Ces deux colosses pourraient ensevelir la France entière sous 1,5 km de glace et on vient d’avoir la preuve que l’activité humaine accélère leur fonte

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On le soupçonnait depuis des décennies sans jamais pouvoir le prouver : cette fois, la responsabilité humaine dans le recul d’un glacier antarctique majeur est écrite noir sur blanc.

Longtemps, l’Antarctique est resté le grand angle mort de la science du climat. On voyait ses glaciers fondre, on devinait le rôle de nos émissions, mais impossible de le démontrer formellement pour ces calottes immenses et capricieuses.

Une étude publiée dans la revue The Cryosphere le 2 juillet 2026, menée par le King’s College de Londres avec le British Antarctic Survey, vient de franchir ce cap. Pour la première fois, des chercheurs relient directement le recul d’un grand glacier antarctique à l’activité humaine.

Pas n’importe lequel, d’ailleurs : le glacier de l’île du Pin (ou en anglais Pine Island Glacier), l’un des plus gros pourvoyeurs de la montée des mers.

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Un glacier qui fait déjà monter les mers

Le Pine Island Glacier draine une vaste portion de la calotte ouest-antarctique vers la mer d’Amundsen, et pèse aujourd’hui pour 5 à 10 % de la hausse mondiale du niveau des mers à lui tout seul. Depuis des décennies, les scientifiques le regardent battre en retraite à une vitesse qui les alarme : sa ligne d’échouage (la frontière où la glace quitte le socle rocheux pour se mettre à flotter) a reculé de dizaines de kilomètres vers l’intérieur des terres.

Le problème, c’est que ce recul a tendance à s’auto-entretenir. Comme le glacier se retire vers un bassin de plus en plus profond, l’eau chaude s’engouffre davantage sous la glace et accélère encore le mouvement.

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La preuve qui manquait

Attribuer un phénomène au changement climatique d’origine humaine est devenu courant pour les canicules, les inondations ou même les glaciers de montagne. Le faire pour les calottes antarctiques, gigantesques et régies par une mécanique complexe, restait hors de portée. C’est ce verrou que l’étude fait sauter. Le constat est sans détour : depuis les années 1940, les émissions de gaz à effet de serre ont intensifié le recul du glacier d’environ 18 à 20 %, lui ajoutant plusieurs kilomètres de retrait.

Autrement dit, en 2015, le front s’était retiré de 4 kilomètres de plus que dans un monde qui n’aurait jamais brûlé de charbon ni de pétrole.

Comment on démontre la faute

Reste à isoler la main de l’homme au milieu du bruit naturel. L’équipe s’est appuyée sur un modèle qui simule le comportement du glacier, calé sur les mesures réelles d’épaisseur et de recul de la glace. Puis elle a fait tourner deux versions du même scénario : l’une avec le réchauffement d’origine humaine, l’autre sans.

L’écart entre les deux, c’est précisément la signature de nos émissions.

Le tableau ci-dessous retrace cette histoire, étape par étape.

Période Ce qui se passe Empreinte humaine
Années 1940 le glacier amorce un recul rapide, sous l’effet d’eaux plus chaudes sous sa plateforme flottante encore marginale (variabilité naturelle)
Années 1960 le réchauffement océanique d’origine humaine s’installe dans la région il accélère le recul
2015 le front a reculé plusieurs kilomètres de plus que dans un monde sans émissions +4 km de recul, soit ~18-20 % d’intensification depuis 1940
Fin du 21ᵉ siècle le glacier bute sur une crête du socle rocheux et pourrait marquer une pause un répit temporaire
22ᵉ siècle si le réchauffement continue, le recul reprend de plus belle l’influence humaine redevient le moteur dominant
Pine Island Glacier
Les chercheurs ont comparé plusieurs scénarios pour comprendre le recul du glacier. En bleu, la simulation qui intègre tous les facteurs connus est celle qui correspond le mieux aux observations (points rouges). Les autres courbes montrent ce qui se serait passé sans le réchauffement d’origine humaine, sans l’événement climatique des années 1940, ou sans les deux. Conclusion : ces deux facteurs ont contribué au recul accéléré du glacier observé depuis le milieu du XXe siècle.

Le répit ne durera pas

L’enchaînement se lit comme un engrenage. Dans les années 1940, le glacier a commencé à reculer vite, sous l’effet d’eaux océaniques plus chaudes qui se glissaient sous sa plateforme de glace flottante. À partir des années 1960, le réchauffement de l’océan provoqué par l’homme est venu accentuer le mouvement. Les modèles laissent bien entrevoir une éclaircie : plus tard dans ce siècle, le glacier pourrait marquer une pause en butant sur une crête du socle rocheux, qui le retiendrait un temps. Ce répit serait toutefois de courte durée. Si le réchauffement se poursuit, l’étude prévoit qu’au 22ᵉ siècle, l’empreinte humaine redeviendra le principal moteur de son recul.

Pour Mira Adhikari, modélisatrice des calottes glaciaires au British Antarctic Survey, ces résultats renforcent un constat qui s’impose peu à peu : le changement climatique d’origine humaine atteint désormais jusqu’aux régions les plus reculées de la planète, avec des conséquences qui, elles, sont planétaires.

Falaise de glace du glacier Thwaites. Crédit photo : Rob Larter (BAS)
Falaise de glace du glacier Thwaites. Crédit photo : Rob Larter (BAS)

Ce que nous brûlons maintenant se paiera après nous

Le Pine Island renferme autour de 400 000 km³ de glace, son voisin Thwaites, surnommé le « glacier de l’apocalypse », près de 483 000. Les deux réunis pourraient ensevelir la France entière sous plus d’un kilomètre et demi de glace.

Traduit en niveau des mers, cela représente environ un demi-mètre pour le premier et 65 centimètres pour le second : à eux seuls, en fondant complètement, ils feraient monter les océans d’à peu près 1,25 mètre. Ce n’est que la partie visible du danger. Tous deux reposent sur le « ventre mou » de la calotte ouest-antarctique, un socle qui plonge sous le niveau de la mer et n’offre aucun frein naturel une fois le recul lancé. S’ils cédaient, ils pourraient entraîner l’ensemble, dont la contribution grimperait jusqu’à 3,4 mètres dans les siècles à venir.

Ainsi, prouver que nos émissions ont déjà déplacé la glace, c’est admettre que le carbone relâché aujourd’hui ne pèsera pas seulement sur la météo de demain, mais sur le trait de côte des deux prochains siècles. Le glacier de l’île du Pin, longtemps témoin muet, vient de rendre son verdict : la facture de ce que nous brûlons maintenant se réglera longtemps après nous.

Sources :

  • The Cryosphere, Detection and attribution of the role of anthropogenic climate change in industrial-era retreat of Pine Island Glacier (2 juillet 2026) https://tc.copernicus.org/articles/20/3443/2026/
    Étude originale (King’s College London, British Antarctic Survey), source des chiffres d’attribution et des projections.
  • PNAS, Synchronous retreat of Thwaites and Pine Island glaciers in response to external forcings in the presatellite era (2024) https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.2211711120
    Contexte sur le lien entre Pine Island et Thwaites et sur la stabilité de la calotte ouest-antarctique.

Image de mise en avant : Front méridional du glacier Pine Island – crédit photo : Pierre Dutrieux (BAS)

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
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