Du bois massif qu’on enroule comme une feuille de plastique, avant qu’il ne redurcisse dans sa nouvelle forme !
Le 15 septembre 2026, l’Institut italien de technologie (IIT), à Gênes, a présenté un procédé inédit pour assouplir le bois.
Développé par l’unité Smart Materials que coordonne Athanassia Athanassiou, avec les chercheuses Martina Nardi et Shanshan Li, et publié dans la revue Communications Materials du groupe Nature, il repose sur un liquide biosourcé baptisé Cyrène.
Ce dernier permet de cintrer du bois de façon durable, avec peu d’énergie, sans abîmer ni ses qualités mécaniques ni sa capacité à se dégrader naturellement.
Voilà qui va faire des envieux chez nos amis xylophiles (qui aiment le bois) !
Lire aussi :
- Ce métal aurait pu détrôner l’argent et le cuivre comme métal conducteur de chaleur mais il a un énorme défaut : il est inapplicable à échelle industrielle
- Ces scientifiques américains ont eu la surprise de leur vie en découvrant ce gel métallique après une de leur expérience
La Cyrène vient corriger le point faible d’un matériau par ailleurs idéal
Le bois a tout pour plaire. Résistant, léger, isolant, renouvelable, il figure parmi les matériaux de construction les plus vertueux qui soient. Un seul défaut, mais de taille : il ne se plie pas. Là où le plastique ou le métal acceptent la courbe, le bois massif, lui, préfère casser.
Or les meubles galbés, les coques d’instruments de musique ou les agencements arrondis réclament ce genre de géométrie.
Pour contourner l’obstacle, l’industrie dispose de deux méthodes, et chacune traîne ses défauts. Le cintrage à la vapeur ramollit le bois par la chaleur et l’humidité, mais il engloutit une énergie considérable, ne convient pas à toutes les essences, fissure parfois la matière et affaiblit la pièce finale. Le lamellé-collé, lui, découpe le bois en fines lamelles qu’on encolle et qu’on presse contre un moule courbe : efficace, mais complexe, lent, et gourmand en adhésifs peu écologiques.
C’est cette double impasse que l’équipe génoise a voulu dépasser.
Le tour de force de la dihydrolévoglucosénone
La solution tient dans un bain. Plutôt que de chauffer à blanc ou de tout découper, les chercheurs plongent le bois massif dans un mélange de Cyrène et d’eau. La Cyrène, de son vrai nom dihydrolévoglucosénone, est un solvant biosourcé tiré de la cellulose, non toxique, présenté comme une alternative verte aux solvants pétrochimiques.
Que fait ce liquide ? Il s’infiltre jusque dans les molécules du bois, en particulier la lignine et l’hémicellulose, ces composants qui font sa rigidité, et modifie la façon dont elles s’accrochent les unes aux autres. En les desserrant, il leur rend de la liberté de mouvement : le bois devient nettement moins raide, souple au point de se plier et de s’enrouler d’une simple pression, presque comme du plastique. Le tout avec un chauffage modéré, autour de 65 degrés seulement, loin des fournaises du cintrage vapeur.
Voici la nuance essentielle, celle qui fait tout l’intérêt du procédé : cette souplesse est passagère. Une fois le bois courbé dans la forme voulue puis séché, il se fige dans sa nouvelle géométrie et retrouve sa rigidité et sa solidité d’origine. On n’obtient donc pas un bois mou en permanence, mais un bois qu’on assouplit le temps de le sculpter, avant qu’il ne redevienne lui-même.
| Méthode | Principe | Limites |
|---|---|---|
| Cintrage à la vapeur | Chaleur et humidité ramollissent temporairement le bois | Très énergivore, risque de fissures, pièce finale fragilisée |
| Lamellé-collé | Fines lamelles encollées et pressées contre un moule courbe | Complexe, lent, gourmand en adhésifs peu écologiques |
| Traitement à la Cyrène (IIT) | Un bain biosourcé assouplit le bois massif, qui redurcit au séchage | Validé sur des feuilles minces seulement, passage à l’échelle à faire |
Essais menés sur des feuilles de bois de 1 à 5 millimètres d’épaisseur. Source : Communications Materials (2026).
Vert de bout en bout
L’atout écologique ne s’arrête pas au bain. Comme le procédé se passe des adhésifs pétrochimiques du lamellé-collé, les objets fabriqués à partir de ce bois courbé restent faciles à recycler ou à laisser se biodégrader. La Cyrène étant elle-même non toxique et tirée de la biomasse, la chaîne reste propre du début à la fin, sans compromettre la nature du bois.
Le procédé a été éprouvé sur plusieurs essences, du tilleul au balsa, en passant par le noyer de Bahia, l’okoumé et le frêne. À chaque fois, les feuilles traitées sont devenues assez souples pour se plier et s’enrouler avec peu d’effort. De quoi élargir, sur le papier, la palette des bois qu’on peut mettre en forme.
Reste à changer d’échelle
Pour l’instant, les essais n’ont encore porté que sur des feuilles minces, de un à cinq millimètres d’épaisseur.
Le prochain défi sera d’assouplir de la sorte des pièces de bois plus épaisses, celles dont on fait un meuble ou une poutre courbe. Entre une feuille de placage qu’on enroule au laboratoire et une planche massive qu’on cintre en atelier, on s’en doute, il y a encore un monde à franchir.
Si le passage à l’échelle réussit, les débouchés ne manqueraient pas : mobilier, agencement intérieur, lutherie, jouets, partout où le bois galbé a sa place. En attendant, l’équipe de Gênes a prouvé qu’on pouvait assouplir le bois autrement qu’à la vapeur ou à la colle, proprement et sans le dénaturer.
Le matériau le plus ancien de l’humanité vient d’apprendre un nouveau tour et ce ne sont certainement pas les menuisiers qui vont s’en plaindre !
Sources :
- Communications Materials, Uniform plasticization enabling large deformation of intact wood (2026)
https://www.nature.com/articles/s43246-026-01248-0
Article original décrivant le traitement Cyrène-eau, son action sur la lignine et l’hémicellulose et l’assouplissement du bois massif. - Institut italien de technologie (IIT), It bends, but does not break: a new sustainable treatment for shaping wood (15 septembre 2026)
https://www.eurekalert.org/news-releases/1144036
Communiqué officiel détaillant le procédé, l’équipe Smart Materials et les applications envisagées.



