Ce n’est plus une annonce de plus dans le paysage nucléaire français mais le symbole du renouveau du nucléaire de l’Hexagone.
Créée en 2021, l’entreprise Calogena vient de franchir un cap important dans sa jeune histoire avec une augmentation de capital majeure, accueillant à son tour de table Groupe Snef, Banque des Territoires et le fonds Deep Tech 2030 opéré par Bpifrance.
Avec cette opération, l’entreprise approche désormais les 100 millions d’euros de financement, en incluant les 48 millions d’euros déjà obtenus dans le cadre de France 2030.
À ce stade, on ne parle plus d’une start-up qui explore un concept mais bien d’un projet qui arrive à maturité et qui pourrait prochainement être commercialisé autour d’un concept phare : la chaleur.
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Le petit réacteur nucléaire de Calogena attire 100 millions d’euros pour s’attaquer à un des plus grands angles morts de la transition énergétique
Derrière l’argent, une feuille de route très concrète
Cet afflux de capitaux ne sert pas à faire de la communication et a un objectif précis.
Calogena veut profiter de cette manne pour :
- finaliser la conception de son réacteur
- lancer l’industrialisation des composants clés
- préparer un premier exemplaire en France
- viser rapidement l’export en Europe du Nord et centrale
Le calendrier est ambitieux avec 2030 pour un premier déploiement.
Le maintien du Groupe Gorgé comme actionnaire majoritaire apportera une continuité industrielle et une capacité à tenir dans la durée, un point souvent sous-estimé dans le nucléaire.
Pourquoi Snef, la Banque des Territoires et Bpifrance changent la donne
L’entrée de ces nouveaux investisseurs n’est pas seulement financière. Elle est stratégique.
Le Groupe Snef, avec ses 16 000 collaborateurs et 2,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, va apporter une expertise concrète en ingénierie, intégration et maintenance; tandis que la Banque des Territoires jouera un rôle différent avec son ancrage local (elle s’occupe traditionnellement de financer des infrastructures utiles aux collectivités), son entrée au capital signifie une chose : le projet est désormais pensé pour s’intégrer dans les territoires.
Enfin, Bpifrance, via le fonds Deep Tech 2030, va apporter une validation politique et stratégique.
L’État ne soutient pas seulement l’innovation, il pousse ici une solution qu’il considère comme structurante pour la transition énergétique.
Trois acteurs, trois rôles complémentaires dans l’industrie, l’aménagement du territoire et la puissance publique.
Une architecture rarement réunie aussi tôt dans un projet nucléaire.
Le pari de Calogena : faire du nucléaire pour chauffer, pas pour produire de l’électricité
Contrairement à d’autres programmes comme NUWARD (le programme d’EDF de petit réacteur nucléaire), Calogena ne vise pas la production d’électricité.
Son objectif est… de produire de la chaleur.
Aujourd’hui, environ 70 % du chauffage et de l’eau chaude reposent encore sur des énergies fossiles importées. Ce chiffre est rarement mis en avant, alors qu’il représente le cœur du problème énergétique.
Calogena développe une chaudière nucléaire de faible puissance qui occupera la fonction de microréacteur thermique.
L’idée est derrière est de remplacer des chaudières à gaz urbaines par des unités nucléaires compactes, capables de fonctionner en continu, sans émissions de CO₂.
Une place bien spécifique dans la stratégie nucléaire française
La France multiplie les projets nucléaires innovants depuis quelques années. Tous ne poursuivent pas le même objectif et en voici un petit panel :
| Projet | Positionnement | Technologie | Usage visé | Horizon | Ce qui le distingue |
|---|---|---|---|---|---|
| Calogena | Microréacteur thermique | Chaudière nucléaire de faible puissance | Réseaux de chaleur urbains | Dès 2030 | Ne vise pas l’électricité, mais la décarbonation du chauffage urbain |
| Jimmy Energy | Microréacteur thermique | Réacteur à gaz hélium de faible puissance | Chaleur industrielle | Fin des années 2020 / début 2030 | Cherche à remplacer des chaudières fossiles sur des sites industriels |
| NUWARD | SMR de génération III+ | Réacteur à eau pressurisée | Production d’électricité pour le réseau | Début des années 2030 | Projet central de la stratégie française, fondé sur une technologie plus éprouvée |
| newcleo | AMR / génération IV | Réacteur rapide refroidi au plomb | Électricité pilotable + multi-recyclage du combustible | Années 2030 | Veut produire de l’électricité tout en réduisant la charge des déchets à long terme |
| Stellaria | AMR / génération IV | Réacteur rapide refroidi aux sels fondus | Électricité + chaleur industrielle | Vers 2030 pour un prototype | Pari technologique plus audacieux, fondé sur une architecture de quatrième génération |
| Otrera | SMR / génération IV | Réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium | Électricité + chaleur | Début des années 2030 visé | S’inscrit dans l’héritage d’Astrid, avec l’idée de réactiver un savoir-faire français sur les réacteurs rapides au sodium |
Certes Jimmy est un peu sur le même créneau mais au contraire de

ce dernier qui veut se concentrer sur la chaleur industrielle, Calogena entend attaquer le segment des réseaux de chaleur urbains.
Ce choix est un peu moins spectaculaire que celui des entreprises qui travaillent sur des réacteurs de génération IV mais il a le mérite d’être beaucoup plus immédiat.
La technologie est maitrisée depuis longtemps et il est certain que ce sera le réacteur qui nécessitera le moins de R&D avant de voir le jour.
Une équation encore loin d’être résolue
L’argent est là, les partenaires aussi et un marché existe.
Reste une question centrale : est-ce que cela va fonctionner ?
Le nucléaire innovant est un terrain où les promesses sont nombreuses et les réussites plus rares. L’exemple de Naarea, disparue en 2026 malgré des financements publics, reste un rappel brutal.
Installer un réacteur, même petit, à proximité d’une ville ne se résume pas à une équation technique et il faudra ainsi franchir plusieurs obstacles :
- validation réglementaire
- démonstration technique
- acceptabilité locale
- maîtrise des coûts
Le fait que l’entreprise soit soutenue par France 2030 et des institutions comme Snef ou Bpifrance sera indéniablement un vrai « plus » pour les franchir.
Une ambition européenne et une course qui s’accélère
Calogena vise déjà l’export en Europe du Nord et centrale, où les réseaux de chaleur sont nombreux et encore largement carbonés.
Le marché potentiel est immense.
Des millions de logements dépendent de systèmes de chauffage centralisés, souvent alimentés au charbon ou au gaz.
Dans ce contexte, une solution modulaire, décarbonée et pilotable peut séduire.
Reste que la concurrence internationale avance aussi. Chine, Royaume-Uni, Europe de l’Est… tous explorent des solutions similaires, parfois avec des approches différentes.
Le temps jouera un rôle clé, le premier acteur capable de déployer à grande échelle prendra un avantage décisif.
Le projet Calogena n’a encore rien construit mais pour la première fois, il coche trois cases rarement alignées aussi tôt : financement, partenaires industriels et soutien public.
Sources :
- Calogena, Calogena accueille à son capital le Groupe Snef, la Banque des Territoires et Bpifrance, (16 avril 2026),
https://www.calogena.com/wp-content/uploads/2026/04/20260414-CP-LEVEE-DE-FONDS-VDEF.pdf
communiqué officiel annonçant la dernière levée de fonds. - Gouvernement français, France 2030 : 2 premiers lauréats de nouveaux petits réacteurs nucléaires innovants (12 mars 2026),
https://www.info.gouv.fr/actualite/france-2030-2-premiers-laureats-de-nouveaux-petits-reacteurs-nucleaires-innovants
communication officielle présentant les premiers projets sélectionnés dans le cadre du plan France 2030 pour le développement de petits réacteurs nucléaires, avec un focus sur les technologies retenues et les enjeux de souveraineté énergétique.




