La Chine présente un nouveau « monstre » marin de 344 mètres pour 220 000 tonnes qui établira le nouveau record du monde pour un méthanier : le QC-Max

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Une Tour Eiffel couchée à plat, qui glisserait sur l’océan en transportant l’équivalent énergétique d’une bonne journée de production pétrolière de l’Irak.

Le QC-Max a commencé à prendre forme le 9 juin 2026 à Shanghai, dans les ateliers du chantier Hudong-Zhonghua. À sa livraison en 2028, il deviendra le plus grand méthanier de tous les temps.

Pendant que les supertankers pétroliers tombent doucement en désuétude, les méthaniers, eux, continuent de grossir et derrière ce paradoxe se cache toute la géopolitique énergétique de la décennie : depuis que l’Europe a coupé le robinet du gaz russe en 2022, elle s’arrache le gaz naturel liquéfié du Qatar, des États-Unis et d’Australie.

Pour le transporter, il faut des navires, beaucoup de navires et de préférence… très très gros.

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Notre histoire de nouvelle catégorie de « géant des mers » commence en 2008. À l’époque, deux chantiers sud-coréens, Daewoo Shipbuilding et Samsung Heavy, sortent de leurs cales les premiers méthaniers de la classe Q-Max, pour « Qatar Maximum ». Quatorze de ces géants entrent en service entre 2008 et 2010, exploités par l’armateur qatari Nakilat. Avec leurs 345 mètres et leurs 266 000 m³ de gaz embarqué, ils règnent sans partage depuis quinze ans sur le titre de plus gros navires gaziers du monde, faisant la navette entre le terminal qatari de Ras Laffan et les ports européens, asiatiques ou américains.

Le QC-Max (« Q Class Maximum », pour rester dans le même esprit) reprend cette logique mais en pousse encore la cale un cran plus loin. Même longueur de 344 mètres, même largeur de 53,6 mètres, mais une capacité portée à 271 000 m³ grâce à cinq cuves gigantesques, chacune isolée pour maintenir le gaz à -163 °C pendant tout le voyage (on va revenir plus bas).

Avec ses 458,45 mètres à déplacer, « le plus grand navire du monde » le Seawise Giant ne pouvait que connaître une fin tragique

Des dimensions titanesques

Un mètre cube de GNL donne environ 600 mètres cubes de gaz utilisable. Multipliez ça par 271 000, et vous obtenez le contenu d’un seul QC-Max : 162 millions de mètres cubes de gaz., suffisant pour couvrir la consommation annuelle de chauffage d’environ 160 000 foyers français, ou alimenter une grande centrale électrique au gaz pendant plusieurs mois. En équivalent pétrole, ça représente à peu près 3 à 4 millions de barils, soit une bonne journée de production de l’Irak ou des Émirats arabes unis.

Le navire mesurera 344 mètres de long, à peu près la longueur de la Tour Eiffel posée à plat. 53,6 mètres de large (un terrain de football) pour un déplacement total à pleine charge qui devrait dépasser les 220 000 tonnes.

Un titan qui aura toutefois un tirant d’eau « modeste » (pour ce type de gabarit) de 12 mètres, ce qui lui permettra d’accoster dans plus de 70 terminaux LNG dans le monde (là où ses cousins pétroliers de même taille sont condamnés à transvaser leur cargaison en pleine mer faute de ports en eau profonde).

Le futur QC-Max deviendra en 2028 le plus grand méthanier du monde avec ses 344 mètres de long et une capacité record de 271 000 m³ de GNL. En un seul voyage, il pourra transporter l’équivalent énergétique de 3 à 4 millions de barils de pétrole, soit près d’une journée de production d’un grand pays exportateur.
Le futur QC-Max deviendra en 2028 le plus grand méthanier du monde avec ses 344 mètres de long et une capacité record de 271 000 m³ de GNL. En un seul voyage, il pourra transporter l’équivalent énergétique de 3 à 4 millions de barils de pétrole, soit près d’une journée de production d’un grand pays exportateur.

Le client, c’est le Qatar (forcément)

C’est QatarEnergy, le bras énergétique du petit émirat du golfe Persique, qui a passé commande de ce colosse. Le Qatar produit déjà 77 millions de tonnes de GNL par an depuis Ras Laffan, et compte augmenter sa production de 85 % d’ici 2030 grâce à l’exploitation à plein régime du North Field, le plus gros gisement de gaz du monde, partagé avec l’Iran. Pour acheminer tout ce gaz vers ses clients, l’émirat a lancé en 2024 le plus gros programme de construction de méthaniers de l’histoire : 128 navires au total, dont 24 QC-Max confiés à la Chine pour une facture d’environ 8 milliards de dollars (environ 7,4 milliards d’euros) !

Les livraisons s’étaleront entre 2028 et 2031. Trois armateurs chinois sont déjà sur le coup pour exploiter les neuf premiers navires en affrètement long terme : China Merchants Group, Shandong Marine Group et China LNG Shipping. Le japonais MOL et le chinois Cosco se partagent six autres unités.

Le carnet de commandes de Hudong-Zhonghua, à lui seul, atteint près de 60 méthaniers, calé jusqu’en 2030.

Cocorico discret au cœur du mastodonte

Le QC-Max est chinois sur le plan industriel, mais ses tripes les plus précieuses viennent d’ailleurs. Les cuves utilisent la membrane d’isolation NO96 Super+, technologie développée et brevetée par GTT (Gaztransport & Technigaz), une PME française basée à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, dans les Yvelines. Sans le savoir-faire de ce petit champion tricolore, aucun méthanier moderne ne pourrait stocker du gaz à -163 °C pendant trois semaines sans le perdre par évaporation. Chaque méthanier chinois construit avec cette membrane rapporte donc plusieurs millions d’euros en royalties à la France. La cale est shanghaienne, le frigo est francilien.

La technologie NO96 de GTT est un revêtement cryogénique destiné à contenir des gaz liquéfiés à basses températures pour leur transport par bateau ou leur stockage sur terre et en mer, à pression atmosphérique. Cette technologie et ses évolutions équipent plus de 200 méthaniers en opération ou en cours de construction, et bénéficie de plus de 50 ans de retour d’expérience en mer.
La technologie NO96 de GTT est un revêtement cryogénique destiné à contenir des gaz liquéfiés à basses températures pour leur transport par bateau ou leur stockage sur terre et en mer, à pression atmosphérique. Cette technologie et ses évolutions équipent plus de 200 méthaniers en opération ou en cours de construction, et bénéficie de plus de 50 ans de retour d’expérience en mer.

La propulsion du géant a quant à elle des relents suisses puisque le moteur dual-fuel basse vitesse qui poussera le navire est conçu par WinGD, une entreprise helvétique spécialisée dans les moteurs marins, dont les blocs sont fabriqués sous licence par les chantiers chinois eux-mêmes.

La France n’a pas de gaz mais elle a mieux que ça avec GTT qui brille dans le secteur des méthaniers grâce à sa technologie de membrane unique au monde

Plus c’est gros, plus c’est rentable

Le contraste avec le marché du pétrolier saute aux yeux. Pas un seul ULCC n’a été commandé depuis le belge Oceania construit en 2003. Les armateurs préfèrent désormais des navires plus modestes, plus souples.

Affaire de mode puisque côté méthaniers, c’est l’exact inverse qui se produit. On construit toujours plus gros. La raison tient à la distance : un Qatar-Europe, c’est 14 jours de mer, un Qatar-Asie 20 jours. Plus le navire est volumineux, plus le coût par tonne transportée baisse.

Hudong-Zhonghua avance ainsi une consommation énergétique inférieure de 10 % par tonne-mille par rapport à un méthanier standard, et un indice d’intensité carbone (CII) inférieur de 23 %. Le QC-Max coche au passage la case Tier III de l’OMI, la norme la plus stricte sur les émissions.

Sources :

  • MarineLink, QatarEnergy Orders Six More QC-Max LNG Vessels from Chinese Shipyard (9 septembre 2024)
    https://www.marinelink.com/news/qatarenergy-orders-six-qcmax-lng-vessels-516837
    Détails du programme de 24 QC-Max pour 8 milliards de dollars et calendrier de livraison.
  • Riviera Maritime Media, CSSC lands mammoth Qatari Q-Max LNG carrier order (2024) https://www.rivieramm.com/news-content-hub/news-content-hub/cssc-lands-mammoth-qatari-q-max-lng-carrier-order-80581
    Analyse technique de la conception 271 000 m³ et performances annoncées en consommation et carbone.
  • LNG Prime, QatarEnergy, Hudong-Zhonghua seal deal for giant LNG carriers (6 février 2024)
    https://lngprime.com/asia/qatarenergy-hudong-zhonghua-seal-deal-for-giant-lng-carriers/101925/
    Historique de la classe Q-Max coréenne et contexte du programme qatari, exploitation à Ras Laffan.
  • GTT (Gaztransport & Technigaz), Technologie de membrane NO96 (consulté en juin 2026)
    https://www.gtt.fr/fr/activit%C3%A9s/gtt-energy/technologies-expertise/membranes/no96
    Présentation officielle de la technologie de membrane NO96 et de ses évolutions, dont la version NO96 Super+ utilisée sur les cuves cryogéniques des méthaniers de classe Q-Max et QC-Max.

Image de mise en avant : Le QatarMax “Mozah” à Ras Laffan en 2010.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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