La France va « exploser » son budget pour son réseau électrique d’ici 2030 mais les sommes engagées semblent pour le moment sous contrôle de RTE

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La Commission de régulation de l’énergie valide les comptes 2025 de RTE.

Chaque année, RTE soumet à la Commission de régulation de l’énergie (CRE) le détail de ses dépenses d’investissement, qu’il s’agisse d’entretenir le réseau existant, de raccorder de nouveaux producteurs ou de construire de nouvelles lignes.

La CRE, autorité administrative indépendante, approuve ces montants, qui seront ensuite répercutés sur la facture des consommateurs via le TURPE (le tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité).

Dans sa délibération n° 2026-209 du 15 octobre 2026, publiée le 26 octobre, la CRE a validé deux chiffres : les 3 346 millions d’euros effectivement dépensés par RTE en 2025, et les 4 092 millions d’euros prévus pour 2026 après révision à mi-année.

Si le budget suit la tendance prévue, à l’horizon 2030-2040, RTE devrait dépenser environ 8 milliards d’euros par an. Le double d’aujourd’hui. Pour tenir le choc de l’électrification française.

On vous explique pourquoi dans cet article.

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Pour ceux qui l’ignorent, RTE (pour Réseau de Transport d’Électricité) est l’opérateur unique du réseau haute et très haute tension français. Vous ne le voyez pas, mais vous le longez tous les jours. Ce sont ces grands pylônes métalliques qui traversent les campagnes avec leurs câbles tendus à 400 000 volts.

Créée en 2000 à partir des activités de transport d’EDF, cette société anonyme détenue par EDF (50,1 %) et la Caisse des dépôts (49,9 %) exploite 106 440 kilomètres de lignes électriques de 63 000 à 400 000 volts et 2 880 postes de transformation. Soit de quoi faire deux fois et demie le tour de la Terre, et le plus vaste réseau de transport d’Europe.

Son job : acheminer l’électricité des centrales nucléaires, des parcs éoliens offshore, des barrages hydroélectriques et des interconnexions transfrontalières jusqu’aux portes du réseau de distribution d’Enedis, qui prend ensuite le relais vers les logements et les entreprises.

Son autre job, encore plus discret : maintenir en permanence l’équilibre entre production et consommation, à la seconde près, pour que la fréquence du réseau reste à 50 hertz. Trois ou quatre dixièmes d’hertz d’écart suffiraient à faire tomber le pays dans le noir. RTE est donc le funambule national.

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Les comptes 2025 et le plan 2026 en un coup d’œil

RTE a dépensé 3 346,4 millions d’euros en 2025 pour développer son réseau. Le programme initial, approuvé par la CRE le 13 mars 2025, prévoyait 3 472,6 millions. Résultat : 126 millions non dépensés, soit un écart de 3,6 % sous le budget. Pour une entreprise de cette taille, c’est de l’ordre du millimètre.

Quand on compare à l’année préédente, RTE a investi 761,6 millions d’euros de plus en 2025 qu’en 2024. Soit presque 30 % de hausse sur un an. Deux rubriques tirent le train à elles seules : les interconnexions internationales (câbles sous-marins qui relient la France au Royaume-Uni, à l’Espagne, bientôt à l’Irlande) et les raccordements d’énergies renouvelables.

Pour 2026, la CRE avait validé en février un programme à 4 239,1 millions d’euros. Le point d’étape de juillet a conduit à une révision à 4 092,6 millions, soit 3,5 % de moins que prévu. La raison : essentiellement des décalages de calendrier sur l’éolien en mer et des retards de livraison dans certains projets de structure réseau. On y revient plus bas.

Catégorie d’investissement Réalisé 2024 (M€) Réalisé 2025 (M€) Prévu 2026 révisé (M€)
Adaptations et raccordements 479,5 713,0 1 086,7
Interconnexions internationales 235,5 491,5 662,8
Réseau en mer (éolien offshore) 430,2 498,7 572,9
Renouvellement du réseau existant 855,7 975,0 1 064,8
Ossature numérique (contrôle-commande, télécoms) 283,7 357,2 384,0
Systèmes d’information 186,7 174,4 183,9
Immobilier et logistique 113,5 136,6 137,5
Total 2 584,8 3 346,4 4 092,6

Pourquoi un doublement d’ici 2030 ?

La délibération se contente de reprendre un chiffre discrètement glissé par RTE dans son schéma décennal publié en 2025 : les investissements annuels atteindront « environ huit milliards d’euros par an sur la période 2030-2040 ». L’enveloppe 2026, à 4,09 milliards d’euros, va donc faire quasiment fois deux en cinq ans. Un doublement entre la présidentielle de 2027 et celle de 2032.

Pourquoi une telle marche ? Trois phénomènes se télescopent au même moment.

Il y a d’abord le poids des années qui pèse. Une bonne partie de la haute tension française date des années 1960 et 1970, posée au pas de charge pour accompagner le programme nucléaire gaullien. Ces lignes, ces pylônes, ces postes, ont fait leur temps. Il faut tout changer, et pas sur un siècle : à cadence industrielle. La seule rubrique renouvellement est passée de 855 millions en 2024 à 975 en 2025, et devrait franchir le cap du milliard en 2026.

Il y a ensuite la décarbonation qui s’invite à table. L’intégration massive des éoliennes et du solaire, les nouvelles usines décarbonées, les électrolyseurs à hydrogène, les gigafactories de batteries, tout cela se branche sur RTE. Pas sur Enedis, trop fin pour avaler ces puissances, mais directement sur la très haute tension. Résultat : la catégorie « adaptations et raccordements » passe de 479 millions en 2024 à 1 086 millions prévus en 2026. Multipliée par 2,3 en deux ans. Peu de postes de dépense dans l’industrie française connaissent ce genre de courbe.

Il y a enfin la mer. Les parcs éoliens offshore, qui n’existaient quasiment pas il y a dix ans, pèsent désormais une rubrique à part de 500 millions annuels. Et ce n’est que le début.

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Datacenters et usines : les clients qui ont forcé RTE à inventer une procédure express

Dans le programme 2026 révisé, une sous-catégorie fait son apparition. Son nom : fast tracks. Son budget : onze millions d’euros. Son objet : raccorder en urgence des clients géants, dont la demande se situe entre 400 mégawatts et un gigawatt. Autant dire la consommation d’une ville comme Lille ou Montpellier à elle toute seule.

De qui parle-t-on ? Presque exclusivement de centres de données hyperscale. Les data centers monstres de Microsoft, Amazon, Google, Meta et leurs cousins. Ils tournent plein pot pour entraîner les intelligences artificielles génératives, et quand ils demandent du courant, ils en veulent beaucoup. Et vite. La vieille procédure RTE, calibrée pour les usines des années 1990, ne tenait plus la cadence. D’où ces fast tracks.

Cinq projets sont déjà sortis des cartons : Fouju en Seine-et-Marne (signé fin 2025), Montereau, Escaudain près de Valenciennes, le Bosquel près d’Amiens. Deux autres sites sont en cours d’instruction : Poulainville (encore près d’Amiens) et un terrain du Grand Port Maritime de Dunkerque.

En 2025, RTE a déjà dépensé 122 millions d’euros pour raccorder de nouveaux consommateurs industriels. La vague s’amplifie, et personne ne sait vraiment où elle plafonnera.

L’éolien en mer, la rubrique la plus incertaine

À l’inverse des data centers, l’éolien offshore patauge un peu. La rubrique développement du réseau en mer est celle qui subit la plus grosse révision à la baisse en 2026 : 45,7 millions d’euros en moins, soit un recul de 7,4 %. En cause, selon la CRE : les parcs des appels d’offres 3 à 8, regroupés sous l’étiquette PPE 2, voient leurs calendriers de mise en service devenir « par nature incertains ». Charmante formule pour dire que RTE ne sait plus très bien quand les lauréats vont effectivement construire leurs parcs. Ni même, parfois, s’ils vont les construire tout court.

Côté PPE 3, c’est encore pire. L’appel d’offres n° 7 (Oléron 1) a été déclaré infructueux. L’État l’a relancé via un nouveau macro-appel d’offres baptisé AO10, qui regroupe onze projets au large de la Normandie, de la Bretagne, de la façade atlantique et de la Méditerranée. Les offres sont attendues pour octobre 2026, et la désignation des lauréats au premier trimestre 2027.

La bonne nouvelle vient de la PPE 1, la génération ancienne. En 2025, RTE a bouclé le raccordement des parcs de Dieppe – Le Tréport et de Noirmoutier, dans les délais et dans l’enveloppe. Quelques factures résiduelles s’étaleront sur 2026 et 2027. Après plusieurs années de bronca de la CRE sur les dérapages offshore, c’est un vrai pas en avant.

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Un pilotage enfin stabilisé

Entre 2019 et 2022, l’opérateur a sous-exécuté ses programmes de 7 à 15 % chaque année. Puis le pendule a basculé dans l’autre sens : sur-exécution de +10,4 % en 2023, et carrément +13,3 % en 2024. Ce qui, à l’échelle de la CRE, avait déclenché l’équivalent d’un carton jaune.

Depuis, RTE a visiblement serré la vis. Moins 3,6 % en 2025, moins 3,5 % attendus pour 2026. La CRE salue d’ailleurs explicitement « des efforts de fiabilisation des prévisions engagés depuis le programme d’investissements 2023 » qui débouchent sur un chiffrage qualifié de « robuste » pour l’année en cours.

Evolution des dépenses de la RTE entre 2020 et 2026

C’est heureux, parce que l’enjeu grossit. À 4 milliards d’euros annuels, un écart de 10 % représente 400 millions d’euros à facturer aux consommateurs via le TURPE. À 8 milliards annuels, le même écart de 10 % devient 800 millions.

À l’échelle du pays, ces sommes finissent toutes dans la facture de l’abonné qui appréciera le sérieux de RTE dans cette affaire.

Sources principales :

  • Commission de régulation de l’énergie, Délibération n° 2026-209 du 15 octobre 2026 relative au bilan d’exécution du programme d’investissements 2025 et portant approbation du programme d’investissements 2026 révisé de RTE
    https://www.cre.fr/fileadmin/Documents/Deliberations/2026/20261015_2026-209_BE_PEI_RTE_2026.pdf
  • Commission de régulation de l’énergie, Délibération n° 2026-209 — Communiqué de synthèse « La CRE approuve le programme d’investissement 2026 révisé de RTE et fait le bilan d’exécution du programme d’investissement 2025 » (26 octobre 2026)
    https://www.cre.fr/actualites/toute-lactualite/la-cre-approuve-le-programme-dinvestissement-2026-revise-de-rte-et-fait-le-bilan-dexecution-du-programme-dinvestissement-2025.html
    Résumé officiel publié par l’autorité : chiffres-clés et calendrier à venir (bilan d’exécution 2026 attendu le 31 mars 2027).

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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