Le parc de bornes de recharge ouvertes au public en France est prêt à exploser.
En trois ans, le nombre de bornes de recharge ouvertes au public en France a doublé, pour dépasser aujourd’hui 200 000 points de charge, dont près de 195 000 raccordés directement par Enedis. Sur le réseau autoroutier concédé, le compteur est au maximum : 100 % des aires de service disposent désormais d’au moins une borne de recharge haute puissance, soit 393 aires sur les 422 que compte le réseau national autoroutier (côté périmètre Enedis).
La puissance cumulée atteint environ 0,5 GW, l’équivalent d’un peu moins d’un demi-réacteur nucléaire de nouvelle génération, réparti le long des 9 100 kilomètres d’autoroutes concédées françaises. Un parc qui a suffi, jusqu’ici, à accompagner les départs en week-end et les grandes migrations estivales.
Pour la décennie qui vient, il va falloir changer d’échelle mais la France a déjà sa feuille de route.
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Enedis, les sociétés concessionnaires d’autoroutes et l’État veulent porter la puissance de recharge installée sur les aires du réseau concédé de 0,5 à 4,4 gigawatts d’ici 2035
Les 1 000 aires en ligne de vue
À horizon 2035, le gouvernement, les concessionnaires, les opérateurs de recharge et Enedis ont planifié ensemble l’installation de 4,4 GW de puissance sur les aires du réseau routier national. Cela représente environ 22 000 points de charge dédiés aux véhicules légers, auxquels s’ajoutent 8 200 points pour les poids lourds. Près de 1 000 aires devront être équipées ou renforcées, soit un doublement du nombre d’aires concernées et une multiplication par presque dix de la puissance installée.
Le chiffre de 4,4 GW recoupe les projections publiées dès 2021 par Enedis et RTE, qui estimaient les besoins pour les seuls véhicules légers entre 2 et 5 GW à horizon 2035, soit 4 à 12 MW en moyenne par aire. L’ajout des poids lourds et le choix d’une trajectoire volontariste expliquent la cible aujourd’hui annoncée.
État des lieux et objectifs 2035 :
| Indicateur | Aujourd’hui | Objectif 2035 |
|---|---|---|
| Aires équipées sur le réseau concédé | 393 aires (100 % du réseau concédé) | près de 1 000 aires sur le réseau routier national |
| Puissance totale installée | environ 0,5 GW | 4,4 GW (× 10) |
| Points de charge véhicules légers (autoroute) | quelques milliers | environ 22 000 |
| Points de charge poids lourds (autoroute) | quelques dizaines | environ 8 200 (sur 560 aires) |
| Parc français de véhicules 100 % électriques | 2 millions (août 2026) | 15 à 18 millions selon scénarios |
| Coût des raccordements au réseau électrique | supporté au fil de l’eau | environ 436 millions d’euros cumulés |
Un parc électrique qui a changé d’échelle
Le calendrier colle à la réalité du marché. En août 2026, le parc roulant français a franchi le cap des 2 millions de véhicules 100 % électriques, selon l’AVERE-France. Le même mois, la part de marché des véhicules électriques sur les voitures particulières neuves a atteint 38,8 %, un record. Depuis le début de l’année, le pays enregistre entre 33 000 et 55 000 immatriculations électriques par mois.
À ce rythme, les projections gouvernementales tablent sur un parc compris entre 15 et 18 millions de véhicules électriques en 2035. Cette montée en charge pose une question très concrète : comment faire tenir, sur 1 000 aires d’autoroute, l’équivalent de la consommation de pointe d’une grande métropole française ?
La réponse va se construire à huit mains.
Enedis, les concessionnaires, les opérateurs et l’État
Le réseau concédé français est exploité par une poignée de sociétés concessionnaires d’autoroutes, parmi lesquelles Vinci Autoroutes (le plus gros gestionnaire), APRR et Sanef. Côté bornes, le paysage s’est consolidé autour de six acteurs qui se partagent les aires : TotalEnergies, Ionity, Fastned, Tesla Supercharger, Electra et le réseau Mobilize Fast Charge. Les tarifs oscillent de 0,29 à 0,69 euro le kilowattheure, les puissances de 150 à 400 kW.
Enedis, en bout de chaîne, assure le raccordement de ces stations au réseau public de distribution. L’opérateur a publié début septembre 2026 une procédure dérogatoire pour accélérer le traitement des demandes de raccordement liées aux aires autoroutières. Un détail de forme qui en dit long sur l’enjeu réel : les délais de raccordement varient de 12 à 36 mois selon la puissance demandée et les travaux de renforcement nécessaires. Rater le planning, c’est voir une aire livrée sans courant !
L’État, de son côté, a arrêté en mai 2026 le schéma directeur national des infrastructures de recharge sur le réseau routier national. Il chiffre à environ 436 millions d’euros le coût global des raccordements à réaliser d’ici 2035. Et il introduit une synergie clé : sur 90 % des aires, la puissance déployée pour les véhicules légers doit permettre de couvrir les besoins initiaux des poids lourds, sans multiplier les raccordements.
Le vrai saut, c’est le camion
Car la montée en puissance des bornes voitures n’est que la moitié de l’histoire. L’autre moitié, c’est le poids lourd. Bruxelles impose aux constructeurs de camions une réduction de 90 % des émissions de CO2 de leurs flottes neuves d’ici 2040. Autrement dit, les Mercedes eActros, Volvo FH Electric et autres Renault Trucks E-Tech vont devoir remplacer, à grande vitesse, le parc diesel.

Pour tenir le choc, l’industrie a défini une nouvelle norme de recharge, le MCS (Megawatt Charging System). Chaque borne délivre entre 1 et 1,5 mégawatt, soit dix fois ce qu’une borne rapide « voiture » offre aujourd’hui. Un poids lourd peut ainsi récupérer 4 h 30 d’autonomie en moins de 45 minutes, le temps réglementaire de la pause chauffeur. Le règlement européen AFIR impose, à horizon 2030, une borne MCS tous les 120 kilomètres sur les grands corridors du continent.
En France, le premier site public a été inauguré le 2 octobre 2026 à Vierzon, par Voltix, la filiale de Vinci Concessions dédiée au fret électrique. Quatre points de recharge MCS de 1,5 MW chacun, à la croisée des autoroutes A20, A71 et A85. Voltix a levé 90 millions d’euros auprès de l’Ademe, d’Épopée Gestion et de financements européens pour en déployer une vingtaine d’ici 2027, en France, en Espagne et en Allemagne. L’objectif gouvernemental pour 2035 est bien plus ambitieux encore : 30 000 points de recharge en itinérance pour poids lourds, répartis sur 560 aires.
Trois ans pour anticiper
Un raccordement de forte puissance mobilise jusqu’à trois ans entre les études, les autorisations administratives et les travaux de renforcement du réseau. Mathias Povse, directeur Clients et Territoires d’Enedis, résume le pari : « Avec les sociétés concessionnaires d’autoroutes, nous construisons dès aujourd’hui les solutions électriques qui accompagneront les nouvelles mobilités électriques sur les grands axes routiers nationaux. »
Pour les automobilistes, le changement sera progressif mais tangible. Fini le stress du dimensionnement limite sur l’aire bondée du 15 août : les trois quarts des aires concernées verront leur puissance au moins doublée d’ici 2030, et nombre d’entre elles basculeront vers des stations de 10 à 15 points de charge de 300 à 400 kW. Pour les transporteurs, le pari est plus audacieux encore. Faire basculer une industrie de 600 000 poids lourds vers l’électrique en moins de quinze ans, avec un réseau de recharge à construire presque intégralement, demandera un rythme de travail que peu de filières énergétiques ont connu depuis le programme nucléaire des années 1970.
Sources :
- Enedis, Recharge électrique sur autoroute : Enedis et les concessionnaires d’autoroutes se mobilisent pour multiplier par 10 la puissance de recharge d’ici 2035 (6 octobre 2026)
https://www.enedis.fr/presse/recharge-electrique-sur-autoroute-enedis-et-les-concessionnaires-dautoroutes-se-mobilisent
Communiqué de presse : chiffres clés (393 aires sur 422, 0,5 GW actuels, 4,4 GW à horizon 2035, mille aires à équiper). - Observatoire de la mobilité durable (Enedis), Infrastructures de recharge, condition essentielle à l’essor de la mobilité électrique
https://observatoire.enedis.fr/mobilite-durable
Chiffres consolidés du parc raccordé (195 356 points fin mai 2026, cible 400 000 d’ici 2030). - AVERE-France, Baromètre août 2026 : nouveau record avec 38,8 % de part de marché pour les voitures particulières (11 septembre 2026)
Franchissement du cap des 2 millions de véhicules 100 % électriques dans le parc roulant. - Vinci Autoroutes, Voltix inaugure la station de recharge la plus puissante de France dédiée aux poids lourds électriques (1er octobre 2026)
https://www.vinci-autoroutes.com/fr/actualites/services-et-aires/voltix-station-de-recharge-puissante-pour-les-poids-lourds-electriques/
Première station publique MCS française à Vierzon, 4 bornes de 1,5 MW, croisement A20/A71/A85.



