L’Europe muscle son GPS.
L’Agence spatiale européenne vient de confier à Airbus la construction de deux satellites Galileo supplémentaires de deuxième génération. Ces derniers s’ajouteront à six déjà commandés en 2021.
Ce contrat marque la montée en puissance d’un système de navigation taillé pour résister aux brouillages, aux leurres et aux piratages d’un monde où le signal GPS est devenu une arme.
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Galileo, le GPS européen qui prend du volume
Galileo, c’est le système européen de positionnement par satellite, l’équivalent du GPS américain. Lancé en 2011, pleinement opérationnel depuis 2016, il compte aujourd’hui 28 satellites utilisables, répartis à environ 23 000 kilomètres au-dessus de nos têtes. Son rôle : nous dire précisément où nous sommes, à quelques dizaines de centimètres près dans ses modes les plus affûtés, et donner l’heure exacte à des milliards d’appareils dans le monde.
Les signaux de ces satellites alimentent le GPS de votre téléphone, l’atterrissage des avions, les tracteurs qui sèment au millimètre, les horodatages des transactions boursières et la synchronisation des réseaux électriques.
Bref, une infrastructure invisible dont nos sociétés dépendent plus que personne ne veut l’admettre. L’Europe en finance et pilote la sienne précisément pour ne pas en dépendre d’un pays étranger.
Quatre GPS pour un monde
Trois autres systèmes mondiaux de navigation par satellite tournent en permanence au-dessus de nos têtes, chacun opéré par une grande puissance :
| Système | Opérateur | Service global depuis | Satellites opérationnels (2026) |
|---|---|---|---|
| GPS | États-Unis (Space Force) | 1995 | Environ 31 |
| GLONASS | Russie (Roscosmos) | 1995 puis 2011 (reconstitution) | Environ 24 |
| Galileo | Union européenne (ESA + EUSPA) | 2016 (service initial) | 28 utilisables sur 34 lancés |
| BeiDou | Chine (China Satellite Navigation Office) | 2020 | Environ 45 (dont géostationnaires) |
Dans cette compétition, Galileo tient une place particulière : il est le seul des quatre à ne pas être piloté par une armée. Un GPS civil, conçu dès l’origine pour un usage européen souverain, et dont le signal est aussi plus précis sur certains services avancés que celui, grand public, de son grand frère américain.
La précision ne vaut cependant rien si on ne peut plus capter le signal… d’où la nouvelle génération.

– Crédit : ESA.
G2, la génération durcie
Les satellites commandés aujourd’hui s’appellent G2, pour Galileo deuxième génération.
Chacun pèsera plus de 2 tonnes, environ trois fois plus que les satellites actuels, et fonctionnera 15 ans en orbite. Il embarquera des charges utiles « entièrement numériques », autrement dit reconfigurables depuis le sol : au lieu d’être figés à vie, ces satellites pourront changer de signal, s’adapter à de nouveaux usages, encaisser de nouvelles menaces, le tout sans jamais être redescendus sur Terre.
Il y a également trois autres nouveautés à noter :
- les horloges atomiques embarquées, qui donnent sa précision au système, seront d’une génération améliorée
- les satellites communiqueront entre eux par des liaisons intersatellites et pourront ainsi se parler, se surveiller, rester synchronisés même si les stations au sol tombent en panne ou sont attaquées
- enfin, et c’est le point qui donne tout son sens à cette commande, ils seront équipés de dispositifs renforcés d’antibrouillage et d’anti-leurrage.
Quand brouiller le GPS devient une arme
Le brouillage, c’est le fait de noyer un signal radio sous un parasite pour empêcher sa réception.
Le leurre, quant à lui, diffuse carrément un faux signal qui ressemble au vrai, pour tromper le récepteur et lui faire croire qu’il est ailleurs !
Longtemps considérées comme des techniques exotiques, ces deux agressions sont devenues le quotidien d’une planète électroniquement sous tension. Près des zones de guerre, dans les détroits, autour des bases militaires sensibles, les signaux satellites sont régulièrement saturés ou faussés. Les pilotes de l’aviation civile en savent quelque chose, qui doivent de plus en plus souvent composer avec des GPS devenus muets ou menteurs.
Durcir Galileo contre ces attaques, ce n’est donc plus une option. C’est une nécessité qui pèsera, dans les quinze prochaines années, sur la sécurité européenne, la défense bien sûr, mais aussi l’aviation, la finance, l’agriculture et tout ce qui dépend d’un signal fiable. Les deux satellites supplémentaires commandés à Airbus, qui vont porter son lot à huit sur un total G2 désormais de quatorze engins (les six autres étant construits par l’italien Thales Alenia Space), participent à cette ambition.
Le coût de cette rallonge n’a pas été communiqué, mais le lot initial de 2021 avait valu à Airbus environ 672 millions d’euros, pour un contrat total de 1,47 milliard d’euros partagé avec Thales. Les premiers G2 doivent décoller en 2027 sur des Ariane 62.
Une toile européenne, tissée à petits pas
Cette commande s’inscrit dans une stratégie plus large que l’Europe assume désormais ouvertement : bâtir ses propres grandes infrastructures spatiales, pour ne plus dépendre d’un acteur étranger ou d’une entreprise privée américaine.
Il y a ainsi Galileo pour la navigation, Copernicus pour l’observation de la Terre, et la constellation IRIS² qui doit arriver au début des années 2030 pour les communications sécurisées. Trois piliers d’une souveraineté qui, maille après maille, se tisse en orbite.
La poursuite patiente d’un chantier commencé il y a vingt ans, dont les premières briques ont été posées avant que la plupart d’entre nous ne possèdent un smartphone.
Sources principales :
- Airbus, Airbus awarded contract for two additional Galileo satellites (27 octobre 2026)
Airbus awarded contract for two additional Galileo satellites
Communiqué officiel : attribution du contrat, caractéristiques des G2 (masse, durée de vie, charges utiles numériques, antibrouillage), citations d’Alain Fauré, sites de production européens. - Thales Group, Thales Alenia Space will play a major role on-board Galileo 2nd Generation and will boost performances and cybersecurity for the constellation (3 mars 2021)
https://www.thalesgroup.com/en/worldwide/space/press-release/thales-alenia-space-will-play-major-role-board-galileo-2nd-generation
Contrat initial Thales Alenia Space : 772 M€ pour six satellites, apport de la propulsion électrique, des antennes numériques et des liaisons intersatellites. - CNES, Galileo
https://cnes.fr/projets/galileo
Page institutionnelle du Centre national d’études spatiales : vue d’ensemble du programme Galileo, rôle de la France, caractéristiques techniques de la constellation et services délivrés.



