La France n’a pas vendu d’avion de chasse à la Pologne mais Airbus et Thales vont lui fournir un outil militaire encore plus précieux : un satellite de télécommunication

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Un nouveau satellite pour sécuriser les communications polonaises.

Le 20 avril 2026, à Gdansk, Thales Alenia Space, Airbus Defence and Space et RADMOR ont officialisé un partenariat stratégique pour développer un satellite de télécommunications militaires destiné à la Pologne.

Ce dernier devrait garantir aux forces armées polonaises des communications sécurisées, même en cas de guerre de haute intensité.

Le satellite sera positionné en orbite géostationnaire, à environ 36 000 km d’altitude, ce qui lui permettra de couvrir en permanence une zone donnée, sans interruption.

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Thales Alenia Space, Airbus Defence and Space et RADMOR vont créer le futur satellite télécommunications militaires à l’usage de la Pologne

Readiness 2030 : l’Europe muscle son autonomie stratégique

Ce projet s’inscrit dans le plan Commission européenne baptisé « Readiness 2030 », lancé en 2025 pour renforcer la capacité de défense du continent.

L’idée est de renforcer la souveraineté du continent et donc de ne plus dépendre d’acteurs extérieurs dans les domaines des communications militaires, de la navigation ou du  renseignement spatial.

Ce futur satellite polonais coche toutes les cases. Il s’agit d’un système complet, à la fois spatial et terrestre, conçu pour résister à des attaques modernes, y compris cyber grâce à des liaisons chiffrées de bout en bout, une résistance au brouillage électromagnétique, ce qui permettrait une continuité de service en cas de crise majeure

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Trois industriels, trois savoir-faire complémentaires

Ce projet repose sur une alliance industrielle européenne bien rodée, où chacun apporte une pièce essentielle du puzzle :

Industriel Rôle principal dans le satellite polonais Savoir-faire précis apporté Références et expérience utiles Ce que cela apporte concrètement à la Pologne Intérêt stratégique
Thales Alenia Space
Coentreprise Thales (67 %) / Leonardo (33 %)
Chef de file sur la charge utile de télécommunications militaires, c’est-à-dire le cœur “mission” du satellite : émission, réception, sécurisation et robustesse des liaisons. Conception des charges utiles de communications sécurisées, architecture résiliente, protection contre le brouillage, cybersécurisation des segments spatiaux et expertise sur les systèmes satellitaires de défense de bout en bout. Plus de 50 ans d’expérience dans les télécommunications spatiales, la navigation, l’observation et la défense ; 2,36 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025 ; plus de 8 000 salariés dans 7 pays et 14 sites européens. Des communications militaires plus résistantes aux brouillages, une meilleure continuité des liaisons stratégiques et une architecture pensée dès l’origine pour un usage défense, pas pour un service civil adapté ensuite. Donne à Varsovie un segment spatial souverain avec des briques européennes de haut niveau, en réduisant la dépendance à des solutions non européennes pour les télécommunications de défense.
Airbus Defence and Space Responsable de la plateforme satellitaire et de l’intégration globale du système, autrement dit la structure, les sous-systèmes et la transformation du concept en satellite réellement opérable. Architecture du bus satellite, industrialisation, intégration système, contrôle de mission, gestion de programmes complexes et retour d’expérience sur des constellations et satellites militaires géostationnaires. Airbus met en avant son expertise spatiale globale ainsi que des références comme Syracuse IV pour la France et Skynet pour le Royaume-Uni, deux programmes emblématiques de communications militaires sécurisées par satellite. Une capacité à transformer une demande politique et militaire en système spatial complet, qualifié et exploitable, avec une logique de disponibilité opérationnelle et d’intégration de tous les sous-ensembles. Assure la crédibilité industrielle du programme : sans un intégrateur capable de gérer plateforme, interfaces et validation, le projet resterait un assemblage de briques techniques sans cohérence d’ensemble.
RADMOR
Société du WB Group
Pilier polonais du programme pour le segment sol sécurisé, les infrastructures de communication militaires et la continuité de service côté utilisateur. Radios militaires, réseaux tactiques numériques, équipements de communication sécurisés, support de long terme, composants de cybersécurité et intégration profonde avec l’écosystème de défense polonais. RADMOR conçoit et livre des radios militaires et des systèmes de communication tactiques modernes ; le groupe WB fédère plusieurs sociétés de défense polonaises autour des communications, du commandement et de l’intégration de systèmes. Garantit que le satellite ne sera pas seulement un objet en orbite, mais un outil réellement utilisable par les forces polonaises, relié à des réseaux, terminaux, procédures et soutiens déjà insérés dans l’appareil militaire national. C’est la brique qui ancre le programme en Pologne : souveraineté, maintenance locale, sécurité opérationnelle, adaptation aux besoins du ministère de la Défense et maîtrise de la chaîne de communication jusqu’au terrain.

Un marché en pleine explosion

Selon les données de Mordor Intelligence, le marché du satellite militaire était estimé à 31,97 milliards de dollars en 2024 (environ 29,5 milliards d’euros) et pourrait atteindre 53,85 milliards de dollars d’ici 2029 (près de 49,7 milliards d’euros).

Cette dynamique est directement portée par la transformation des armées modernes : aujourd’hui, aucune opération militaire (qu’elle soit terrestre, aérienne ou navale) ne se conçoit sans une couche spatiale. Communications sécurisées, renseignement ISR (Intelligence, Surveillance, Reconnaissance), navigation ou encore détection de missiles, les satellites sont devenus des infrastructures indispensables.

Fait intéressant, même si les satellites géostationnaires comme celui visé par la Pologne restent essentiels pour les communications stratégiques, c’est l’orbite basse (LEO) qui domine désormais le marché avec près de 85 % des déploiements récents.

Dans ce contexte, l’Europe tente de rattraper son retard face aux États-Unis et à la Chine, en structurant une industrie capable de rivaliser avec des acteurs comme Lockheed Martin ou China Aerospace Science and Technology Corporation.

Le projet franco-polonais s’inscrit donc clairement dans cette tendance mondiale où chaque nation veut désormais disposer de moyens technologiques spatiaux souverains pour son armée.

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Un satellite et des négociations autour du militaire et du civil

La visite d’Emmanuel Macron s’est par ailleurs inscrite dans un moment charnière où la France et la Pologne souhaitaient redéfinir leur relation bilatérale..

Derrière l’annonce spatiale, plusieurs dossiers sensibles ont été abordés, dont le non moindre a été le rôle potentiel de la dissuasion nucléaire française dans la sécurité du flanc Est européen, sujet évoqué à plusieurs reprises ces derniers mois et qui pourrait être redéfinit à cette occasion.

Sur les sujets militaires, on comptera aussi les dossiers sur les capacités de frappe longue portée de l’armée polonaise ou encore le renforcement de l’autonomie aérienne polonaise avec l’éventuelle acquisition d’avions ravitailleurs comme l’A330 MRTT d’Airbus.

La France a également eu à cœur de défendre sa cause pour accompagner la Pologne dans le développement de sa filière nucléaire civile, sans que des avancées n’aient encore été communiquées à ce jour.

Sources :

  • Airbus, Thales Alenia Space, Airbus Defence and Space et RADMOR s’associent pour développer un nouveau satellite de télécommunications militaire pour la Pologne (20 avril 2026), communiqué de presse sur le projet de satellite militaire polonais
  • Mordor Intelligence, Marché des satellites militaires – Analyse de la taille, de la part et des tendances 2024-2029 (consulté en 2026),
    https://www.mordorintelligence.com/fr/industry-reports/military-satellite-market
    rapport d’analyse détaillant l’évolution du marché mondial des satellites militaires, incluant les segments (observation, communication, navigation), les dynamiques régionales, les principaux acteurs et les perspectives de croissance liées aux besoins croissants en renseignement et connectivité sécurisée.

Image de mise en avant réalisée à l’aide de Dall-E et de Canva à des fins de représentation de l’article.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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