CFM International accumule les contrats pour son moteur LEAP.
Le groupe français Safran, via sa coentreprise CFM International avec l’américain GE Aerospace, a annoncé ce jeudi 16 octobre 2026 la signature d’un protocole d’accord géant avec la compagnie Turkish Airlines.
Au programme : 300 moteurs LEAP-1B neufs pour équiper 150 futurs Boeing 737 MAX, auxquels s’ajoute un contrat de maintenance long terme couvrant la flotte totale de plus de 600 moteurs LEAP-1B de la compagnie turque.
Un contrat majeur signé à Istanbul, pendant que le grand rival américain Pratt & Whitney continue de s’enliser dans l’un des plus gros scandales industriels de l’histoire aéronautique récente.
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Un contrat potentiel de 7 à 11 milliards d’euros avec Turkish Airlines pour Safran via CFM International
Trois volets dans ce protocole. D’abord, l’achat de 300 moteurs LEAP-1B neufs pour équiper 100 Boeing 737 MAX fermes (annoncés le 23 septembre dernier) plus 50 appareils en option (à deux moteurs par appareil, cela fait bien 300 moteurs, inutile de sortir la calculette).
Deuxième volet : un contrat de services long terme couvrant tous les moteurs LEAP-1B exploités par Turkish Airlines et sa filiale low-cost AJet. Soit plus de 600 moteurs. CFM va les suivre, les entretenir, les réparer pendant des décennies. C’est la poule aux œufs d’or des motoristes : un moteur se vend une fois, mais se répare toute sa vie. Sur la durée, le service rapporte souvent plus que la vente initiale.
Troisième volet : un accord de fourniture de pièces détachées à Turkish Technic, pour permettre à la compagnie turque de construire son propre atelier de maintenance moteurs LEAP en Turquie. Istanbul vise clairement à devenir le nouveau Singapour de la maintenance aéronautique mondiale. Jusqu’ici, pour faire réviser un moteur LEAP, il fallait l’envoyer à Villaroche, Cardiff, Dallas ou Hyderabad. Demain, on pourra aussi le faire à Istanbul.
Combien tout ça vaut-il ? Safran et CFM ne communiquent jamais sur les prix. Mais à la louche, en appliquant les prix de marché avec les remises standard sur ce type de méga-commande, on peut estimer l’ensemble du contrat à une fourchette comprise entre 7 et 11 milliards d’euros sur sa durée totale. Dont environ 2,5 milliards pour les moteurs neufs, et le reste (plus des trois quarts !) pour le contrat de services sur 15 à 20 ans.
CFM, le mariage franco-américain qui dure depuis 50 ans
CFM International est une coentreprise à parts égales entre Safran côté français et GE Aerospace côté américain. Son siège social est à Cincinnati, dans l’Ohio depuis sa création en 1974.
Au début des années 1970, Snecma (devenu depuis Safran) ne faisait que des moteurs militaires pour Dassault. L’entreprise voulait percer dans le civil mais le marché était verrouillé par les Américains. Après des négociations ratées avec Pratt & Whitney et Rolls-Royce, Snecma signe finalement avec GE en 1971.
Les Américains y apportent le cœur du moteur (haute pression) tandis que les Français font la soufflante et la turbine basse pression.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que le pari s’est avéré gagnant. Depuis 1974, CFM a vendu 35 500 moteurs CFM56 (première génération) et plus de 10 000 moteurs LEAP (nouvelle génération). Cumulés, ces moteurs ont volé 1,3 milliard d’heures. À tout instant dans le monde, il y a près d’un million de passagers en l’air à bord d’un avion propulsé par CFM.
LEAP, le moteur qui a conquis le monde
Lancé en 2016, le LEAP est l’un des plus gros cartons commerciaux de l’histoire aéronautique. Trois versions : LEAP-1A pour l’Airbus A320neo (face au GTF de Pratt & Whitney), LEAP-1B pour le Boeing 737 MAX (en exclusivité, pas de concurrent !), LEAP-1C pour le C919 chinois de COMAC. Le carnet de commandes dépasse 15 000 moteurs. Les livraisons tournent à 1 500 moteurs par an.

Techniquement, c’est un bijou. Par rapport au CFM56, le LEAP consomme 15 % de carburant en moins (et émet donc 15 % de CO2 en moins). À l’échelle de la flotte mondiale, ça représente des millions de tonnes de CO2 évitées chaque année. Le secret ? Des aubes de turbine en céramique composite (ça résiste à des températures de dingue), une soufflante en matériaux composites tissés en 3D (une technologie brevetée par Safran), et un taux de dilution ultra-élevé. Du grand art industriel, assemblé à parts égales à Villaroche (Seine-et-Marne) et à Cincinnati.
Le fiasco Pratt & Whitney : un boulevard pour CFM
Depuis fin 2023, le concurrent américain Pratt & Whitney vit l’enfer. Son moteur PW1100G (dit GTF, pour Geared Turbofan) équipe environ 40 % des A320neo mondiaux.
Malheureusement pour l’Américain, il s’est avéré défectueux. La poudre métallique utilisée dans la fabrication des disques haute pression entre 2015 et 2021 a été contaminée. Cela a entrainé des microfissures dans les disques avec l’obligation de démonter tous ces moteurs tous les quelques milliers d’heures de vol pour inspection minutieuse.
Au pic de 2025, 835 avions A320neo étaient cloués au sol dans le monde. 40 % de la flotte mondiale GTF. Rien que ça.
Pratt & Whitney a provisionné entre 6 et 7 milliards de dollars pour éponger les dégâts, et verse plus d’un milliard de dollars par an en compensations aux compagnies. Victimes célèbres : Spirit Airlines, qui a tout simplement fait faillite à cause de cette crise. Wizz Air, qui a cloué 40 A320neo. ITA Airways, qui réclame 150 millions d’euros de dommages. Lufthansa, Air France, IndiGo, JetBlue, et beaucoup d’autres. Même Turkish Airlines, qui exploite 58 A320neo avec moteurs GTF, en a actuellement 20 au sol.
Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, CFM International s’est imposé comme la référence du moteur monocouloir.
Les grands clients de CFM dans le monde
Voici un panorama des plus grosses compagnies qui font confiance au moteur LEAP.
| Compagnie | Pays | Flotte équipée CFM (ordre de grandeur) |
|---|---|---|
| Southwest Airlines | États-Unis | 800+ Boeing 737 (toutes générations) |
| Ryanair | Irlande | 600+ Boeing 737 NG et MAX |
| IndiGo | Inde | 400+ A320/A321 (mix CFM/PW) |
| American Airlines | États-Unis | 350+ Boeing 737 et A320 |
| United Airlines | États-Unis | 300+ Boeing 737 |
| Delta Air Lines | États-Unis | 250+ Boeing 737 et A220 |
| Turkish Airlines + AJet | Turquie | 175 Boeing 737 (NG + MAX) |
| Air France-KLM | France | 200+ Boeing 737 et A320 |
| Lufthansa Group | Allemagne | 200+ A320 (mix CFM/PW) |
Sources : rapports annuels des compagnies, Planespotters.net, 2025-2026. Chiffres indicatifs incluant les moteurs CFM56 et LEAP.

Plus de la moitié des avions moyen-courriers du monde volent avec un moteur CFM sous l’aile. La prochaine fois que vous embarquez sur un low-cost en Europe, un Southwest aux États-Unis, ou un Turkish entre Istanbul et Lagos, jetez un œil par le hublot. Il y a une excellente chance qu’un peu d’ingénierie française tourne au bout de l’aile !
Turkish Airlines, la fusée turque
Un mot pour finir sur l’acheteur. Turkish Airlines, qui pas une compagnie comme les autres. En 2003, elle avait 65 avions. Aujourd’hui, 531. Objectif 2033 : 813 avions. Rythme de croissance : 7 % par an depuis vingt ans. Du jamais vu dans l’histoire de l’aviation commerciale !
Son avantage ? La géographie. Istanbul est à moins de trois heures de vol de toute l’Europe, du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord et d’une grande partie de l’Asie centrale. L’hôtesse qui vous sert votre jus d’orange à bord dessert aujourd’hui 131 pays et 350 destinations. Record mondial Guinness depuis décembre 2024, plus que n’importe quelle autre compagnie. 92,6 millions de passagers transportés en 2025.
Pour CFM, décrocher cette compagnie, c’est s’assurer plusieurs décennies de croissance au carrefour de trois continents. Et l’atelier de maintenance d’Istanbul va encore renforcer la position du franco-américain dans toute la région.
Les ingénieurs CFM formés sur place rayonneront ensuite sur l’ensemble du Golfe, du Caucase et de l’Afrique de l’Est.
Sources :
- Safran, Turkish Airlines et CFM signent un protocole d’accord portant sur plus de 600 moteurs LEAP-1B (16 octobre 2026)
https://www.safran-group.com/fr/espace-presse/turkish-airlines-cfm-signent-protocole-accord-portant-plus-600-moteurs-leap-1b-2026-10-1
Communiqué officiel conjoint Safran-GE Aerospace annonçant la signature du protocole d’accord à Istanbul. - Aviation Outlook, Pratt & Whitney Company Overview, Analysis and Outlook Report 2026
https://www.aviationoutlook.com/p/pratt-whitney-company-analysis-outlook-report
Analyse complète de la crise du moteur GTF : 835 avions cloués au peak 2025, 6 à 7 milliards de dollars de charges, 1 milliard de dollars de compensation annuelle. - Simple Flying, How Pratt & Whitney’s GTF Engine Quietly Grounded More Jets Than Any Crisis In Decades (septembre 2026)
https://simpleflying.com/pratt-whitney-gtf-engine-quietly-grounded-more-jets-crisis-decade
Détails sur l’impact de la crise GTF sur les compagnies aériennes mondiales et sur les chiffres IATA.
Aéroport international d’Istanbul – Vue aérienne du terminal principal — Photographie prise le 14 décembre 2019 depuis un avion, montrant le bâtiment principal du nouvel aéroport international d’Istanbul, en Turquie. Auteur : Kulttuurinavigaattori. Source : Wikimedia Commons. Licence Creative Commons Attribution – Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International (CC BY-SA 4.0). Voir la photographie originale sur Wikimedia Commons — Consulter la licence CC BY-SA 4.0.



