Ça commence à se confirmer pour le projet porté par Arverne.
La Commission européenne vient d’inscrire le projet Lithium de France, porté par l’entreprise palo-béarnaise Arverne, sur sa liste officielle des projets stratégiques du Critical Raw Materials Act (CRMA).
Ce blanc-seing de Bruxelles vient s’ajouter au statut de « Grand Projet Stratégique » national, décerné en avril dernier par Emmanuel Macron parmi les 150 futures « cathédrales industrielles » françaises.
Cela fait désormais deux coups de tampon en six mois pour ce dossier, à l’intersection de la souveraineté énergétique et de la bascule électrique.
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L’Europe valide l’intérêt stratégique du projet de gisement de lithium d’Alsace porté par Arverne
Le projet Lithium de France, filiale commune d’Arverne et du norvégien Equinor, vise à extraire du lithium directement de l’eau géothermale remontée des profondeurs du fossé rhénan, en Alsace du Nord.
Deux ressources pour un seul forage : la chaleur pour les réseaux locaux, le lithium pour les batteries des véhicules électriques. L’ambition affichée : 27 000 tonnes de carbonate de lithium par an pendant trente ans et 2 térawattheures de chaleur bas-carbone, à partir de 2031.
Deux reconnaissances stratégiques en six mois
Le 22 avril 2026, en déplacement sur le site d’Imerys à Echassières, dans l’Allier, Emmanuel Macron avait annoncé la liste des 150 « Grands Projets Stratégiques » (GPS) sélectionnés par l’État pour bénéficier d’une accélération administrative inédite. L’image choisie était forte : la « méthode Notre-Dame de Paris », soit un chef de projet unique, une chaîne de commandement claire et des délais records à tenir. Objectif affiché par le président de la République : bâtir en France les « cathédrales industrielles de l’indépendance ». Lithium de France figurait sur cette liste, aux côtés du projet EMILI d’Imerys (lithium de roche dure), des gigafactories de batteries du Nord et de plusieurs autres chantiers.
Six mois plus tard, le 9 octobre 2026, c’est Bruxelles qui monte au créneau. La Commission européenne a sélectionné 46 nouveaux projets stratégiques dans 16 États membres au titre du CRMA. Lithium de France y est, dans la catégorie extraction. Avec cette deuxième salve, qui s’ajoute aux 47 projets labellisés en mars 2025, l’Union européenne porte à 93 le nombre de dossiers inscrits dans son parcours accéléré. Ces projets couvrent 15 des 17 matières premières stratégiques identifiées comme vitales pour l’économie et la défense européennes.
« Cette reconnaissance européenne au titre du Critical Raw Materials Act, qui s’ajoute au statut de projet Notre-Dame, confirme le rôle essentiel du lithium dans la souveraineté industrielle européenne », déclare Pierre Brossollet, fondateur et PDG d’Arverne. L’intersection des deux politiques, nationale et européenne, place désormais Lithium de France dans un cercle doublement protégé.

Ce que la bénédiction européenne apporte vraiment
Le statut CRMA ne se limite pas à un satisfecit institutionnel. Il déclenche un paquet de dispositifs réglementaires et financiers calibrés pour accélérer la mise en service des projets jugés critiques :
| Dimension | Avant la désignation CRMA | Après la désignation CRMA |
|---|---|---|
| Délai maximal d’instruction des permis | Variable, souvent 5 à 10 ans en pratique | 27 mois pour un projet d’extraction |
| Guichet administratif | Interlocuteurs multiples, procédures parallèles | Guichet unique national obligatoire |
| Accès aux financements européens | Appels d’offres classiques, concurrence ouverte | Priorisation BEI, European Raw Materials Centre, dispositifs dédiés |
| Visibilité pour les investisseurs privés | Projet parmi d’autres | Label européen, signal fort aux marchés |
| Reconnaissance comme intérêt public supérieur | À démontrer dossier par dossier | Automatique dans l’instruction |
Dans la pratique, cela signifie que Lithium de France, qui mène déjà des forages à Schwabwiller depuis novembre 2025, verra l’instruction de ses prochains permis, notamment pour les forages suivants et pour l’extension du périmètre d’extraction, passer dans une file express.
Le règlement européen fixe à 27 mois le délai maximal pour délivrer un permis d’extraction, et à 15 mois pour les projets de transformation ou de recyclage. Un gain de temps considérable face à des procédures qui s’étalent historiquement sur une décennie en France.
La deuxième salve européenne, chapitre recyclage
La cuvée du 9 octobre marque un tournant par rapport à celle de mars 2025. Sur les 46 nouveaux projets retenus, 19 concernent le recyclage, 11 la transformation et seulement 8 l’extraction. Bruxelles diversifie clairement ses paris : plutôt que de tout miser sur l’ouverture de nouvelles mines, l’exécutif européen cherche à boucler le cycle des matériaux déjà présents sur le continent, dans les téléphones, les véhicules, les éoliennes en fin de vie.

Côté français, la nouvelle liste vient grossir le contingent déjà présent dans la première salve :
| Projet | Opérateur | Matériau / Activité | Salve |
|---|---|---|---|
| EMILI | Imerys | Extraction lithium (Allier) | Mars 2025 |
| Lithium de France | Arverne / Equinor | Extraction lithium géothermal (Alsace) | Octobre 2026 |
| Recyclage batteries Dunkerque | Orano | Recyclage lithium, nickel, cobalt | Mars 2025 |
| Trappes | Eramet | Recyclage lithium | Mars 2025 |
| Autres (nickel, cuivre, graphite, terres rares) | Divers (Eramet, Carester, etc.) | Extraction, transformation, recyclage | Mars 2025 + octobre 2026 |
Au total, la France compte désormais dix projets stratégiques CRMA, dont deux dédiés à l’extraction du lithium (Imerys en roche dure, Arverne en saumure géothermale). Deux voies parallèles pour un même objectif : réduire la dépendance européenne vis-à-vis de la Chine, qui concentre aujourd’hui près de 80 % des capacités mondiales de raffinage de lithium.
Lithium de France, un dossier technique en pleine montée en charge
La reconnaissance européenne tombe à point nommé pour Arverne. L’entreprise palo-béarnaise, cotée sur Euronext Paris depuis 2023, a lancé en novembre 2025 le forage de son premier doublet géothermique à Schwabwiller, en Alsace du Nord. Les travaux doivent durer sept mois, pour mesurer précisément le débit, la température et la teneur en lithium de la saumure.
En septembre 2026, un cabinet indépendant a validé un potentiel d’exploration pouvant atteindre 43 millions de tonnes d’équivalent carbonate de lithium pour le périmètre alsacien, dont 26 millions de tonnes classées en ressources, de quoi hisser le projet au rang mondial.
Le sous-sol français comme actif géopolitique
Le cumul des deux reconnaissances, nationale et européenne, traduit un alignement rare entre Paris et Bruxelles. La France pousse ses projets lithium pour se doter d’une capacité d’extraction nationale, l’Europe pousse les mêmes projets pour atteindre l’objectif commun de 10 % d’extraction domestique d’ici 2030. Rappelons que le continent importe aujourd’hui près de 98 % de son lithium, principalement de Chine, d’Australie et du Chili. Chaque tonne produite en Alsace est une tonne de dépendance en moins.
L’écosystème Arverne a aussi derrière lui un alignement d’acteurs rarement vus pour un projet français : Equinor comme co-actionnaire et apporteur de technologie d’extraction directe, SLB comme partenaire industriel, Crédit Agricole CIB et Macquarie Capital comme conseils financiers pour l’étude de bancabilité, le BRGM comme partenaire scientifique sur les futurs permis auvergnats. Un pedigree qui tranche avec l’image française habituelle du projet industriel isolé face à ses difficultés.
Reste la variable de marché. Le cours du lithium s’est effondré depuis 2023, victime d’une surproduction mondiale essentiellement chinoise, et le kilo de carbonate de lithium se négocie aujourd’hui bien en dessous de ses niveaux de 2022. La rentabilité des projets européens, intrinsèquement plus chers à exploiter que les mines à bas coût sud-américaines ou australiennes, dépendra de la capacité des batteries de véhicules électriques à redécoller en volumes, et des mécanismes de préférence européenne que les clients industriels seront prêts à payer. La double bénédiction Paris-Bruxelles ne garantit pas la bascule économique. Elle en pose les conditions.
Sources principales :
Arverne, L’Europe fait du projet Lithium de France un pilier de sa souveraineté industrielle (9 octobre 2026)
L’Europe fait du projet Lithium de France un pilier de sa souveraineté industrielle
Communiqué officiel sur la désignation CRMA, rappel du statut de Grand Projet Stratégique national, citation de Pierre Brossollet, chiffres cibles 27 000 t/an et 2 TWh.
Commission européenne (Représentation au Luxembourg), Commission selects 46 new Strategic Projects to bolster the EU’s supply of critical raw materials (9 octobre 2026)
https://luxembourg.representation.ec.europa.eu/actualites-et-evenements/actualites/commission-selects-46-new-strategic-projects-bolster-eus-supply-critical-raw-materials-2026-10-09_en
Annonce officielle Bruxelles : 46 nouveaux projets dans 16 États membres, répartition extraction / transformation / recyclage, couverture des 15 matières premières stratégiques.
Banque des Territoires, Emmanuel Macron veut bâtir les 150 « cathédrales de l’indépendance industrielle » (22 avril 2026)
https://www.banquedesterritoires.fr/emmanuel-macron-veut-batir-les-150-cathedrales-de-lindependance-industrielle
Annonce officielle de la liste des 150 Grands Projets Stratégiques et de la « méthode Notre-Dame de Paris » pour accélérer les procédures administratives.
Business Wire (Arverne Group), Arverne : Launch of the First Geothermal Drilling for the Lithium de France Project (24 novembre 2025)
https://www.businesswire.com/news/home/20251124873358/en
Détails techniques du premier doublet à Schwabwiller : 2 400 m, 145 °C, calendrier de forage, prévisions de chiffre d’affaires 2025 (25-27 M€).



