Que devient un avion quand il ne vole plus ? À Toulouse, une entreprise appartenant à Airbus, Safran et Suez a la réponse.
Le 16 juin 2026, l’entreprise TARMAC Aerosave (Tarbes Advanced Recycling & Maintenance Aircraft Company) a ouvert une concertation publique, jusqu’au 15 septembre, sur l’agrandissement de son site de Toulouse-Francazal, à Cugnaux (Haute-Garonne).
Cela confirme l’excellente dynamique installée par l’entreprise, connue comme une des seules au monde capable de recycler des avions géants de bout en bout, à commencer par le plus colossal d’entre eux : l’A380.
Si vous ne l’avez pas lu, nous vous invitons à lire notre article dédié à TARMAC Aerosave avant de lire la suite :
TARMAC Aerosave, numéro un mondial du recyclage d’avions, veut construire à Francazal une plateforme de déconstruction
L’idée qui a poussé à la création de TARMAC Aerosave en 2007, c’est de pouvoir assurer aux compagnies aériennes une prise en charge complète du cycle de vie de l’avion, du stockage jusqu’à la dernière vis.
Quand un appareil part à la casse, ses pièces encore bonnes (moteurs, trains d’atterrissage, avionique) sont démontées, certifiées et réinjectées sur le marché de l’occasion ; les métaux comme l’aluminium, le titane ou le cuivre sont triés puis revendus aux filières de recyclage.
Depuis sa création, l’entreprise a accueilli plus de 1 470 avions, relivré plus de 1 000 appareils en service, et démantelé plus de 360 avions et 190 moteurs. En 2019, elle a réalisé une première mondiale en recyclant un Airbus A380 (l’avion le plus grand du monde, 73 mètres d’envergure dont elle a valorisé plus de 90 % de la masse).

D’ici 2034, le marché mondial du recyclage aéronautique devrait « exploser » et atteindre 11,24 milliards d’euros contre 4,6 milliards d’euros en 2024, soit 2,5 fois plus en moins de 10 ans ! Airbus estime que près de 19 000 avions plus anciens seront remplacés au cours des vingt prochaines années, générant environ 44 milliards d’euros en pièces et matériaux réutilisables. C’est une industrie entière qui s’invente et TARMAC a donc logiquement besoin de s’agrandir s’il veut suivre le marché.
Ce que TARMAC veut construire à Francazal
Sur un terrain aujourd’hui vacant, en bordure ouest du tarmac de l’aéroport, TARMAC Aerosave projette deux installations principales.
D’abord un bâtiment de maintenance avec trois places pour avion, quadruplant ainsi la capacité de maintenance.
Ensuite, et c’est la vraie nouveauté, une plateforme de démantèlement et de recyclage. Le reste, bureaux, ateliers et zones de stockage, viendra compléter l’ensemble.
Mourir sur place plutôt qu’un dernier vol vers Tarbes
TARMAC Aerosave exploite actuellement trois centres en Europe : Tarbes, son berceau historique dans les Hautes-Pyrénées, Teruel en Espagne, et Toulouse-Francazal. Aujourd’hui, Francazal sait stocker les avions, les entretenir, entamer leur démontage. Mais la déconstruction complète, la mise en pièces finale, se fait à Tarbes.

L’effet immédiat est qu’un avion garé à Francazal et bon pour la casse doit d’abord subir la maintenance nécessaire pour être déclaré apte à voler, le temps d’un ultime trajet jusqu’à Tarbes, avant d’y être démoli. On remet en état de vol un appareil… pour mieux le détruire (ce qui est un brin dommage nous en conviendrons).
Avec la future plateforme, ce dernier voyage n’aura plus lieu d’être : l’avion pourra être déconstruit là où il a fini sa carrière, ce qui permettrait un vol en moins, du kérosène économisé et une logistique allégée.
Francazal, l’ancienne base militaire devenue campus de l’aviation verte
Historiquement, Francazal fut la première base aérienne de l’armée française, née en 1934, avant d’être dissoute en 2009 dans la réforme de la carte militaire. Depuis, Toulouse Métropole y façonne un « Campus des mobilités innovantes et décarbonées », sur une trentaine d’hectares au sud-ouest de la ville rose.
Le voisinage proche de TARMAC a d’ailleurs fière allure puisque juste à côté, l’entreprise AURA AERO construit son usine, baptisée AURA Factory, pour fabriquer deux familles d’avions électriques et hybrides, dont l’ERA, un appareil régional de 19 places. L’investissement dépasse les 200 millions d’euros, et le site vise environ 1 600 emplois à pleine cadence en 2033, avec une production de quelque 150 avions par an.
Un peu plus loin s’installe un Technocampus dédié à l’hydrogène vert.
Trois activités, une même logique : rassembler sur un ancien terrain militaire la fabrication d’avions propres, la recherche sur l’hydrogène et le recyclage des appareils en fin de vie.
De quoi conforter la place de la région toulousaine comme capitale européenne de l’aéronautique.
Une concertation qui doit peser le pour et le contre
Reste que le projet d’agrandissement n’est pas encore assuré. Il devra avant tout passer par la « case » concertation publique qui ne manquera pas de revenir sur l’héritage du terrain, qui après des décennies d’activité militaire, traîne des pollutions résiduelles des sols, hydrocarbures et métaux lourds en tête, qu’il faudra traiter.
Les friches du secteur abritent aussi des espèces protégées : des rapaces comme l’Aigle botté et le Milan noir viennent y chasser, aux côtés de chauves-souris et de plantes rares.
Autre point sensible, le bruit. Une partie de la découpe des avions, à la cisaille, se fait en extérieur, sur les aires de démantèlement. Or les premières habitations se trouvent à 60 mètres à peine, et une crèche à moins de 300 mètres. Dans son avis rendu fin 2025, l’Autorité environnementale a d’ailleurs demandé que les impacts sonores et la qualité de l’air soient mieux évalués, en tenant compte de l’ensemble des activités du secteur. Le dossier de TARMAC, moins avancé que celui de son voisin AURA AERO, devra encore être consolidé avant sa propre demande d’autorisation.
La concertation se referme le 15 septembre. Si le projet passe l’épreuve de l’enquête et convainc les riverains, Francazal deviendra l’un des rares endroits au monde où l’on saura à la fois donner naissance à un avion et lui offrir une seconde vie une fois au sol.
Sources :
TARMAC Aerosave, Lancement de la concertation publique pour l’agrandissement du site de Toulouse-Francazal (16 juin 2026)
https://www.registre-numerique.fr/tarmac-aerosave-francazal
Registre officiel de la concertation, avec le calendrier, les réunions publiques et le contenu du projet.
Autorité environnementale (IGEDD), Avis délibéré n° 2025-120 sur la construction d’un site industriel pour l’aviation civile à Cugnaux (4 décembre 2025)
https://www.igedd.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/1_-_construction_d_un_site_industriel_pour_l_aviation_civile_a_cugnaux_31__cle59e616.pdf
Détail des installations projetées par TARMAC et enjeux environnementaux du secteur de Francazal.
Safran, TARMAC Aerosave : comment fonctionne le recyclage d’avions ? (mai 2022)
https://www.safran-group.com/fr/actualite/tarmac-aerosave-comment-fonctionne-recyclage-avions-2022-05-17
Présentation du modèle de l’entreprise, de son actionnariat et de ses métiers.
Le Journal des Entreprises, Tarmac Aerosave accroît ses capacités industrielles à Tarbes (juillet 2024)
https://www.lejournaldesentreprises.com/article/tarmac-aerosave-accroit-ses-capacites-industrielles-tarbes-2100375
Chiffres récents de l’entreprise (effectifs, chiffre d’affaires, taux de valorisation).




