GTT continue sa progression vers les sommets avec une nouvelle vente record en Chine.
Le 18 juin 2026, GTT (Gaztransport et Technigaz) a annoncé avoir reçu commande pour la conception de trois réservoirs géants de gaz naturel liquéfié de 240 000 m³ chacun, à installer sur le terminal chinois de Yuedong dans la province du Guangdong. La taille est inédite. Jamais aucun réservoir terrestre utilisant la technologie à membrane de GTT n’avait atteint un tel gabarit.
Mise en service prévue pour fin 2028. Le client final s’appelle PipeChina, le géant gazier d’État chinois qui contrôle environ un tiers de la capacité nationale de réception du GNL.
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GTT signe un record mondial avec trois réservoirs GNL géants de 240 000 m³ pour la Chine, du jamais vu sur le sol terrestre
Une commande qui augmente de 40% les capacités de Yuedong
Le terminal de Yuedong, dans la ville de Jieyang (côte sud de la Chine) a été lancé en 2017 avec trois réservoirs de 160 000 m³ chacun, sur fonds de la pétrolière CNOOC, puis transféré à PipeChina lors de la grande réforme gazière chinoise de 2019.
Sa capacité actuelle tourne autour de 4,2 millions de tonnes par an. Avec les trois nouvelles cuves de 240 000 m³ que GTT va concevoir, le terminal passera à 6 millions de tonnes par an. Soit un bond de capacité d’environ 40 %.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Localisation | Terminal de Yuedong, ville de Jieyang, province du Guangdong (Chine) |
| Client final | PipeChina Group (entreprise d’État chinoise) |
| Concepteur des réservoirs | GTT (Gaztransport et Technigaz, France) |
| Maître d’œuvre (EPC) | China Chengda Engineering Co., Ltd. |
| Nombre de réservoirs | 3 nouveaux (en plus des 3 existants de 160 000 m³) |
| Capacité unitaire | 240 000 m³ (record mondial pour la technologie GST membrane) pour un poids total supérieur à 108 000 tonnes |
| Capacité totale nouvelle tranche | 720 000 m³ |
| Technologie | GST® membrane full containment (dernière génération) |
| Fluides compatibles | GNL, éthane, propane, éthylène, ammoniac |
| Capacité du terminal après extension | 6 millions de tonnes de GNL par an (contre 4,2 actuellement) |
| Calendrier | Début des travaux décembre 2025, livraison T4 2028 |
| Économie d’acier vs technologie traditionnelle | -40 % d’acier nécessaire |
240 000 m³ de GNL, c’est l’équivalent énergétique de plus de 1,7 milliard de kilowattheures, soit la consommation électrique annuelle d’environ 350 000 foyers français… dans une seule cuve. À la livraison fin 2028, chaque réservoir mesurera environ 100 mètres de diamètre pour 60 mètres de hauteur. Des cathédrales métalliques posées sur la côte chinoise, refroidies à -163 °C pour maintenir le gaz à l’état liquide.

La construction des cuves a déjà démarré en décembre 2025 selon les informations rapportées par le média spécialisé LNG Prime. Ce qui veut dire que GTT travaille discrètement sur le projet depuis plusieurs mois, et que l’annonce officielle du 18 juin 2026 vient surtout couronner un partenariat déjà bien avancé.
La membrane Invar, ou comment piéger -163 °C dans une boîte en acier
Petite parenthèse technique. Pour comprendre pourquoi le monde entier court derrière GTT, il faut s’intéresser à ce que fait vraiment l’entreprise française. Sa spécialité, c’est de concevoir des systèmes capables de stocker du gaz naturel sous forme liquide, à -163 °C. À cette température, le gaz prend 600 fois moins de volume qu’à l’état gazeux. Donc on peut le transporter et le stocker en quantités considérables, à condition de réussir l’exploit thermique de le maintenir si froid sans qu’il se réchauffe.
La technologie clé de GTT est la membrane cryogénique. Il s’agit de la couche au contact direct du GNL, une fine feuille d’Invar, un alliage de fer et de nickel à 36 % qui présente la particularité magique d’avoir un coefficient de dilatation thermique quasiment nul. En clair, qu’il fasse -163 °C ou +30 °C, l’Invar ne se déforme pas. Pas de fissure, pas de fuite. Juste derrière la membrane, on trouve une couche d’isolation thermique haute performance (polyuréthane et mousse expansée). Puis une seconde membrane de protection, puis une autre couche d’isolation, avant enfin l’enceinte extérieure en béton armé qui assure la sécurité ultime.
L’astuce du système, c’est que ce n’est pas la coque en métal qui supporte la pression. Le froid est confiné dans la membrane interne. La cuve métallique extérieure n’a presque rien à faire. D’où le nom de « full containment » (confinement total), qui rassure beaucoup les autorités de sécurité. C’est ce qui a fait la fortune de GTT depuis les années 1960 dans le transport maritime de GNL.

Pour Yuedong, GTT utilise la déclinaison GST® de cette technologie, spécialement adaptée aux réservoirs de stockage à terre. Dérivée de la membrane Mark III qui équipe les méthaniers, elle permet de réduire de 40 % la quantité d’acier nécessaire à la construction, donc une empreinte carbone plus légère. Elle offre aussi 10 % de capacité de stockage en plus à emprise au sol égale. Cerise sur le gâteau : ces cuves peuvent aussi stocker de l’éthane, du propane, de l’éthylène et même de l’ammoniac. De quoi convertir l’installation vers d’autres carburants si jamais le GNL devait perdre du terrain demain. Une polyvalence loin d’être anecdotique au moment où l’ammoniac s’impose comme un vecteur potentiel pour décarboner le transport maritime.
GTT, l’entreprise française qui domine sans qu’on la remarque
On en a déjà parlé plusieurs fois sur Media24 cette année mais pour rappel GTT, c’est moins de 1 000 salariés, un siège social à Saint-Rémy-lès-Chevreuse dans les Yvelines, et un quasi-monopole mondial sur les systèmes de confinement à membrane pour le GNL. La société équipe plus de 80 % des méthaniers en service ou en construction dans le monde. Près de la moitié des commandes de nouveaux méthaniers passent désormais par sa technologie Mark III ou ses dérivés.
GTT ne construit aucun navire ni aucune cuve. L’entreprise se contente de vendre des licences technologiques aux chantiers navals qui réalisent physiquement les méthaniers. Au passage, elle perçoit des redevances : ce sont elles qui constituent 92,1 % de son chiffre d’affaires en 2025. On parle ici d’un modèle « asset-light » : pas d’usine, pas de dette industrielle lourde, juste des cerveaux qui dessinent et brevettent. Avec une rentabilité opérationnelle qui ferait pâlir Stellantis. En 2025, GTT a déposé 68 brevets, ce qui place l’entreprise en tête des 5 500 ETI françaises au classement INPI, et même 23e toutes entreprises confondues du pays.
La Chine, un nouveau terrain conquis par la technologie tricolore
Historiquement, l’écrasante majorité des clients de GTT sont coréens. À tel point qu’en 2024, encore près de 89 % des ventes de l’entreprise venaient de Corée du Sud, où trônent les trois chantiers navals géants (HD Hyundai, Hanwha Ocean ex-Daewoo, et Samsung Heavy Industries). La Chine ne représentait qu’environ 7,7 % du portefeuille, surtout via le chantier Hudong-Zhonghua à Shanghai.
L’annonce de Yuedong marque donc un tournant intéressant. Au-delà du volume, c’est la nature même du contrat qui change : on ne parle plus de méthaniers naviguant, mais de réservoirs terrestres fixes.
Cela montre que la Chine, malgré ses efforts pour développer ses propres technologies à membrane (notamment via Hudong-Zhonghua justement, qui essaie de copier la GTT depuis vingt ans), continue de s’en remettre à l’expertise française pour les projets stratégiques où l’erreur n’est pas permise.
Il faut dire que l’enjeu est de taille. La Chine est devenue en quelques années le deuxième importateur mondial de GNL derrière le Japon, avec environ 80 millions de tonnes importées en 2024. Selon l’AIE, la demande mondiale de GNL devrait atteindre 540 millions de tonnes en 2025, contre 400 millions en 2021. C’est l’une des très rares formes d’énergie fossile dont la consommation continue de croître mondialement, principalement parce qu’elle remplace du charbon en Asie. PipeChina, qui opère huit terminaux GNL en service et deux en construction, joue donc un rôle clé pour assurer cette transition au sein de la deuxième économie mondiale.
Sources :
- GTT, GTT to design three 240,000 m³ onshore LNG storage tanks, the world’s largest featuring its GST® technology (18 juin 2026)
https://www.gtt.fr/news/gtt-design-three-240000-m3-onshore-lng-storage-tanks-worlds-largest-featuring-its-gstr
Communiqué officiel de GTT sur la commande des trois cuves géantes pour le terminal Yuedong en Chine. - LNG Prime, GTT secures new onshore LNG tank gig in China (juin 2026)
https://lngprime.com/asia/gtt-secures-new-onshore-lng-tank-gig-in-china/189577/
Détails sur le calendrier (construction démarrée en décembre 2025), capacité du terminal et opérations de PipeChina en Chine. - Upstream Online, GTT to design ‘very large’ LNG storage tanks for PipeChina’s Yuedong terminal expansion (18 juin 2026)
https://www.upstreamonline.com/lng/gtt-wins-key-gig-for-strategic-china-lng-project/2-1-2005740
Analyse stratégique de l’extension du terminal de Yuedong et citation de François Michel, CEO de GTT.




