Pourquoi, après vingt ans de terrain, je doute fort que le frelon asiatique soit le coupable de l’attaque de frelons sur une rando VTT en Haute-Vienne.
Dimanche 20 septembre, 37 participants d’une randonnée VTT ont été piqués près de Peyrilhac, en Haute-Vienne. Quatre ont fini au CHU de Limoges. Dans les heures qui ont suivi, une bonne partie de la presse nationale a désigné le coupable : le frelon asiatique.
Sauf que rien, dans le déroulé de cette attaque, ne ressemble au comportement habituel de cette espèce à cette période. Cette erreur d’étiquette, loin d’être un détail, oriente la prévention dans la mauvaise direction et au pire moment de l’année !
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Ce que l’on sait vraiment de l’attaque de Peyrilhac
Les faits d’abord. L’incident survient dimanche 20 septembre, peu après 10 heures, lors de la 34e édition de l’Occitane VTT et Marche organisée par le cyclo club de Nieul. Les participants roulent au kilomètre 29 d’un parcours de 46, près du moulin de la Roche, sur la commune de Peyrilhac.
Les témoignages recueillis par France 3 décrivent des insectes qui piquent à la tête en passant par les aérations des casques, et qui restent accrochés aux maillots et aux cuissards. Certains participants comptent trois piqûres, d’autres une dizaine. Quatre personnes sont transportées au CHU de Limoges, dont deux initialement prises en charge en urgence absolue.
Premier constat : le récit régional parle de « frelons », sans préciser l’espèce. C’est dans la reprise nationale que l’insecte devient « asiatique ». Aucun nid n’a été décrit publiquement, aucun spécimen identifié. Un grand quotidien a même illustré son article avec la photo d’un frelon géant d’Asie, Vespa mandarinia… une espèce absente de France.
En septembre, un nid de frelon asiatique ne se trouve pas au bord d’un sentier
Pour comprendre, il faut revenir au cycle de l’espèce. Au printemps, la fondatrice construit un petit nid primaire, souvent à faible hauteur. Puis la colonie déménage dans un nid secondaire, beaucoup plus volumineux, installé le plus souvent en hauteur dans les arbres. Les fiches de reconnaissance parlent couramment de 10 à 30 mètres.
Or une défense collective ne se déclenche pas à distance. Les documents de prévention situent le risque d’attaque groupée à moins de 5 mètres environ du nid, ou lorsque son support est secoué. Un nid perché à 15 mètres dans la cime d’un chêne ne « voit » pas passer un peloton. Il ne réagit pas.
Soyons honnêtes : ce n’est pas une règle absolue. Les suivis scientifiques observent une part croissante de nids secondaires installés à moins de 2 mètres, dans des haies ou des buissons, et nous en détruisons chaque saison. Mais cela reste une minorité, et rien dans les témoignages ne décrit un nid de ce type.
La signature d’un nid bas, au ras du chemin
Le déroulé de Peyrilhac a une signature que l’on connaît bien dans le métier. Les premiers cyclistes passent, les vibrations se répètent, la colonie se met en alerte, et ce sont les suivants qui prennent les piqûres en série. C’est exactement ce qui arrive quand un nid se trouve au niveau du chemin : dans une souche, un talus, un vieux mur ou un tronc creux.

Deux espèces correspondent à ce profil bien mieux que le frelon asiatiqu :
- Le frelon européen (Vespa crabro) d’abord. Il niche toujours à l’abri, dans des cavités : arbres creux, souches, granges, murets. Son nid se reconnaît à sa large entrée par le bas. Fin septembre, sa colonie approche de son maximum. C’est un gros insecte : quand des témoins parlent spontanément de « frelons », il est plus logique de penser à lui qu’à une guêpe.
- Les guêpes terricoles ensuite (genre Vespula), qui s’installent dans d’anciens terriers. Leurs colonies atteignent leur taille maximale à la fin de l’été. Les vibrations d’un groupe qui roule juste au-dessus suffisent à déclencher la défense. Dans mon expérience, ce sont elles qui piquent le plus souvent randonneurs et vététistes.
Je n’étais pas à Peyrilhac et, sans identification du nid, personne ne peut trancher. Mais si je devais parier, ce ne serait pas sur le frelon asiatique.
| Frelon asiatique | Frelon européen | Guêpes terricoles | |
|---|---|---|---|
| Nid en septembre | Le plus souvent en hauteur dans les arbres (10 à 30 m) | Toujours dans une cavité : arbre creux, souche, muret, grange | Au sol, dans un ancien terrier |
| Entrée du nid | Petite, sur le côté | Large, par le bas | Simple trou discret dans le sol |
| Ce qui déclenche l’attaque | Approche à moins de 5 m environ, support secoué | Dérangement ou vibrations près de la cavité | Vibrations du sol, passages répétés |
| Compatible avec Peyrilhac ? | Peu probable (sauf nid bas, minoritaire) | Oui | Oui |
Comparatif établi d’après les fiches MNHN, ARS et CPIE citées en sources, et nos observations de terrain.
Pourquoi cette erreur d’étiquette n’a rien d’anodin ?
Ce n’est pas une querelle d’entomologistes. Mal nommer l’insecte a des conséquences très concrètes.
La prévention part dans la mauvaise direction. Si le message retenu est « le frelon asiatique attaque les randonneurs », tout le monde regarde en l’air. Or en septembre, le vrai danger pour un vététiste se trouve à hauteur de roue.
Les chiffres se faussent. Chaque accident attribué sans vérification au frelon asiatique nourrit son image et les statistiques qui servent à calibrer la lutte. Tant que l’identification de l’insecte n’est pas systématique, on ne sait pas vraiment quelle part des accidents revient à chaque espèce.
Le frelon européen paie l’addition. Espèce indigène, non visée par la lutte contre le frelon asiatique, il régule de nombreux insectes. Chaque fait divers mal attribué pousse à détruire ses nids par peur, ou à multiplier des pièges non sélectifs qui le capturent aussi.
Les politiques publiques risquent de viser à côté. Le plan national adopté le 16 septembre prévoit destruction de nids, piégeage des fondatrices au printemps et piégeage d’automne, le tout pensé pour le seul frelon asiatique. Si une partie des attaques est due à d’autres espèces, ce plan ne réduira pas ce risque-là .
Randonneurs, vététistes, organisateurs : les bons réflexes jusqu’à fin octobre
Pour les organisateurs, le plus utile est de reconnaître le parcours à pied quelques jours avant l’épreuve, en observant le ras du sol autour des souches, talus et murets. Un va-et-vient régulier d’insectes au même point trahit un nid. Dans ce cas, on dévie le tracé ou on fait intervenir un professionnel avant le jour J.
Pour les pratiquants, en cas d’attaque, il ne faut pas s’arrêter sur place : on s’éloigne rapidement de plusieurs dizaines de mètres en protégeant son visage, sans gestes brusques. Dans un groupe, le réflexe qui sauve est de prévenir immédiatement ceux qui suivent pour qu’ils stoppent avant la zone. C’est d’ailleurs ce qu’a fait l’organisateur à Peyrilhac en mettant en place une déviation.
Côté santé, on appelle le 15 ou le 112 sans attendre en cas de gonflement du visage ou de la gorge, de difficulté à respirer, de malaise, ou de piqûres multiples. Les personnes allergiques connues gardent leur trousse d’urgence sur elles, y compris à vélo.
| Vous repérez un nid ? Les bons réflexes
•     Ne jamais s’approcher ni tenter de détruire soi-même un nid actif, surtout au sol ou dans une cavité. •     Garder ses distances, en particulier avec des enfants ou des animaux. •     Faire identifier l’espèce et intervenir un professionnel certifié. ALLO FRELONS est votre technicien local de confiance pour la destruction des nids de guêpes et de frelons. Intervention réalisée par un professionnel certifié Certibiocide, avec un devis transparent annoncé à l’avance — pas de mauvaise surprise — et une intervention garantie. |
Sources :
- France 3 Nouvelle-Aquitaine, récit de l’attaque de frelons lors de l’Occitane VTT et Marche, septembre 2026.
- 20 Minutes, « Haute-Vienne : un essaim de frelons asiatiques attaque des randonneurs à VTT », 21 septembre 2026.
- Loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 visant à endiguer la prolifération du frelon asiatique ; arrêté interministériel adoptant le plan national de lutte, Journal officiel du 16 septembre 2026.
- Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) / INPN — fiche Vespa velutina ; travaux de Villemant et al. (2011) et Rome et al. (2015) sur la localisation des nids.
- ARS Normandie, fiche de reconnaissance frelon asiatique / frelon européen.
- PNR / CPIE, fiche « Le frelon asiatique » (distance de sécurité autour des nids).
- Observations de terrain ALLO FRELONS.




