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Ce moteur chinois bat un record du monde de rendement et devient surtout le 1er moteur de voiture électrique de série à utiliser un alliage amorphe : le Quark 2.0

Par Guillaume Aigron

7 min de lecture

Ce moteur chinois bat un record du monde de rendement et devient surtout le 1er moteur de voiture électrique de série à utiliser un alliage amorphe : le Quark 2.0
Le GAC Quark 2.0 avec son premier prix lors des Science and Technology Awards de la China Society of Automotive Engineers le 28 octobre 2026 – crédit : GAC.

Un moteur qui va asseoir encore un peu plus la domination chinoise sur les voitures électriques.

Prenez un ruban de métal de 0,025 millimètre d’épaisseur, cinq fois plus fin qu’un cheveu humain, et déchirez-le à la main comme une feuille de papier.

Bravo ! Vous venez de manipuler ce que les métallurgistes appellent un verre métallique, ou alliage amorphe.

Les chercheurs chinois viennent de réussir à industrialiser le processus… pour équiper ce moteur dont le rendement de pointe atteint 99,03 %, un record mondial et quasiment la limite théorique du possible !

Trois modèles chinois produits en masse en sont désormais équipés, et des mesures en conditions réelles sur l’autoroute circulaire de l’île de Hainan annoncent une consommation descendue à 8,571 kWh aux 100 kilomètres, un chiffre record qui pourrait bien donner un coup d’accélérateur supplémentaire à un marché qui explose.

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Pour comprendre ce qu’est un alliage amorphe, il faut visualiser ce qui se passe quand on refroidit un métal fondu.

Dans un cas normal, les atomes ont tout le temps de s’arranger en réseau cristallin bien ordonné : c’est le cas de l’acier, du cuivre, de l’aluminium. Si on refroidit au contraire extrêmement vite, à des vitesses de l’ordre d’un million de degrés par seconde, les atomes n’ont plus le temps de se ranger. Ils restent figés dans la position chaotique qu’ils avaient à l’état liquide. Le métal ressemble alors, structurellement, à du verre : désordre total, mais rigidité d’un solide. D’où son nom de verre métallique, inventé dans les années 1960 au Caltech en Californie.

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L’intérêt pour un moteur électrique est énorme. Un alliage amorphe perd beaucoup moins d’énergie sous forme de chaleur lorsqu’on fait varier rapidement son champ magnétique. En clair, le métal du stator chauffe moins, donc gaspille moins.

On parle de perte fer en jargon de constructeur, et le passage de l’acier au silicium classique à l’alliage amorphe divise cette perte par quatre à cinq. Les verres métalliques sont déjà utilisés depuis les années 1980 dans les transformateurs électriques japonais et américains, pour économiser l’énergie sur le réseau. Mais les appliquer à un moteur de voiture était jusqu’ici un casse-tête industriel : le métal est tellement fin, tellement cassant, qu’il est très difficile à découper proprement, à empiler et à enrouler autour d’un bobinage sans le fissurer. Les Chinois viennent de le réussir.

Le Quark 2.0 de GAC, 99 % de rendement et un prix d’État

Le 28 octobre 2026, à Suzhou, les Science and Technology Awards de la China Society of Automotive Engineers ont décerné leur premier prix au GAC Quark 2.0, un ensemble de motorisation développé par le constructeur automobile de Guangzhou en partenariat avec l’Institut de Dongguan de l’Académie des Sciences chinoise. L’avancée a été reconnue pour deux raisons.

D’abord, l’efficacité. Le CAERI, l’organisme chinois officiel de certification automobile, a mesuré le rendement de pointe du moteur à 99,03 %. C’est-à-dire que sur 100 kilowattheures tirés de la batterie, 99 arrivent effectivement aux roues, et un seul part en chaleur dans les enroulements et le cœur magnétique. À titre de comparaison, les meilleurs moteurs Tesla culminent autour de 97-98 %, les moteurs ZF ou Bosch équivalents entre 95 et 97 %. Chaque pour cent arraché au gaspillage thermique se traduit directement en kilomètres d’autonomie gagnés.

Ensuite, la densité de puissance. Le Quark 2.0 délivre 17,29 kilowatts par kilogramme de moteur, et monte à 30 000 tours par minute, soit l’équivalent d’une turbine à gaz industrielle. Un stator de 0,025 mm d’alliage amorphe, un rotor dont le manchon de maintien est en fibre de carbone épais d’à peine un millimètre, et l’ensemble est intégré dans une boîte « 12 en 1 » qui regroupe moteur, transmission, onduleur et refroidissement en un seul bloc. GAC annonce une baisse de perte fer de 50 % par rapport à l’acier au silicium ultra-fin utilisé jusqu’ici sur les moteurs haut de gamme chinois.

En conduite normalisée CLTC, cela se traduit par environ 4 % de consommation en moins, soit 30 à 50 kilomètres d’autonomie gagnés sur un cycle complet.

Fiche technique du GAC Quark 2.0 (alliage amorphe)

Trois modèles équipés, 100 000 moteurs par an

Jusqu’ici, l’alliage amorphe dans un moteur de voiture restait un démonstrateur de laboratoire. Hitachi avait présenté un prototype en 2015 avec classification IE5 (le top du top en rendement), le franco-sino-saoudien Horse Powertrain (coentreprise Renault, Geely et Aramco) a sorti son propre prototype en mars 2026.

Aucun de ces moteurs n’est cependant encore jamais sorti d’usine à la cadence industrielle. GAC vient de passer ce cap. Sa filiale RuiPai Powertrain assemble le Quark 2.0 à Guangzhou avec une capacité initiale de 100 000 unités par an, et des modèles de série circulent déjà sur les routes chinoises depuis septembre, sous les marques Hyptec et Aion, filiales premium et grand public du groupe. Un sauvetage de la galère thermique que les stators subissent depuis l’invention du moteur électrique à aimants permanents.

Les conséquences se chiffrent vite. Sur l’autoroute circulaire de l’île de Hainan, dans le sud du pays, GAC a mené des tests en conditions réelles avec plusieurs familles de volontaires, bagages dans le coffre et climatisation allumée. La consommation moyenne mesurée est descendue à 8,571 kilowattheures aux 100 kilomètres. À titre de comparaison, une Tesla Model 3 tourne autour de 13 à 15 kWh aux 100 km, une Renault Zoe entre 15 et 17, et la plupart des petites citadines électriques chinoises comme la BYD Seagull entre 10 et 12.

Ce chiffre de 8,5 kWh aux 100 km place la voiture équipée d’un Quark 2.0 dans une catégorie à part, celle des véhicules qui parcourent 100 kilomètres avec l’énergie d’un chauffe-eau électrique en une heure de chauffe !

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L’Europe en course, mais derrière

Contrairement à ce que certains commentaires (déjà prêts à être publiés, nous sommes persuadés) vont tenter de relever, les industriels européens n’ont pas raté le train de l’alliage amorphe, loin s’en faut.

L’allemand VACUUMSCHMELZE, basé à Hanau, produit depuis des années les meilleurs rubans amorphes au monde, vendus à Hitachi Metals au Japon, à Metglas aux États-Unis et à une poignée d’intégrateurs industriels. En mars 2026, Horse Powertrain, la coentreprise franco-sino-saoudienne qui fabrique les motorisations des Renault, Dacia, Geely et Mitsubishi, a annoncé un moteur électrique amorphe atteignant 98,2 % de rendement, destiné à équiper à terme des véhicules de série. Siemens, Bosch et ZF travaillent dans leurs laboratoires sur le même sujet, et la filière française de l’acier électrique, portée notamment par Aperam et ArcelorMittal, étudie de son côté les parades à l’arrivée d’un métal concurrent sur le marché des tôles pour moteurs.

Là où le Quark 2.0 va faire un bond, c’est bien dans l’échelle de production annoncée. Produire 100 000 moteurs amorphes par an est un défi industriel de tous les instants. Il faut maîtriser la trempe ultra-rapide du métal, la découpe propre du ruban, l’empilage, l’enrubannage, la résistance aux vibrations et aux chocs thermiques d’un moteur qui tourne entre 0 et 30 000 tours par minute. La Chine vient donc de prendre, sur ce dossier précis, une avance d’un à trois ans sur l’Europe… et dans le domaine des voitures électriques, trois ans c’est trèèèèèèès long.

Selon les prévisions BloombergNEF publiées en juin 2026, le marché mondial pèsera cette année plus de 23 millions de voitures particulières électriques vendues, soit 27 % des immatriculations auto mondiales, contre seulement 9 % il y a cinq ans. La Chine en concentre à elle seule 63 % des ventes, et devrait rester majoritaire jusqu’en 2030 selon les mêmes projections, avant que les VE représentent la moitié des voitures neuves vendues dans le monde à l’horizon 2035. Le marché des moteurs à alliage amorphe pourrait peser plusieurs milliards d’euros à l’horizon 2030, et siphonner d’autant celui des aciers au silicium pour motorisation, qui est aujourd’hui dominé par le Japonais Nippon Steel et l’Allemand ThyssenKrupp.

La prochaine bataille industrielle de l’électromobilité se joue déjà dans les petits détails de métallurgie !

Sources principales :

CarNewsChina — GAC’s 99.03% efficient Quark 2.0 drive takes first prize in China’s 2026 engineering awards (3 novembre 2026)

GAC’s 99.03% efficient Quark 2.0 drive takes first prize in China’s 2026 engineering awards


Caractéristiques techniques détaillées du Quark 2.0, prix China-SAE 2026, voitures équipées, production RuiPai Powertrain.

People’s Daily Online — Tearable “steel” makes China’s electric vehicles more efficient (4 novembre 2026)
http://en.people.cn/n3/2026/1104/c90000-20515500.html
Vulgarisation de la technologie alliage amorphe pour moteurs de VE, mesures sur l’autoroute de Hainan.

GasGoo Auto News — GAC Partners with CAS Dongguan Institute, Achieving World’s First Mass Production of Amorphous Alloy E-Drive
https://autonews.gasgoo.com/articles/news/gac-partners-with-cas-dongguan-institute-achieving-worlds-first-mass-production-of-amorphous-alloy-e-drive-2103044235011239936
Détails du partenariat GAC + Institut de Dongguan de l’Académie des Sciences chinoise, première mondiale en production de masse.

Drives & Controls — Motor with amorphous steel stator achieves ‘leading’ 98.2% efficiency (Horse Powertrain, mars 2026)

Motor with amorphous steel stator achieves ‘leading’ 98.2% efficiency


Prototype européen de moteur amorphe développé par Horse Powertrain (JV Renault + Geely + Aramco).

Hitachi Hyoron — Amorphous Motor with IE5 Efficiency Class (2015)
https://www.hitachihyoron.com/rev/pdf/2015/r2015_08_109.pdf
Référence historique japonaise sur le moteur amorphe en démonstrateur industriel.

Proterial (ex-Hitachi Metals) — Amorphous alloy (Metglas™)
https://www.proterial.com/e/products/soft_magnetism/metglas.html
Fiche technique de référence sur la famille de rubans amorphes commercialisés depuis les années 1980.

BloombergNEF — Electric Vehicle Outlook 2026 : Global EV Sales Set For Another Record-Breaking Year (juin 2026)
https://about.bnef.com/insights/clean-transport/bloombergnefs-electric-vehicle-outlook-2026-global-ev-sales-set-for-another-record-breaking-year-but-growth-in-some-major-markets-slows/
Prévisions mondiales 2026 : 23 millions de VE vendus, 27 % du marché auto, part de la Chine 63 %, projections à 2030 et 2035.

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