La France fait la découverte à 2 300 mètres de profondeur d’un mystérieux colosse de métal deux fois plus haut que l’Arc de triomphe qui est 0,8° trop chaud : Enez Sun

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Par 2 300 mètres de fond, des chercheurs français viennent de tomber sur une montagne de métal deux fois plus haute que le Colisée et elle n’est pas tout à fait morte.

Au beau milieu de l’Atlantique, là où la lumière n’arrive jamais, la dorsale médio-Atlantique cache des trésors qu’on commence à peine à inventorier. Lors de la campagne Hermine 3, menée du 1ᵉʳ mars au 17 avril 2026 à bord du Pourquoi pas ?, navire de la Flotte océanographique française piloté par l’Ifremer, une équipe internationale a mis au jour trois sites hydrothermaux anciens parmi les plus imposants jamais observés.

Trois colosses de sulfures endormis depuis des dizaines de milliers d’années, dévoilés au public le 23 juin 2026 !

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Enez Sun, deux fois plus grand que l’Arc de Triomphe

Le plus spectaculaire des trois porte un nom breton : Enez Sun, « île de Sein ». Il s’agit un dépôt de minerai de 300 mètres de diamètre et 100 mètres de haut, six fois plus large et deux fois plus haut que l’Arc de Triomphe, posé par 2 300 mètres de fond !

L’objet est probablement vieux de plusieurs dizaines de milliers d’années et a été baptisé en hommage à Yves Fouquet, géologue retraité de l’Ifremer originaire de cette île du sud Finistère

Il aura fallu 106 ans aux scientifiques pour comprendre d’où provient cette eau rouge des « cascades de sang » en Antarctique

Trois îles bretonnes au fond de l’Atlantique

Les deux autres monts, repérés cinq jours plus tard par 1 200 mètres de fond, ont eux aussi hérité de noms d’îles bretonnes : Enez Houad pour Houat, Enez Edig pour Hoëdic. Plus modestes qu’Enez Sun, ils restent massifs, et baignent dans un décor de coraux, d’éponges, de crinoïdes, de crabes et de poissons.

Mesure de température et prélèvement de fluide sur le site Enez Sun depuis le Nautile - Crédit : Ifremer
Mesure de température et prélèvement de fluide sur le site Enez Sun depuis le Nautile – Crédit : Ifremer
Site Dimensions Profondeur Particularité
Enez Sun (île de Sein) 300 m de diamètre × 100 m de haut 2 300 m le plus grand ; légère anomalie de chaleur et tapis bactériens
Enez Houad (île d’Houat) 400 m de long × 250 m de large × 40 m de haut 1 200 m le plus étendu des deux sites peu profonds
Enez Edig (île d’Hoëdic) 250 m de long × 100 m de large × 20 m de haut 1 200 m le plus petit des trois

Le tandem qui a rendu la trouvaille possible

Dénicher de tels objets dans le noir absolu tient de l’aiguille dans la botte de foin. Le succès doit tout à un duo bien rodé. La nuit, UlyX, un drone sous-marin autonome entré en service en 2024, ratisse de vastes étendues, jusqu’à 173 kilomètres carrés en une seule veille, soit la superficie d’une ville comme Narbonne. Il repère les points d’intérêt. Le jour, le Nautile, sous-marin habité increvable mis à l’eau en 1984, y emmène des scientifiques en chair et en os pour observer, mesurer et prélever.

En 49 jours et 24 plongées, ce tandem machine-humain a fait mouche. Au-delà des trois monts fossiles, ces immersions ont aussi enrichi la connaissance de quatre sites actifs déjà répertoriés et permis de récolter une nouvelle espèce de gastéropode endémique.

La « Flange », sorte de miroir inversé sous-marin, observé lors de la campagne Hermine 3 - Crédit : Ifremer
La « Flange », sorte de miroir inversé sous-marin, observé lors de la campagne Hermine 3 – Crédit : Ifremer

Un fossile qui n’est pas tout à fait mort ?

Ces monts sont classés « inactifs », censés éteints depuis longtemps. Pourtant, sur une zone d’Enez Sun, les capteurs ont relevé une légère anomalie de température : 0,8 °C de plus que l’eau environnante, qui stagne à 3,6 °C à cette profondeur. Là où la chaleur persiste, la vie s’accroche, et des tapis bactériens recouvrent la zone. Le géologue Ewan Pelleter, co-chef de la mission, admet qu’on ignore encore l’origine de cette tiédeur, et compte étudier la chimie associée pour savoir si ces vieux sites abritent une biodiversité singulière.

La plongée a aussi offert son lot d’émerveillements. Les chercheurs ont admiré un « flange », cette excroissance horizontale de cheminée qui piège le fluide brûlant et forme une sorte de piscine à débordement inversée, un miroir d’eau dissimulant une caverne de sulfures scintillants, où se reflètent crevettes et anémones. Deux poulpes Dumbo, ces pieuvres à oreilles, sont même venus coller un œil curieux au hublot du Nautile, ce que les océanographes décrivent comme un moment rare.

Pourquoi ces colosses attisent les convoitises ?

Derrière la beauté, l’enjeu est brûlant. Ces monts sont bâtis de sulfures polymétalliques, gorgés de cuivre, de zinc, de fer et parfois de cobalt… des métaux dont raffolent la transition énergétique, mais aussi l’électronique et la défense. Or ce sont justement les sites « inactifs » que les industriels lorgnent, la France ayant choisi dès 2016 de protéger les sites encore actifs. La campagne Hermine 3 s’inscrit d’ailleurs dans le contrat d’exploration des sulfures que l’Ifremer porte pour le compte de la France auprès de l’Autorité internationale des fonds marins, l’AIFM, l’organe onusien qui régit les fonds situés au-delà des eaux nationales. Signé en 2014 pour quinze ans, ce contrat vise à accumuler des connaissances de référence avant que quiconque ne tranche entre exploitation et sanctuarisation.

Grand chacun comme 35 fois Paris, les deux plus grands icebergs du monde gardaient une mauvaise surprise en réserve pour les scientifiques

L’AIFM tente depuis 2014 d’accoucher d’un « code minier » alors que la pression industrielle s’intensifie. La société canadienne The Metals Company a déposé la première demande mondiale d’exploitation commerciale et, faute d’accord onusien, s’est tournée vers les États-Unis, où un décret signé en 2025 entend faire de Washington le champion du minage sous-marin, droit de la mer ou pas. En face, une coalition d’une trentaine d’États, France en tête, réclame un moratoire. Au milieu de cette bataille, trois géants de métal viennent à peine de sortir de l’ombre. Reste à savoir ce qu’on en fera : des sanctuaires à étudier, ou des gisements à éventrer. La course aux métaux des abysses, elle, a déjà commencé.

Sources :

  • Ifremer, Découverte majeure de trois sites hydrothermaux anciens sur la dorsale médio-Atlantique (23 juin 2026)
    https://www.ifremer.fr/fr/presse/decouverte-majeure-de-trois-sites-hydrothermaux-anciens-sur-la-dorsale-medio-atlantique
    Communiqué officiel de la campagne Hermine 3, source primaire des sites, des dimensions et des citations.
  • Ifremer, Les amas sulfurés de fond de mer, pas si inactifs ! https://www.ifremer.fr/fr/presse/les-amas-sulfures-de-fond-de-mer-pas-si-inactifs
    Sur la frontière floue entre sites actifs et inactifs, déjà mise en évidence lors de la campagne Hermine 2.
  • IRIS, Exploitation minière des fonds marins : 2025, un tournant institutionnel et stratégique ? (mars 2025)
    https://www.iris-france.org/exploitation-miniere-des-fonds-marins-2025-un-tournant-institutionnel-et-strategique/
    Décryptage du débat à l’AIFM, de la demande de The Metals Company et du mouvement pour un moratoire.
  • Fondation IFRAP, Exploiter les fonds marins, un enjeu de souveraineté (septembre 2025)
    https://www.ifrap.org/exploiter-les-fonds-marins-un-enjeu-de-souverainete
    Sur le décret américain de 2025, la position française et les enjeux de métaux critiques.

Image de mise en avant : Passage du Pourquoi pas ? près d’un Iceberg au sud du Groenland – crédit : Ifremer, Loic TRELUYER

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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