Les 200 sociétés et 2 000 salariés français du secteur ont pu prouver l’étendue de leur savoir-faire lors des Assises du NewSpace

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La France n’a jamais compté autant de jeunes pousses spatiales, ni autant redouté de les voir tomber en panne de carburant financier.

Les 7 et 8 juillet, la Cité des sciences de La Villette a accueilli la cinquième édition des Assises du NewSpace.

Deux jours pour prendre le pouls d’une filière française jeune, foisonnante, portée par une génération d’entrepreneurs qui rêvent d’orbite.

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La France de l’espace s’est réunie les 7 et 8 juillet pour les Assises du NewSpace

Une filière jeune et foisonnante

Le NewSpace, c’est cette nouvelle façon de faire du spatial apparue dans les années 2000 : des acteurs privés, des cycles courts, des satellites produits en série plutôt que taillés sur mesure comme des pièces d’orfèvrerie.

La France y compte aujourd’hui un peu moins de 200 sociétés, pour environ 2 000 emplois directs. C’est peu à l’échelle de l’industrie, mais la variété impressionne : des lanceurs (Latitude, MaiaSpace), des satellites (U-Space, Unseenlabs), de la propulsion (ThrustMe), de la surveillance de l’espace (Aldoria), des services de données pour l’agriculture ou la logistique.

Le millésime 2026 des Assises a réuni 36 jeunes pousses dans son village d’exposition, dont cinq venues de Corée du Sud pour la première fois.

Signe que le rendez-vous parisien commence à peser à l’échelle mondiale.

La France n’a pas vendu d’avion de chasse à la Pologne mais Airbus et Thales vont lui fournir un outil militaire encore plus précieux : un satellite de télécommunication

Des réussites qui donnent le sourire…

Plusieurs réussites du secteur force l’admiration. Entre autres exemples on citera ainsi la franco-allemande The Exploration Company, qui développe une capsule spatiale réutilisable. L’entreprise a bouclé fin 2024 une levée de fonds de 150 millions d’euros, l’une des plus importantes jamais réalisées dans le spatial européen. Mieux, la NASA lui a déjà commandé des missions de ravitaillement ! Sa dirigeante aime rappeler que sa capsule est financée à près de moitié par des capitaux privés, là où le premier SpaceX dépendait à plus de 85 % de l’argent public américain.

On peut également citer ThrustMe, spécialiste des petits moteurs de satellites et qui en a déjà livré plus de 150 des deux côtés de l’Atlantique, le fabricant de mini-lanceurs à Reims Latitude qui a levé 27,7 millions d’euros, la jeune pousse de satellites U-Space 24 millions, la surveillance spatiale Aldoria une dizaine.

Le Zephyr Launcher de Latitude.
Le Zephyr Launcher de Latitude.

Les investisseurs, longtemps frileux sur ce secteur, semblent nettement plus enthousiastes depuis quelques années. Un fonds parisien, Expansion Ventures, a même réuni 100 millions d’euros dédiés au secteur, avec l’appui du Fonds européen d’investissement.

… et des échecs qui rappellent les limites de l’écosystème français

Le tableau a sa face sombre. En octobre 2025, la startup de lanceurs Dark, longtemps citée parmi les plus prometteuses, a baissé le rideau. Un rappel que dans ce métier, la promesse technologique ne suffit pas si l’argent vient à manquer.

Plusieurs entrepreneurs français ont d’ailleurs fini par installer leur siège aux États-Unis, là où les chèques sont plus gros et plus rapides.

Le talent lui-même se raréfie. Le secteur réclame des ingénieurs système, ces chefs d’orchestre capables de penser un satellite dans son ensemble, et la France peine à en former assez. Un comble pour un pays qui a inventé Ariane et qui forme, à Toulouse notamment, parmi les meilleurs spécialistes du monde !

Ajoutons que les salaires des ingénieurs spatiaux américains sont deux à trois fois supérieurs, et le risque de fuite des cerveaux est réel.

Un rapport pour corriger la trajectoire

C’est tout l’objet du rapport « Ambition NewSpace 2027 », présenté pendant les Assises et coordonné par le professeur Lucien Rapp, de l’Université de Toulouse. Fruit d’une consultation nationale rassemblant dix-huit acteurs du secteur selon le principe « un acteur, une voix », il aligne 24 propositions autour de six grands défis.

Sa mesure la plus commentée : un mécanisme où chaque euro privé investi serait garanti par un euro public, histoire de rassurer les fonds et d’amorcer la pompe.

Défi Ce qu’il recouvre
Financement Un euro privé investi, un euro public garanti, pour créer des fonds spécialisés
Clients Une commande publique pluriannuelle, pour donner de la visibilité aux entreprises
Mondialisation Viser les nations spatiales émergentes, instaurer un guichet unique européen
Opinion publique Rendre le spatial compréhensible et désirable auprès du grand public
Autonomie stratégique Réduire la dépendance aux infrastructures étrangères pour les usages critiques
Intelligence Former une nouvelle génération d’ingénieurs système pluridisciplinaires

Le nerf de la guerre

Tout ramène, au fond, à une seule question : l’argent.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2022, les investisseurs privés américains ont injecté près de 6 milliards de dollars (environ 5,1 milliards d’euros) dans les jeunes pousses du spatial. La même année, l’Europe entière n’en a mobilisé qu’un seul, soit environ 850 millions d’euros… un rapport de un pour six.

Les Assises ont montré une France pleine de ressources : des ingénieurs de haut vol, des entreprises qui décrochent des contrats de la NASA, un rapport lucide et des propositions concrètes.

Reste le plus dur. Tant que le continent investira six fois moins que son rival américain, ses meilleures pousses continueront de partir vers l’ouest ou de s’éteindre faute de trésorerie. La prochaine réunion des ministres européens de l’espace, prévue à l’automne, dira si les belles intentions des Assises se transforment en carburant ou si l’on en restera, une fois de plus, aux beaux discours.

Surnommé la « planète rose », cet astre résistait depuis plus de 13 ans aux scientifiques avant que le télescope James-Webb ne l’analyse en deux heures

Quand le spatial se raconte manette en main

On ne peut pas terminer cet article sans parler du fait que les Assises ont aussi réservé une place de choix à la relève et à la culture.

Le 7 juillet à 17 h 30, la Cité des sciences accueillait la remise des prix de la première Space Game Jam 99, en présence de Thomas Pesquet et de Sylvie Retailleau, présidente d’Universcience.

Le principe : un marathon de création où des équipes conçoivent un jeu vidéo complet en temps limité. Ici, dix jours en avril, plus de deux cents étudiants venus de plusieurs villes, de Paris à Cannes, et un thème, « Objectif Terre ». Le titre tient dans un chiffre : 99 % des satellites regardent vers le bas, vers notre planète, pour mesurer la montée des eaux, la qualité de l’air ou la santé des forêts. Le concours invitait donc à raconter, en jouant, ce spatial-là, discret et utile, plutôt que celui des fusées et de la conquête.

Thomas Pesquet a présidé la cérémonie de remises des prix des Space Game Jam 99.
Thomas Pesquet a présidé la cérémonie de remises des prix des Space Game Jam 99.

Le résultat, c’est vingt-quatre jeux qui parlent d’inondations à fuir, de satellites à réparer ou d’images orbitales à déchiffrer. La plupart se jouent gratuitement, certains directement dans le navigateur, sur la page de l’événement : https://itch.io/jam/space-game-jam-99

Une bonne manière de vérifier soi-même qu’un satellite peut devenir le héros d’un jeu de plateforme ou d’un puzzle coopératif.

Derrière l’initiative, la Fondation de l’Espace, créée en 2025 et présidée par Thomas Pesquet, avec pour mission de rapprocher le spatial de la société. L’astronaute résume l’enjeu d’une formule : le spatial doit se vivre comme un « service public », pas comme une affaire d’ingénieurs retranchés loin du quotidien. Il rappelle à quel point la discipline s’est déjà glissée dans nos vies, du GPS à la météo en passant par internet, sans que nous y prêtions attention.

Et il pointe le vrai nerf de l’avenir : le besoin d’ingénieurs, alors que les vocations manquent, en particulier chez les jeunes des quartiers défavorisés et chez les filles, « aussi bonnes, sinon meilleures » que les garçons, selon ses mots.

aire jouer aujourd’hui, pour recruter la génération qui construira les satellites de demain : l’ambition est belle.

Sources :

GIFAS, Le collectif Assises du NewSpace publie le rapport Ambition NewSpace 2027
https://www.gifas.fr/press-summary/le-collectif-assises-du-newspace-publie-le-rapport-ambition-newspace-2027
Mesure « un euro privé, un euro public garanti », commande publique pluriannuelle et guichet unique européen.

Usine Nouvelle, Les start-up du Newspace toujours aussi séduisantes aux yeux des investisseurs (janvier 2024)
https://www.usinenouvelle.com/editorial/les-start-up-du-newspace-toujours-aussi-seduisantes-aux-yeux-des-investisseurs.N2206944
Comparaison des investissements 2022 (6 milliards de dollars aux États-Unis contre 1 en Europe) et levées de fonds françaises.

CNES, Newspace : les nouveaux acteurs du spatial
https://cnes.fr/dossiers/newspace-nouveaux-acteurs-spatial
Définition du NewSpace, nombre de sociétés et d’emplois en France, paysage des micro-lanceurs.

Image de mise en avant : la navette Nyx – crédit : The Exploration Company

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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