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De retour sur Terre, la nouvelle recordwoman européenne Sophie Adenot revient sur son incroyable voyage et ses trois sorties dans l’espace

Par Guillaume Aigron

7 min de lecture

De retour sur Terre, la nouvelle recordwoman européenne Sophie Adenot revient sur son incroyable voyage et ses trois sorties dans l’espace
Sophie Adenot lors de la conférence de presse au siège parisien de l'ESA - crédit : Média24

Elle a marché trois fois dans le vide spatial, battu le record européen de durée en orbite et soulevé de la fonte à 400 kilomètres d’altitude. De retour sur Terre, c’est pourtant le bruit de la pluie sur une fenêtre de toit qui l’a émerveillée.

Ce lundi 2 novembre, Sophie Adenot a donné une conférence de presse, un peu moins d’un mois après son retour sur Terre.

Le 8 octobre, la capsule Crew Dragon Freedom avait amerri au large de la Californie et mis fin à la mission Epsilon, près de huit mois passés à bord de la Station spatiale internationale (ISS). Devant les journalistes, l’astronaute française de l’ESA (Agence spatiale européenne) a raconté ses sorties dans l’espace, son entraînement hors norme et son retour à la gravité. Elle l’a fait avec un mélange de précision d’ingénieure et d’émerveillement intact.

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L’histoire a commencé dans une chambre d’adolescente de la Nièvre, tapissée de posters de fusées. En 1996, Sophie Adenot avait 14 ans quand Claudie Haigneré s’est envolée pour la station russe Mir. Le déclic a été immédiat : si une Française l’avait fait, la porte existait.

La suite ressemble à un parcours d’obstacles franchis un à un. Elle obtient son diplôme d’ingénieure à l’ISAE-SUPAERO de Toulouse, puis un master au MIT, à Boston (sur l’adaptation du cerveau à la gravité artificielle) avant de partir concevoir des cockpits d’hélicoptères chez Airbus.

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En 2005, elle entre dans l’armée de l’Air pour piloter des hélicoptères de recherche et de sauvetage, avec deux séjours en Afghanistan. Elle transporte ensuite les plus hautes autorités de l’État. En 2018, elle devient la première Française pilote d’essai d’hélicoptères, le métier qui consiste à pousser un appareil dans ses retranchements pour vérifier qu’il tient ses promesses. Au total, elle cumule plus de 3 000 heures de vol sur 22 types d’appareils.

En novembre 2022, l’ESA la retient parmi environ 22 500 candidats. Le 13 février 2026, elle décolle de Floride avec l’équipage Crew-12, aux côtés des Américains Jessica Meir et Jack Hathaway et du Russe Andreï Fedyaev, devenant ainsi la deuxième Française dans l’espace, un quart de siècle après le dernier vol de son modèle.

Huit mois de science en apesanteur

À bord, Sophie Adenot a mené plus de 200 expériences. Sept d’entre elles avaient été préparées spécialement pour sa mission par le Cadmos, le centre du CNES (Centre national d’études spatiales) installé à Toulouse qui conçoit et suit les expériences en micropesanteur. Selon ses propres calculs, elle a consacré 414 heures à la science. Pendant la conférence, Sophie a insisté sur un point méconnu : l’astronaute ne passe parfois que deux minutes sur une expérience, alors que des équipes entières y ont parfois travaillé pendant des années en amont ! Les expériences venaient de tous les continents. Elle a gardé un faible pour la médecine et la physiologie du sport, dont les retombées sur Terre sont les plus directes, et un souvenir ému des échanges avec les équipes françaises, quand une expression bien de chez nous venait égayer des procédures récitées en anglais.

Le 3 septembre, elle est devenue l’astronaute européenne, hommes et femmes confondus, ayant passé le plus de temps d’affilée dans l’espace. Ce séjour prolongé l’inquiétait pour une raison très concrète. « En tant que femme de 44 ans, j’avais peur de revenir avec une densité osseuse et une masse musculaire inférieures », a-t-elle confié. En apesanteur, le squelette ne porte plus rien et se déminéralise, un peu comme chez une personne alitée pendant des mois.

Sa parade a été l’ARED (Advanced Resistive Exercise Device), la machine de musculation de la station, qui simule des charges grâce à des cylindres à vide. Elle s’est fixé une règle simple. « Toutes les semaines, j’augmentais de quelques pour cent, et je n’ai jamais baissé. » Au retour, une chercheuse chargée de mesurer sa densité osseuse a cru à une erreur de son appareil : les valeurs semblaient supérieures à celles d’avant le départ. Les mesures de la hanche ont confirmé la tendance. Sophie Adenot reste prudente : les scientifiques analysent encore les données, et le lien de cause à effet n’est pas établi.

Sophie Adenot a battu le record européen du plus long séjour sur l'ISS (hommes et femmes confondus) - crédit : Média24
Sophie Adenot a battu le record européen du plus long séjour sur l’ISS (hommes et femmes confondus) – crédit : Média24

Trois sorties, trois plans de secours

En trois semaines, Sophie Adenot a effectué trois sorties extravéhiculaires, c’est-à-dire des opérations menées hors de la station, en scaphandre, au bout d’une ligne de vie.

Le 18 août, elle est devenue la première Française à travailler dans le vide spatial.

Les 3 sorties :

Date Coéquipier Objectif Bilan
18 août 2026 Anil Menon (NASA) Remplacer une antenne de communication avec le sol Ancienne antenne déconnectée, remplacement inachevé à cause de vis et de connecteurs récalcitrants
25 août 2026 Anil Menon (NASA) Achever l’installation de l’antenne Nouvelle antenne installée, après un itinéraire improvisé
1er septembre 2026 Jessica Meir (NASA) Remplacer le rétroréflecteur du module Harmony et une caméra Mission accomplie, première sortie dirigée par Sophie Adenot, avec un équipage 100 % féminin

Elle a résumé l’exercice d’une formule : « une aventure dans l’aventure ». Chaque geste compte. Une vis lâchée devient un projectile, et un faux mouvement peut mettre en danger toute l’équipe. Derrière les deux astronautes, une centaine de personnes au sol suivent la sortie, réparties dans deux salles de contrôle. Le contraste l’a frappée : la Terre immense sous ses pieds, et toute son attention sur une vis de quelques millimètres. Elle a comparé la sensation à celle d’un randonneur qui descend de voiture au pied d’une falaise : le paysage est le même, mais sans la carrosserie, tout change.

La deuxième sortie a viré au casse-tête. Pour rejoindre l’antenne de rechange, il fallait emprunter un trajet qu’aucun astronaute n’avait parcouru depuis 2009. Le plan A n’a pas fonctionné comme prévu. Le plan B non plus, car son sac à dos de survie risquait de se coincer. Le plan C imposait un détour épuisant. Elle a improvisé un plan D en combinant les options préparées avec le sol. Arrivée au bout de la station, elle n’avait plus que la Terre devant elle. « Ce n’était pas de la peur, mais une sensation un peu dépassée », a-t-elle raconté.

La troisième sortie n’a pas été plus simple. Pour atteindre le rétroréflecteur, une cible optique qui guide les vaisseaux lors de l’amarrage, elle a dû se faufiler entre les câbles, sans caméra pour l’aider. « J’avais l’impression d’être un ballon de baudruche dans un champ de cactus. » Elle s’en est sortie en avançant à la force des bras le long du module européen Columbus.

Réapprendre la gravité

Le retour a réservé ses propres surprises. Pendant huit mois, elle n’avait jamais rien fait tomber. Pendant ses huit premiers jours sur Terre, elle a rattrapé des objets au vol, sous les rires de ses proches. Aujourd’hui encore, son cerveau proteste devant une table garnie. « Quand je vois des objets posés, je me dis qu’ils vont s’envoler. » Son corps a eu ses propres réclamations : des courbatures dans des muscles oubliés, jusque sous la plante des pieds.

Parmi les petits bonheurs de son retour, il y a eu la pluie !

Sur Terre, c’est un bruit de fond auquel personne ne prête attention. Pour elle, c’était un petit miracle. « La première fois que j’ai entendu la pluie tomber sur un Velux, j’ai été émerveillée », a-t-elle confié.

Officiellement, la mission n’est pas terminée. Les astronautes restent en mission six mois après leur retour, soit jusqu’au 8 avril pour Sophie Adenot. Elle a d’ailleurs annoncé qu’elle devait repartir la semaine prochaine pour trois semaines d’examens médicaux à Houston.

La Terre vue d’en haut

De la coupole, le poste d’observation vitré de la station, elle a vu des aurores qui dansaient comme une lumière verte, des couchers de Lune teintés de rose, et un ciel si chargé d’étoiles que les constellations familières devenaient difficiles à repérer. Elle a surtout vu le noir du vide, d’une densité saisissante, et la fine couche d’atmosphère qui protège la planète. Elle a décrit une forme de dissonance : on connaît les conflits qui déchirent la Terre, et pourtant, vue d’en haut, la planète paraît unie. « Cet émerveillement se transforme en responsabilité », a-t-elle résumé.

Quand une journaliste lui a opposé le coût des vols habités, elle a défendu leurs retombées : la recherche médicale, le recyclage de l’air et de l’eau, les économies d’énergie, l’impression 3D métal. Selon elle, la part des vols habités revient à environ deux euros par an et par Français. « Ces deux euros ne sont pas là pour enlever, ils sont là pour ajouter. »

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La Lune, sans en faire une obsession

Sophie n’a pas donné beaucoup d’indices sur la suite de sa carrière. Elle compte d’abord épauler les prochaines missions, européennes comme américaines.

Sur la question qui brûlait toutes les lèvres, celle de marcher un jour sur la Lune (programme Artemis de la NASA), elle est restée les pieds sur Terre. Elle avoue en rêver, mais refuse d’en faire un objectif à tout prix, car la décision ne lui appartient pas. « Si cette responsabilité m’est confiée, je l’honorerai. »

L’Europe, elle, doit encore obtenir sa place sur le sol lunaire. En attendant, la deuxième Française de l’espace a repris sa vie de maman et d’astronaute à terre, avec plus de 200 000 photos et vidéos à partager !

Sources :

  • ESA, Conférence de presse de Sophie Adenot (2 novembre 2026)
  • CNES, Revivez le retour sur Terre de Sophie Adenot ! (octobre 2026)
    https://cnes.fr/evenements/retour-terre-de-sophie-adenot
    Retour de Crew-12 et mission Epsilon en chiffres : plus de 200 expériences, 7 préparées par le Cadmos, record européen du 3 septembre.
  • ESA, Sophie Adenot
    https://www.esa.int/Space_in_Member_States/France/Sophie_Adenot
    Biographie officielle : formation, carrière de pilote d’hélicoptère et de pilote d’essai, sélection de 2022.

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