffage sur le projet madrilène à 151,2 millions d’euros, en comptant les 83,2 millions du contrat initial du circuit. Concrètement, il s’agit d’agrandir les pavillons 1 et 2 du parc des expositions : deux bâtiments permanents de trois étages, d’une hauteur de 17 mètres, complétés par des structures provisoires démontées et remontées chaque année.

Le rez-de-chaussée abritera les boxes et garages des écuries ainsi que les zones techniques ; les étages accueilleront, le temps du Grand Prix, le VIP Paddock Club et ses terrasses panoramiques exigés par la FIA et la Formula One Management. Côté structure, notre guide cite une charpente d’acier de 1 800 tonnes (« il faut se rappeler que la tour Eiffel en fait 7 300 », sourit-il) et 2 600 m³ de béton.

Reste le nerf de la guerre : le temps. « Une très grosse partie sera livrée avant fin juin », assure-t-on, alors que la zone IFEMA restera en activité jusqu’à cette date, compliquant l’accès à certaines façades. La fin du génie civil est calée sur juillet 2026, avant l’homologation finale et la course, programmée le week-end des 11 au 13 septembre 2026.

Au total, près de 300 à 350 personnes auront œuvré sur les deux chantiers. Le tout sous l’œil d’un contrat de dix ans liant IFEMA à la FIA : 2026 n’en sera que la première édition. À Madrid, la France a posé les fondations d’une décennie de vitesse.

Donnée Valeur
Contrat circuit (groupement Eiffage-Acciona) 83,2 M€
Part Eiffage sur le circuit 33,3 M€
Contrat pavillons / pit building (Eiffage seul) 68 M€
Engagement total d’Eiffage sur le projet 151,2 M€
Longueur du tracé ~5,4 km
Dévers de La Monumental 24 %
Tolérance de planéité 2 mm sous une règle de 3 m
Terres réutilisées ~700 000 m³
Arbres transférés 583
Dispositifs acoustiques mobiles 4 259 m²
Hauteur des pavillons agrandis 17 m, 3 étages
Effectifs sur les deux chantiers ~300 à 350 personnes
Premier Grand Prix 11-13 septembre 2026
Durée du contrat IFEMA-FIA 10 ans

Reportage réalisé lors d’une visite du chantier du circuit Madring. Données chiffrées du chantier communiquées par le groupement Eiffage-Acciona.

 

Notre site est un média approuvé par Google Actualité.

Ajoutez Media24.fr dans votre liste de favoris pour ne manquer aucune news !

Nous rejoindre en un clic
Suivre-Media24.fr

Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles connexes

Avec 103 commandes pour plus de 23 milliards d’euros, Airbus continue de prendre Boeing de vitesse dans leur futur combat de titans sur le...

Airbus n'a pas encore lancé son nouvel A350F que ce dernier est déjà un best-seller. Avec encore deux Airbus...

Les Français ne connaissent pas son nom et pourtant sans cette entreprise leur pays n’aurait ni sous-marin ni porte-avions nucléaires : TechnicAtome

Cinquante ans dans l'ombre du nucléaire français. Basée à Villiers-le-Bâcle, sur le plateau de Saclay, TechnicAtome conçoit depuis cinquante...

Céleste, la nouvelle IA française qui veut tenir tête à Grok sur X

Le 27 mai 2026, Les Électrons Libres lancent la première influenceuse IA tricolore sur le réseau social d'Elon...

Ce colosse de près de 400 mètres de long avait déjà entravé une grande partie du commerce mondial en 2021 en bloquant le canal...

Comment un seul porte-conteneurs a paralysé 10 % du commerce mondial en six jours. le détroit d'Ormuz dont le...