Avec la livraison de son dernier morceau, l’immense chambre à vide d’ITER est désormais entièrement fabriquée. Un cap franchi pour le plus grand réacteur de fusion du monde, et une belle surprise : l’Europe a rendu sa pièce en avance.
Le 16 septembre 2026, l’Europe a achevé et livré le cinquième et dernier secteur de chambre à vide à ITER, le plus grand réacteur à fusion nucléaire du monde, en construction à Cadarache, dans le sud de la France.
Cette pièce, le secteur 2, est sortie de l’atelier Westinghouse de Monfalcone, en Italie, edt pour une fois, en avance sur le calendrier. Avec elle, les neuf secteurs qui composent le cœur de la machine sont tous fabriqués.
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Le cœur d’acier du plus grand tokamak du monde va bientôt pouvoir être monté entièrement
La chambre à vide est la pièce maîtresse d’ITER, celle où tout se jouera. C’est à l’intérieur de cette enceinte en acier inoxydable, hermétiquement close et en forme de gigantesque anneau, que le plasma sera porté à 150 millions de degrés pour que les atomes d’hydrogène fusionnent et libèrent leur énergie. Sa mission est double puisqu’elle doit maintenir un vide parfait, à l’abri de la moindre impureté, et contenir en toute sécurité cet enfer miniature.
Une fois ses neuf morceaux soudés ensemble, l’anneau mesurera 19,4 mètres de diamètre et pèsera 5 200 tonnes, l’équivalent de la moitié de la tour Eiffel. Chaque secteur, haut de quatorze mètres, est un défi industriel à lui seul : sa fabrication exige plus de 150 kilomètres de cordons de soudure, contrôlés au millimètre, car la moindre déformation compromettrait l’assemblage final !
ITER a profité de l’été pour refermer ses deux plus grandes plaies qui freinaient son développement
Qui a fabriqué quoi dans la chambre à vide d’ITER ?
Cette chambre est le fruit d’un partage du travail entre deux partenaires d’ITER, l’Europe et la Corée du Sud, chacun responsable d’une part :
| Secteur | Fabricant | Statut |
|---|---|---|
| 1 | Corée du Sud (Hyundai) | Fabriqué et livré |
| 2 | Europe (F4E-AMW) | Dernier secteur, livré en avance (sept. 2026) |
| 3 | Europe (F4E-AMW) | Achevé en avance après re-usinage des joints |
| 4 | Europe (F4E-AMW) | Fabriqué et livré |
| 5 | Europe (F4E-AMW) | Premier livré par l’Europe (2024) |
| 6 | Corée du Sud (Hyundai) | Premier secteur arrivé sur site |
| 7 | Corée du Sud (Hyundai) | Fabriqué et livré |
| 8 | Corée du Sud (Hyundai) | Fabriqué et livré |
| 9 | Europe (F4E-AMW) | A nécessité une réparation lourde de ses joints |
Côté européen, le travail a été piloté par l’agence Fusion for Energy et le consortium AMW, qui réunit Ansaldo Nucleare, Westinghouse et Walter Tosto, en s’appuyant sur une chaîne de quinze entreprises du continent.
Côté coréen, c’est le chantier naval géant de Hyundai, à Ulsan, qui a produit les quatre secteurs restants, programme bouclé mi-2026.
Une prouesse arrachée contre l’adversité
Ce final en fanfare est d’autant plus notable qu’il efface une série noire qui ne semblait jamais connaitre de fin. Les secteurs européens avaient en effet connu de sérieux problèmes de fabrication, avec des joints défectueux et des bords à souder qui ne s’ajustaient pas, au point d’imposer des réparations lourdes qui avaient plombé le calendrier. Boucler le dernier secteur en avance (sur le nouveau calendrier), dans ces conditions, tient de la revanche !
Le mérite en revient à l’expérience accumulée. En fabriquant quatre secteurs, les équipes avaient appris à dompter des procédés d’une complexité inédite, si bien que le cinquième a pu être livré plus vite, sa date ayant même été avancée pour suivre le rythme de l’assemblage sur site. Le directeur de Fusion for Energy, Marc Lachaise, y voit une preuve qui dépasse ITER : selon lui, l’Europe dispose désormais d’une chaîne d’approvisionnement robuste, capable de fabriquer les composants des futurs réacteurs de fusion.

Un jalon réel mais un chantier encore loin d’être terminé
Il ne faut pas pour autant confondre la fin de la fabrication avec la fin du projet. Tous les secteurs sont produits, mais il reste à les souder les uns aux autres au fond du puits du réacteur, une opération d’une délicatesse extrême, dont le seul programme de soudure est prévu pour durer cinq ans. À ce jour, environ les deux tiers du cœur du tokamak sont en place, l’assemblage progressant enfin à bon rythme après des années de blocage.
Cette bonne nouvelle ne change rien, non plus, au tableau d’ensemble d’ITER : la pleine puissance de fusion n’est pas attendue avant 2039, et le coût total du projet se chiffre, selon les méthodes de calcul, entre 20 et 45 milliards d’euros.
Reste que, pour une fois, ITER envoie un signal encourageant. Fabriquer neuf morceaux d’acier de la taille d’un immeuble, aux tolérances de quelques millimètres, répartis entre deux continents et quinze industriels, puis les faire converger vers un même puits, relève déjà de l’exploit.
Le plus dur, désormais, se joue au fond de ce puits, là où les soudeurs vont, mètre après mètre, refermer le cœur du plus grand réacteur de fusion jamais construit.
Sources :
- Fusion for Energy (F4E), Europe completes the last ITER Vacuum Vessel sector (16 septembre 2026)
https://fusionforenergy.europa.eu/news/europe-completes-the-last-iter-vacuum-vessel-sector
Achèvement du cinquième et dernier secteur européen (secteur 2, atelier Westinghouse de Monfalcone), livraison en avance, projet de quinze ans, consortium AMW (Ansaldo Nucleare, Westinghouse, Walter Tosto), 150 km de soudures par secteur. - World Nuclear News, Korea completes delivery of ITER vessel sectors (2024-2026)
https://www.world-nuclear-news.org/articles/korea-completes-delivery-of-iter-vessel-sectors
Quatre secteurs produits par Hyundai Heavy Industries à Ulsan, répartition Europe (5) / Corée (4), dimensions de la chambre à vide (19,4 m de diamètre, 5 200 tonnes, 1 400 m³). - ITER Organization, Two-thirds of ITER tokamak core now in place (29 juillet 2026)
https://www.iter.org/two-thirds-iter-tokamak-core-now-place
Installation de six des neuf modules de secteur dans le puits, achèvement du programme coréen de chambre à vide, complexité de l’intégration des composants. - Fusion for Energy (F4E), Europe’s third ITER Vacuum Vessel sector completed (2025)
https://fusionforenergy.europa.eu/news/europes-third-iter-vacuum-vessel-sector-completed/
Défauts détectés sur les joints d’un secteur nécessitant une réparation invasive, environ 150 km de cordons de soudure par secteur, risques de déformation et de non-conformité.



