Visite guidée d’un chantier hors norme, à quelques mois du premier Grand Prix d’Espagne de la nouvelle ère !
À une poignée de kilomètres de l’aéroport de Madrid-Barajas, là où s’étendent les halls du parc des expositions IFEMA, un ruban d’asphalte tout neuf serpente entre les bâtiments. C’est ici qu’est en train de naître le Madring, le circuit urbain qui accueillera le Grand Prix d’Espagne de Formule 1 dès septembre 2026, après plus de quatre décennies d’absence de la capitale espagnole sur la carte du sport automobile mondial.
C’est une filiale du Français Eiffage, Eiffage Construcción, qui est aux commandes d’une partie décisive du projet, en groupement avec l’espagnol Acciona (40 / 60 %).
Le jour de notre visite, le hasard du calendrier avait bien fait les choses. « Vous avez bien choisi la date », nous a ainsi glissé Francisco Jose González Torres, Directeur d’Eiffage Construcción, en début de parcours. « Parce qu’on aura peut-être fini aujourd’hui ou demain. »
Sous nos yeux, les finisseurs ont déroulé la dernière couche de roulement de la piste, l’ultime des trois strates d’enrobé. L’aboutissement de mois de travail au cordeau.
Lire aussi :
- Au Maroc, le français Eiffage va construire quatre centrales solaires pour alimenter le réseau électrique
- Le français Eiffage s’attaque à la plaque tournante du marché en plein boom des centres de données en Europe en achetant le spécialiste allemand Hand & Werk
Dernière ligne droite pour Eiffage sur le circuit de F1 Madring
Un circuit en trois actes
Le tracé, long d’environ 5,4 kilomètres, se lira en trois séquences.
La première, baptisée IFEMA Sud, sera longue de deux kilomètres, au cœur des installations existantes du parc des expositions. C’est là qu’on trouvera la ligne droite principale et la zone de départ-arrivée. Particularité de taille : le parc n’a jamais cessé son activité pendant les travaux. « Il peut y avoir 30 000 ou 40 000 personnes ici durant le week-end », a souligné Francisco Jose González Torres. « Il a fallu travailler avec tout ça. »
La deuxième zone, Valdebebas, s’étirera sur 2,1 kilomètres sur un terrain entièrement créé pour l’occasion « il n’y avait rien avant ».
Enfin, le dernier tronçon, 1,3 kilomètre de voies publiques, retournera à la ville après chaque course, sur le modèle de Monaco. Deux tunnels traverseront la M11, l’axe qui relie Madrid à son aéroport.
La Monumental, le clou du spectacle
Impossible d’évoquer le Madring sans s’arrêter sur La Monumental. Cette courbe en demi-cercle, longue de quelque 550 mètres, tire son nom des arènes de Madrid, un clin d’œil à la tradition tauromachique de la ville.
Sa signature ? Un dévers transversal de 24 %, le plus extrême du calendrier de Formule 1 ! Les pilotes y passeront environ six secondes, gravissant une dénivellation pouvant atteindre dix mètres de haut. C’est aussi le virage relevé le plus long de tout le championnat, et près de 45 000 spectateurs pourront s’y masser pour voir les monoplaces l’avaler.

Cette courbe n’était pourtant pas prévue telle quelle. C’est la FIA, conceptrice du projet avec ses bureaux d’ingénierie, qui a imposé en amont une chicane pour des raisons de sécurité et faire chuter la vitesse d’entrée de 350 à 280 km/h pour écarter tout risque.
Sur ce chantier, la FIA garde la main de bout en bout : elle fournit les données, vient régulièrement et homologuera l’ensemble, avec deux mois consacrés aux seuls détails de sécurité (barrières, zones de dégagement, échappatoires).
La traque du défaut de deux millimètres
C’est sans doute le moment le plus saisissant de la visite. Sur la piste, un homme avance, une règle de trois mètres à la main, accompagné d’un petit appareil de mesure. Sa mission : débusquer le moindre défaut de planéité. La tolérance est seulement de deux millimètres sur une règle de trois mètres, moins épais qu’une pièce de 2 euros !

Quand le défaut dépasse le seuil, place au micro-fraisage pour reprendre la surface. Pour atteindre ce niveau d’exigence, cinq finisseurs sont à l’œuvre, avec des tables de 6 à 7,5 mètres, sur une piste large de 14 mètres. Au plus fort de l’activité, une vingtaine d’engins quadrillent le tracé. Le fraisage, lui, est confié à FRESA, une filiale maison.
Cette expertise s’est aussi traduite par une montée en gamme technique en cours de chantier. Là où le projet initial prévoyait douze formules d’enrobé différentes, le groupement en a finalement déployé dix-neuf, autant de recettes d’asphalte ajustées selon les contraintes de chaque portion de piste. « Nous avons mis notre savoir-faire au service du projet pour améliorer ce qui avait été prévu lors de la conception », explique notre guide.
Détail révélateur : à mi-chantier, la méthode de guidage des finisseurs a même basculé du repérage 3D par satellite au palpeur mécanique, pour coller au plus près des attentes.
Drones, IA et laboratoire mobile
Comment construit-on un circuit de F1 en 2026 ? Avec une bonne dose de technologie, mais pas là où on l’attend forcément. L’intelligence artificielle, ici, ne touche pas à la construction elle-même. « elle est uniquement utilisée pour la logistique », précise un responsable, pour l’organisation de la fabrication de l’enrobé, le calcul du nombre de camions nécessaires et la planification des rotations. La construction, elle, est encore assurée par des humains.
Des drones survolent le chantier tous les quinze jours, c’est d’ailleurs l’un d’eux qui a filmé les images de La Monumental ci-dessous. Mais leur rôle reste le constat, pas l’anticipation. Côté qualité, le poste d’enrobé maison se situe à une douzaine de kilomètres seulement, ce qui limite les pertes de température. À l’arrivée, un laboratoire contrôle la température de chaque chargement, avec le pouvoir de refuser un camion hors tolérance.
Le chantier affiche aussi ses ambitions environnementales. Outre la réutilisation des terres, le transfert de 583 arbres et les dispositifs acoustiques mobiles déployés près des zones sensibles, le groupement a misé sur un revêtement photocatalytique pour les voies de service, capable de capter les gaz polluants émis par les voitures. Une partie de l’énergie utilisée par le chantier provient par ailleurs de panneaux photovoltaïques.
Le « big building » et la course contre la montre
À côté du circuit, Eiffage mène seul un second chantier presque aussi imposant : le pit building, ou « big building ». Ce marché distinct, remporté en novembre 2025, pèse à lui seul 68 millions d’euros, portant l’engagement total d’Eiffage sur le projet madrilène à 151,2 millions d’euros, en comptant les 83,2 millions du contrat initial du circuit. Concrètement, il s’agit d’agrandir les pavillons 1 et 2 du parc des expositions : deux bâtiments permanents de trois étages, d’une hauteur de 17 mètres, complétés par des structures provisoires démontées et remontées chaque année.
Le rez-de-chaussée abritera les boxes et garages des écuries ainsi que les zones techniques ; les étages accueilleront, le temps du Grand Prix, le VIP Paddock Club et ses terrasses panoramiques exigés par la FIA et la Formula One Management. Côté structure, notre guide cite une charpente d’acier de 1 800 tonnes (« il faut se rappeler que la tour Eiffel en fait 7 300 », sourit-il) et 2 600 m³ de béton.
Reste le nerf de la guerre : le temps. « Une très grosse partie sera livrée avant fin juin », assure-t-on, alors que la zone IFEMA restera en activité jusqu’à cette date, compliquant l’accès à certaines façades. La fin du génie civil est calée sur juillet 2026, avant l’homologation finale et la course, programmée le week-end des 11 au 13 septembre 2026.
Au total, près de 300 à 350 personnes auront œuvré sur les deux chantiers. Le tout sous l’œil d’un contrat de dix ans liant IFEMA à la FIA : 2026 n’en sera que la première édition. À Madrid, la France a posé les fondations d’une décennie de vitesse.
| Donnée | Valeur |
|---|---|
| Contrat circuit (groupement Eiffage-Acciona) | 83,2 M€ |
| Part Eiffage sur le circuit | 33,3 M€ |
| Contrat pavillons / pit building (Eiffage seul) | 68 M€ |
| Engagement total d’Eiffage sur le projet | 151,2 M€ |
| Longueur du tracé | ~5,4 km |
| Dévers de La Monumental | 24 % |
| Tolérance de planéité | 2 mm sous une règle de 3 m |
| Terres réutilisées | ~700 000 m³ |
| Arbres transférés | 583 |
| Dispositifs acoustiques mobiles | 4 259 m² |
| Hauteur des pavillons agrandis | 17 m, 3 étages |
| Effectifs sur les deux chantiers | ~300 à 350 personnes |
| Premier Grand Prix | 11-13 septembre 2026 |
| Durée du contrat IFEMA-FIA | 10 ans |
Reportage réalisé lors d’une visite du chantier du circuit Madring. Données chiffrées du chantier communiquées par le groupement Eiffage-Acciona.





