Le futur « plus grand avion du monde » vient encore de trouver un nouveau marché potentiel qui n’avait pas été envisagé au départ : le secteur spatial

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Conçu pour livrer des pales d’éoliennes, le plus grand avion du monde en volume veut désormais transporter… des fusées entières.

À l’occasion de la conférence Air, Space & Cyber de l’Air & Space Forces Association, organisée du 14 au 16 septembre 2026 près de Washington, la start-up américaine Radia a encore fait des siennes avec son WindRunner !

Promis initialement au transport des éoliennes, puis de matériels en tout genre avant d’être proposé à l’armée pour le transport d’hélicoptères, le « monstre volant » entend cette fois-ci proposer ses services au secteur spatial.

L’appareil a été vendu comme la future solution logistique de la conquête spatiale, capable de déplacer des étages de lanceurs, des boosters et des satellites géants sans les démonter.

Après tout, quand on peut avaler six Chinook d’un coup, rotors compris, on peut transporter à peu près n’importe quoi !

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Le WindRunner veut proposer ses services au secteur spatial

De l’éolienne à la fusée

Nous suivons ce projet hors norme depuis plusieurs années chez Media24. À l’origine, le WindRunner répondait à un problème bien précis : les pales des éoliennes terrestres les plus puissantes dépassent désormais 100 mètres, et aucune route ne permet de les acheminer vers les sites isolés où le vent souffle le plus fort. La solution de Mark Lundstrom, ingénieur formé au MIT et fondateur de Radia, tenait en une idée simple : les livrer par les airs, directement sur le chantier.

Depuis, le discours s’est considérablement élargi.

Le virage militaire date de septembre 2025 : à la conférence annuelle de l’Air & Space Forces Association, Radia a présenté pour la première fois une version de défense de son avion, capable selon elle d’emporter six hélicoptères Chinook prêts à voler.

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En février 2026, lors du salon de Singapour, la start-up a fait savoir qu’elle avait répondu à un appel à informations de l’US Transportation Command, le commandement américain des transports, qui cherche des avions capables de déplacer du matériel militaire hors gabarit, dont des lanceurs spatiaux de près de 91 mètres. Le même mois, elle a recruté comme conseiller le lieutenant-général Rick Moore, ancien stratège du Pentagone, rejoint depuis par d’autres officiers généraux à la retraite, dont le général Mike Minihan, ancien patron du commandement de la mobilité aérienne de l’US Air Force. La version militaire porte désormais un nom, C-242, en référence à ses 242 000 pieds cubes de soute (environ 6 850 mètres cubes), et Radia en a présenté une mise à jour en août 2026.

L’avion des éoliennes est devenu un appareil à usage dual, civil et militaire.

Une place à prendre dans le secteur aérien

Officiellement, le C-242 ne prétend remplacer personne. Il vise un trou dans le calendrier, et ce trou est béant. L’US Air Force aligne aujourd’hui 52 C-5M Galaxy et 222 C-17 Globemaster III, qu’elle compte remplacer par un seul et même avion qui n’existe encore que sur le papier, le Next Generation Airlift. Son plan de renouvellement, publié en novembre 2025, donne le vertige : premiers exemplaires vers 2038, capacité opérationnelle en 2041, retrait des Galaxy vers 2045… et des C-17 prolongés jusqu’en 2075, soit quatre-vingts ans après la mise en service du type. En septembre 2026, le patron du commandement de la mobilité aérienne a même reconnu que l’armée de l’Air étudiait la possibilité de relancer la production du C-17, arrêtée depuis 2015. Quand on en vient à rouvrir une chaîne d’assemblage fermée depuis plus de dix ans, c’est que l’on manque cruellement de solutions.

C’est dans cette brèche que Mark Lundstrom glisse son avion. Son argument, martelé en août 2026 : le Pentagone n’aura pas sa nouvelle génération avant les années 2040, Radia promet un service une décennie plus tôt, comme un pont jeté vers l’avenir. Le patron de Radia ne se prive pas d’égratigner la flotte actuelle : le dernier Galaxy est sorti d’usine en 1989, et à peine plus d’un tiers de ces géants serait aujourd’hui en état de voler, selon ses chiffres. Son C-242 promet sept fois le volume d’un C-5 pour une charge proche de celle d’un C-17, avec la capacité de se poser sur des pistes en terre comme un C-130. Pour l’armée, Radia se dit prête à vendre ses avions ou à les louer, selon la formule préférée par le client.

Côté civil, le vide est tout aussi criant. L’Antonov An-124, pilier mondial du transport hors gabarit, a effectué son premier vol il y a plus de quarante ans, et le dernier exemplaire a quitté l’usine en 2004. Son grand frère, l’An-225 Mriya, a été détruit en 2022, au début de l’invasion russe de l’Ukraine. Aucun successeur n’est en vue. La concurrence n’est pas absente pour autant : l’US Air Force finance déjà, à hauteur de 235 millions de dollars (environ 200 millions d’euros), le démonstrateur à aile volante de la start-up californienne JetZero, attendu en vol en 2027.

Le WindRunner a encore toutefois le même argument de poids : il pourrait voler bien avant toutes ces alternatives.

Un camion volant pour lanceurs réutilisables

Les fusées, les boosters et les satellites grossissent d’une génération à l’autre, alors que les routes, les ports et les avions-cargos qui les transportent n’ont guère changé depuis des décennies. Le matériel spatial doit ainsi souvent être démonté, puis acheminé par bateau ou par convoi routier pendant des jours, voire des semaines, avec les risques qu’impose chaque manipulation sur des engins valant des centaines de millions.

Le WindRunner promet de faire le même trajet en quelques heures, avec une porte de soute à l’avant et un plancher de chargement bas pour faire rouler la cargaison à l’intérieur. Radia assure pouvoir embarquer des satellites environ deux fois plus encombrants que ceux qui voyagent aujourd’hui assemblés. L’entreprise vise aussi la récupération des lanceurs réutilisables, qu’il faut ramener de leur zone d’atterrissage vers leur base pour les relancer au plus vite. Son autre atout, c’est la piste : 1 800 mètres de terre battue lui suffisent, là où les gros porteurs classiques exigent un aéroport en dur. De quoi rejoindre des pas de tir isolés, des bases alliées ou des sites de test en pleine nature.

Autre particularité, sur le marché civil, Radia ne compte pas vendre ses avions : elle veut les exploiter elle-même et vendre des heures de transport, un peu comme une compagnie de fret à la demande.

La fiche technique du géant

Précision utile : les chiffres ont évolué au fil des présentations. En 2025, Radia annonçait un volume de soute de 7 700 mètres cubes, soit douze fois un Boeing 747, et une charge utile de 80 tonnes. Ses documents de 2026 parlent désormais de plus de 6 800 mètres cubes utiles et de 72,6 tonnes.

Le Windrunner devrait théoriquement voir le jour en 2030.
Le WindRunner devrait théoriquement voir le jour au début des années 2030.

Voici les données actuellement publiées par le constructeur :

Caractéristique WindRunner (Radia)
Longueur 108 à 109 m selon les documents
Envergure 80 m
Hauteur 24 m
Volume de soute Plus de 6 800 m³ utiles
Plus grande charge transportable 105 m de long, 10 m de large, 9 m de haut
Charge utile maximale 72,6 t
Motorisation 4 turboréacteurs (modèle non communiqué)
Vitesse de croisière Mach 0,6, environ 740 km/h
Plafond 12 525 m
Autonomie à pleine charge Environ 2 000 km
Piste nécessaire 1 800 m, revêtue ou non
Mise en service visée Début des années 2030

Ajoutons que le titre de « plus grand avion du monde » se joue ici sur le volume, pas sur le poids. En charge utile, le WindRunner reste loin derrière l’Antonov An-124, capable d’emporter 150 tonnes. Pour une fusée, en revanche, c’est le volume qui compte : un étage de lanceur est un immense tube, long et relativement léger une fois vide.

Un Toulousain dans les câbles

La France a déjà une place à bord. En juillet, au salon de Farnborough, Radia a confié au toulousain Latécoère le câblage électrique de l’appareil. Le contrat passera par sa filiale américaine, et le groupe a précisé qu’il n’entrait pas au capital du projet.

Pour le reste, l’industrie européenne se taille la part du lion. L’Italien Leonardo travaille sur le fuselage, l’Espagnol Aernnova sur la voilure et les mâts-réacteurs, le Britannique Stirling Dynamics sur l’intégration des commandes de vol. Radia revendique désormais 21 partenaires industriels et un double siège, à Boulder, dans le Colorado, et à Rome.

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Le géant volera-t-il ?

Le géant a un talon d’Achille, et il est financier. Radia a levé environ 150 millions de dollars (quelque 128 millions d’euros) depuis sa création, alors que le développement complet du programme est estimé à environ 3 milliards d’euros par le quotidien économique italien Il Sole 24 Ore.

En juillet, l’entreprise préparait une nouvelle levée de fonds pour financer la certification et la production. Le calendrier, lui, a déjà glissé : la mise en service, un temps annoncée pour 2029, est désormais visée au début des années 2030.

Le pari spatial comporte aussi un paradoxe. Le WindRunner suppose un monde où l’on fabrique les fusées loin de leurs pas de tir. SpaceX, le premier lanceur de la planète, fait l’inverse : ses Starship sont assemblés à Starbase, au Texas, à quelques centaines de mètres de la rampe d’où ils décollent, justement pour ne jamais avoir à les transporter. Si l’industrie spatiale suit ce modèle, le camion volant de Radia devra se contenter des satellites et des boosters récupérés.

S’il faut en plus convaincre les investisseurs de miser des milliards sur ce marché, la course contre la montre ne fait que commencer !

Sources principales :

  • Radia, Radia Showcases WindRunner for Responsive Space Logistics at AFA Air, Space & Cyber Conference (9 septembre 2026)
    https://radia.com/media/radia-showcases-wind-runner-for-responsive-space-logistics-at-afa-air-space-and-cyber-conference
    Communiqué de Radia présentant les applications spatiales du WindRunner.
  • Aviation WeekRadia Responds To U.S. Transcom RFI On WindRunner (4 février 2026)
    https://aviationweek.com/defense/aircraft-propulsion/radia-responds-us-transcom-rfi-windrunner
    Réponse de Radia à l’appel à informations du commandement américain des transports.
  • BriefGlanceRadia Taps Top USAF General to Guide Its Giant WindRunner Aircraft (19 février 2026)
    https://briefglance.com/articles/radia-taps-top-usaf-general-to-guide-its-giant-windrunner-aircraft
    Nomination du lieutenant-général Rick Moore comme conseiller, annoncée au symposium de l’AFA.
  • Global Defense CorpRadia is building the world’s largest WindRunner transport aircraft (21 août 2026)
    https://www.globaldefensecorp.com/2026/08/21/radia-is-building-the-worlds-largest-windrunner-transport-aircraft/
    Origine du nom C-242, tiré des 242 000 pieds cubes de soute.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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