Les Coréens savent quoi faire d’un plasma à 900 degrés et des 10 millions de tonnes de marc de café produites annuellement sur Terre : du biocharbon

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Ce déchet que vous jetez tous les matins pourrait devenir un charbon vert.

Chaque année, la planète produit plus de dix millions de tonnes de marc de café. La quasi-totalité finit enfouie en décharge ou brûlée, où elle relâche tranquillement ses gaz à effet de serre. Un déchet encombrant, humide, collant, dont personne ne sait trop quoi faire.

Certains y ont vu une opportunité et depuis plusieurs années les scientifiques multiplient les tentatives pour faire de ce déchet encombrant du charbon végétal capable de rivaliser avec l’anthracite, la forme la plus dense et la plus énergétique du charbon.

Pour atteindre cet objectif, une équipe sud-coréenne a mis au point un procédé qui carbonise le marc de café trempé en moins de deux minutes, sans le sécher au préalable. Le secret ? Une astuce contre-intuitive qui transforme l’eau, d’habitude l’ennemie jurée de ce genre de traitement, en alliée. On vous explique tout dans cet article !

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Des chercheurs transforment le marc de café humide en combustible aussi énergétique que l’anthracite, et en seulement 90 secondes

Du marc à la braise, en moins de temps qu’un expresso

Le produit obtenu porte un nom : le biocharbon, ou biochar, une matière noire et poreuse, riche en carbone, que l’on fabrique en chauffant de la matière organique à l’abri de l’air. Rien de nouveau en soi. Sauf que jusqu’ici, transformer du marc de café en biocharbon relevait du casse-tête, pour une raison toute bête : l’humidité.

Le marc qui sort de votre cafetière est gorgé d’eau, à hauteur de 55 % environ. Or les procédés classiques détestent l’eau. Il faut d’abord sécher la matière, parfois pendant des heures, ce qui consomme une énergie folle et fait s’effondrer toute la rentabilité de l’opération. Un cercle vicieux qui a longtemps condamné le marc à la poubelle.

La trouvaille des chercheurs coréens s’appelle la pyrolyse à flamme plasma. Le principe : des flammes de plasma, portées à une température comprise entre 800 et 900 degrés, balaient le marc humide directement, sans séchage préalable. Ces flammes sont générées par la combustion d’un mélange de gaz de pétrole liquéfié (GPL) et d’air comprimé. Au bout de 90 secondes, c’est terminé. Le marc trempé est devenu une braise prête à l’emploi.

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L’astuce géniale : faire de l’eau le moteur de la réaction

C’est ici que l’histoire devient amusante. Plutôt que de combattre l’humidité, les chercheurs s’en servent comme d’un carburant caché.

Imaginez un grain de marc plongé d’un coup dans cette fournaise. L’eau emprisonnée à l’intérieur n’a pas le temps de s’évaporer doucement : elle se transforme instantanément en vapeur, la pression grimpe en flèche, et le grain littéralement explose de l’intérieur. À l’échelle microscopique, des milliers de petites détonations déchiquettent la matière. Les chercheurs ont baptisé ce phénomène l’« effet pop-corn », et l’image est parfaite : c’est exactement le même mécanisme qui fait éclater un grain de maïs dans une poêle chaude.

Ces micro-explosions font deux choses à la fois. Elles accélèrent la carbonisation, et elles creusent dans le charbon une myriade de cavités. Résultat, le biocharbon obtenu est extraordinairement poreux.

L’eau, l’ennemie d’hier, devient ainsi un agent qui active la transformation et améliore la qualité du produit. Joli renversement.

Les chiffres de performance suivent. Le biocharbon atteint un pouvoir calorifique de 29 mégajoules par kilo, soit environ 33 % de plus que le marc de départ, et comparable à celui de l’anthracite. Sa teneur en carbone fixe est presque triplée, passant de 15,6 à 46,2 %. Cerise sur le gâteau, le soufre disparaît entièrement, ce qui évite les rejets de dioxyde de soufre lors de la combustion, l’un des grands responsables des pluies acides.

90 secondes contre six heures : la vraie rupture

Procédé Durée Température Séchage préalable Source de chaleur
Pyrolyse à flamme plasma (FPP) 90 secondes 800 à 900 °C Aucun Plasma issu de la combustion (GPL + air comprimé)
Carbonisation hydrothermale 1 à 6 heures 180 à 260 °C Non (traitement en milieu aqueux) Eau chaude sous pression
Torréfaction 30 minutes à plusieurs heures 200 à 300 °C Oui, indispensable Chaleur en atmosphère inerte

La pyrolyse à flamme plasma va de 40 à 240 fois plus vite que la carbonisation hydrothermale, et plus de vingt fois plus vite que la torréfaction. Mieux, elle s’appuie sur un plasma né de la combustion, et non sur les dispositifs à plasma électrique, beaucoup plus gourmands en énergie. De quoi imaginer de petites unités installées directement là où les déchets s’accumulent, plutôt que d’imposer de coûteux transports vers une usine centralisée.

Tout n’est pas magique pour autant. Il existe une fenêtre optimale, autour de 90 secondes : au-delà, les pores finissent par s’effondrer et le matériau se dégrade et le procédé consomme du gaz de pétrole liquéfié, une énergie fossile, ce qui pose la question de son bilan carbone réel à grande échelle.

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Après le café, le vrai chantier

Reste que le marc de café n’est sans doute qu’un galop d’essai. S’il a servi de cobaye, c’est parce qu’il est abondant, homogène et bien documenté. Le potentiel se situe ailleurs, dans tous ces déchets gorgés d’eau que nos sociétés ne savent pas valoriser sans les sécher d’abord à grands frais.

L’équipe vise déjà les boues d’épuration des stations de traitement des eaux, les déchets alimentaires de nos cuisines et cantines, et les résidus agricoles qui pourrissent dans les champs. Autant de matières humides, encombrantes, considérées comme des problèmes à éliminer. Le pari du KIGAM est d’inverser le regard : et si, au lieu de payer pour s’en débarrasser, on les voyait comme des gisements d’énergie et de carbone ?

La cafetière du petit déjeuner aura peut-être ouvert une porte bien plus large qu’elle n’en avait l’air.

Sources :

  • Taejun Park, Gideok Park, Hyunseung Shin,
    Rapid conversion of wet spent coffee grounds into high-calorific biochar via drying-free flame plasma pyrolysis for process intensification,
    Chemical Engineering Journal,
    Volume 537,
    2026,
    176452,
    ISSN 1385-8947,
    https://doi.org/10.1016/j.cej.2026.176452.
  • EurekAlert! (communiqué KIGAM), Wet coffee grounds turned into high-grade solid fuel in just 90 seconds (juin 2026)
    https://www.eurekalert.org/news-releases/1132173
    Communiqué officiel de l’institut coréen détaillant l’effet pop-corn, le taux d’humidité de 55 % et la nature atmosphérique du plasma.

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Eric GARLETTI
Eric GARLETTIhttps://www.eric-garletti.fr/
Je suis curieux, défenseur de l'environnement et assez geek au quotidien. De formation scientifique, j'ai complété ma formation par un master en marketing digital qui me permet d'aborder de très nombreux sujets. Depuis 2025 Ambassadeur du Spatial pour le CNES

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