La France donne un double « feu vert » à son nouveau champion du nucléaire qui promet une nouvelle génération de petits réacteurs modulaires : newcleo

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Une nouvelle étape franchie pour la pépite franco-italienne du nucléaire.

Newcleo a annoncé ce 17 juillet 2026 avoir reçu un avis positif de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection française (ASNR) sur le dossier de sûreté de sa future usine de combustible MOX en France.

En outre, le Secrétariat général pour l’investissement (SGPI) vient de reconnaître que newcleo a désormais dépassé le cadre du programme France 2030 tellement son développement va vite.

Deux nouvelles jumelles qui matérialisent la trajectoire remarquable de cette entreprise fondée en 2021 par le physicien-entrepreneur italien Stefano Buono, aujourd’hui basée à Paris, qui s’apprête à prendre le contrôle industriel d’un pan entier du nucléaire européen de nouvelle génération.

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Un dossier de sûreté déposé fin 2024, validé mi-2026

En décembre 2024, newcleo avait déposé auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (l’ASNR, née de la fusion en 2025 entre l’ASN et l’IRSN) un dossier complet présentant l’approche de sûreté envisagée pour sa future usine de fabrication de combustible MOX en France.

Le MOX est un combustible nucléaire composé d’un mélange d’oxyde d’uranium et d’oxyde de plutonium (d’où le nom Mixed Oxide, ou « oxyde mixte » en français). Il présente un intérêt majeur : il peut être fabriqué à partir de matières nucléaires recyclées, notamment du plutonium récupéré dans le combustible usagé des centrales existantes. Un vrai enjeu de valorisation des stocks de matières nucléaires accumulés depuis soixante ans en France.

Après dix-huit mois d’examen approfondi, l’ASNR a rendu son avis officiel le 13 juillet 2026 : les provisions proposées par newcleo pour l’approche de sûreté sont jugées satisfaisantes au stade actuel du projet et capables de répondre aux objectifs du cadre réglementaire français. Ce qui signifie que le dossier tient la route et que newcleo peut avancer vers la prochaine étape, à savoir la demande de licence de construction. Un signal fort de reconnaissance, d’autant que c’est la première fois qu’un développeur privé de technologie nucléaire innovante franchit cette étape en France, tous les précédents dossiers ayant historiquement été portés par EDF ou par Framatome pour des technologies éprouvées.

Newcleo est également la première entreprise privée développant une technologie de réacteur innovante à conduire en parallèle un débat public national de trois mois sur ses deux projets français (usine MOX et réacteur LFR), sous la conduite de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP). Une exigence de transparence exigeante qui pèse dans la balance de la crédibilité du projet, à un moment où toutes les questions de sûreté et d’acceptabilité sociale du nucléaire refont surface un peu partout en Europe.

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La feuille de route des projets français de newcleo

Projet Nature Statut réglementaire au 17 juillet 2026 Calendrier prévisionnel
Usine MOX en France Fabrication de combustible MOX à partir de matières nucléaires recyclées Avis ASNR positif rendu le 13 juillet 2026 sur le dossier de sûreté Prochaine étape : demande de licence de construction, mise en service visée en 2031
Réacteur LFR-AS-200 en France Réacteur modulaire avancé de 200 MWe refroidi au plomb liquide Dossier de sûreté en cours d’examen par l’ASNR Premier réacteur commercial visé en 2032
Débat public national Consultation citoyenne sur les deux projets français (une première mondiale pour un opérateur privé) En cours pour une durée totale de trois mois, pilotée par la CNDP Conclusions attendues à l’automne 2026
Programme France 2030 Volet public d’accompagnement au financement innovant SGPI clôture officiellement la phase 2 en juillet 2026 (newcleo dépasse le cadre du programme) L’État français continue à accompagner via l’ASNR, les services étatiques et les initiatives d’export
Coopération continue avec l’État Support licences, services étatiques et export Formalisation en cours suite à la décision SGPI Nouvel accord-cadre attendu deuxième semestre 2026

France 2030 clôturé : un adieu qui ressemble à un compliment

Le deuxième volet de l’annonce du 17 juillet mérite une explication. Le Secrétariat général pour l’investissement (l’organisme rattaché à Matignon qui pilote les grands programmes d’investissement public de l’État français, dont le fameux France 2030) a donc décidé de clôturer la phase 2 du programme concernant newcleo. Motif invoqué dans les mots du SGPI : la société a levé tellement de fonds privés et progressé à une telle vitesse qu’un apport public supplémentaire deviendrait « marginal et inefficace ».

Cette formulation ne doit pas être lue comme un désengagement mais bien comme un compliment officiel : newcleo a atteint une maturité industrielle et financière qui dépasse le cadre initial du programme, ce que le SGPI reconnaît explicitement dans son communiqué. L’État français ne coupe pas les ponts pour autant. Bien au contraire, il annonce vouloir continuer à accompagner newcleo par d’autres voies : soutien réglementaire à travers l’ASNR (qui continuera à instruire les dossiers de sûreté), services étatiques pour les projets sur le territoire français, et initiatives à l’export pour aider la société à commercialiser sa technologie à l’international. Un dispositif classique de suivi post-startup, comparable à ce qu’obtiennent traditionnellement des Framatome ou Naval Group sur leurs marchés à l’export.

Stefano Buono, PDG et fondateur de Newcleo, a résumé la séquence dans un communiqué mesuré : « Nous accueillons l’avis positif de l’ASNR, qui reflète des années de travail de nos équipes sur nos installations MOX. Nous sommes fiers de contribuer à l’industrie nucléaire française, et nous remercions France 2030 pour son soutien qui a accéléré notre développement technologique, renforcé notre présence en France, favorisé les partenariats stratégiques et attiré les investissements privés. »

Le LFR-AS-200 en quelques mots

Si vous nous suivez depuis un petit moment ,vous devez déjà être accoutumé à la technologie particulière de newcleo mais pour les nouveaux lecteurs, prenons quelques secondes pour vous l’expliquer.

La technologie développée par la société s’appelle LFR, pour Lead-cooled Fast Reactor (réacteur rapide refroidi au plomb en français). Sa version commerciale phare, le LFR-AS-200, est un petit réacteur modulaire d’une puissance de 200 mégawatts électriques (soit environ un cinquième d’un EPR classique) dont le fonctionnement repose sur deux ruptures majeures par rapport aux réacteurs à eau pressurisée qui équipent aujourd’hui les 56 réacteurs français.

Fonctionnement des réacteurs neutrons rapides

Première rupture : le refroidissement. Là où un REP classique (comme les 900, 1300 ou 1450 MWe d’EDF) utilise de l’eau pressurisée pour extraire la chaleur du cœur, le LFR utilise du plomb liquide, un métal fondu qui se maintient sous forme liquide entre 327 °C et 1 749 °C. Ce fluide caloporteur a un avantage énorme sur l’eau : il ne se transforme pas en vapeur explosive en cas de perte de pression, il ne peut pas provoquer d’accident comme Fukushima, et il fonctionne à la pression atmosphérique (contre 150 bars pour un REP classique). Résultat : un réacteur beaucoup plus simple mécaniquement, beaucoup plus sûr par conception (on parle de « sûreté passive »), et surtout beaucoup moins coûteux à construire puisqu’il n’a pas besoin de la fameuse cuve en acier hyper-épaisse qui pèse dans le budget d’un EPR.

Deuxième rupture : le spectre neutronique. Un REP classique fonctionne en « spectre thermique », c’est-à-dire avec des neutrons ralentis par de l’eau, ce qui limite le rendement du combustible et produit beaucoup de déchets radioactifs à longue durée de vie (les fameux transuraniens qui restent radioactifs pendant des dizaines de milliers d’années). Un LFR fonctionne au contraire en « spectre rapide », avec des neutrons non ralentis qui peuvent transformer les déchets nucléaires en carburant neuf. C’est là que le combustible MOX validé par l’ASNR entre en jeu : à partir du plutonium et des actinides mineurs récupérés dans le combustible usagé des centrales existantes (dont la France a accumulé un stock considérable depuis les années 1970), newcleo peut fabriquer du combustible neuf pour ses LFR. Autrement dit, la France pourrait recycler ses propres déchets nucléaires pour alimenter les futurs réacteurs newcleo, tout en réduisant significativement le volume et la radiotoxicité finale du combustible usé.

Une famille de réacteurs et une intégration verticale unique

Le LFR-AS-200 n’est pas le premier étage de la fusée. newcleo a construit méthodiquement une roadmap technologique complète en plusieurs jalons.

Vue en coupe du Réacteur LFR-AS-30 de newlceo.
Vue en coupe du Réacteur LFR-AS-30 de newlceo.

Premier jalon, PRECURSOR, un démonstrateur non-nucléaire de 10 mégawatts chauffé électriquement pour reproduire à échelle réelle le fonctionnement des composants d’un LFR, dont l’assemblage est en cours cette année. Deuxième jalon, la boucle expérimentale OTHELLO de 2 mégawatts thermiques installée au centre de recherche italien de l’ENEA à Brasimone (opérationnelle depuis avril 2026). Troisième jalon, le LFR-AS-30, un démonstrateur nucléaire de 30 mégawatts électriques prévu pour 2032. Quatrième jalon, le LFR-AS-200 commercial pour 2032 également. Cinquième jalon, le LFR-TL-30, un mini-réacteur transportable de 30 mégawatts destiné aux applications industrielles et maritimes, également en 2032.

Cette méthode de développement pas à pas, avec un démonstrateur non-nucléaire avant tout démarrage nucléaire réel, est saluée par la communauté internationale de la sûreté nucléaire. Elle traduit une culture d’ingénierie mature que peu d’acteurs privés du nucléaire innovant peuvent revendiquer aujourd’hui. Cerise sur le gâteau, newcleo a fait le choix stratégique d’intégrer verticalement l’ensemble de sa chaîne industrielle par des acquisitions ciblées : la fabrication des composants principaux (via Fucina Italia à Piombino), l’ingénierie et le transport (via SRS), et jusqu’à la turbine (fournie par le géant italien Fincantieri). Le PDG Stefano Buono aime à rappeler que Newcleo est aujourd’hui « probablement le seul acteur au monde capable de démontrer l’ensemble des fonctionnalités d’un réacteur de bout en bout ». Autant dire que la boîte a pris de la profondeur en cinq ans.

Cap sur le NASDAQ, mais Paris reste le siège

Une mention rapide sur l’autre grand mouvement stratégique en cours chez Newcleo. Le 27 mai 2026, la société a annoncé un accord de fusion avec la SPAC américaine NewHold Investment Corp III (cotée au NASDAQ sous le ticker NHIC), qui doit lui permettre de s’introduire à la bourse américaine sous le ticker NWCL au second semestre 2026. Une opération qui valorise Newcleo à environ 2,4 milliards de dollars (soit environ 2 milliards d’euros) et qui devrait apporter jusqu’à 429 millions de dollars supplémentaires (soit environ 365 millions d’euros) au bilan de la société, entre un placement privé PIPE de 220 millions et jusqu’à 209 millions issus de la trésorerie de la SPAC.

Ce choix du NASDAQ interroge évidemment sur la souveraineté française, dans un contexte où le nucléaire redevient un enjeu stratégique majeur. Stefano Buono l’a précisé cependant dans plusieurs interviews récentes : newcleo gardera son siège opérationnel à Paris, ses équipes techniques principales en France et en Italie, et considère le marché américain comme un débouché commercial prioritaire (data centers, hydrogène, industriels lourds) plutôt que comme une relocalisation stratégique. La bourse américaine offre par ailleurs des capacités de financement bien supérieures à ce qu’un marché européen fragmenté peut proposer pour une deeptech à forte intensité capitalistique. Un pragmatisme financier qui ne remet pas en cause l’ancrage industriel français, mais qui matérialise une réalité : pour financer les milliards nécessaires à la construction du premier LFR commercial d’ici 2032, il faut aller chercher l’argent là où il se trouve, et c’est aujourd’hui à New York.

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Une belle histoire industrielle à suivre

Ce qui rend newcleo particulièrement intéressant, c’est peut-être le mélange rare qu’incarne la société : une technologie nucléaire innovante crédible (le LFR-AS-200, avec sa capacité à recycler les déchets nucléaires existants comme carburant), une équipe fondatrice expérimentée (Stefano Buono a déjà réussi à sortir une deeptech en bourse et à la vendre plusieurs milliards), une trajectoire réglementaire méthodique (avis positif ASNR, débat public en cours, dossier NRC déposé aux USA), un ancrage industriel français réel (Paris siège, ASNR régulateur, premier réacteur commercial visé sur le territoire national), une intégration verticale par acquisitions ciblées, et une base d’actionnaires solide avec les grandes familles industrielles italiennes derrière (Agnelli, Malacalza, Petrone). Autant d’ingrédients qu’on retrouve rarement réunis dans une même deeptech européenne.

Restent bien sûr les défis à venir. Newcleo doit encore franchir de nombreuses étapes avant les premiers kilowattheures commerciaux : autorisation de construction, financement industriel, montée en cadence, qualification définitive du MOX, débat public, contrats commerciaux. La route est longue et coûteuse, et rien n’est joué d’avance. L’annonce du 17 juillet 2026 traduit toutefois indiscutablement une accélération dans la bonne direction. Le prochain rendez-vous majeur sera l’avis de l’ASNR sur le réacteur LFR lui-même, attendu dans les prochains mois. Rendez-vous à ce moment-là pour un bilan actualisé, avec l’idée qu’une belle histoire industrielle française et européenne est peut-être en train de se construire sous nos yeux, dans le silence des salles de dossiers réglementaires et des ateliers d’ingénierie.

Un signal précieux dans une période où le nucléaire redevient une pièce maîtresse du puzzle énergétique mondial.

Sources :

  • GlobeNewswire (communiqué officiel Newcleo), newcleo advances MOX fuel licensing in France and enters new collaboration phase with French authorities (17 juillet 2026)
    https://www.globenewswire.com/news-release/2026/07/17/3329250/0/en/newcleo-advances-mox-fuel-licensing-in-france-and-enters-new-collaboration-phase-with-french-authorities.html
    Communiqué officiel de l’annonce, avis ASNR du 13 juillet 2026 sur le dossier de sûreté MOX, décision SGPI de clôture de la phase 2 France 2030, citations de Stefano Buono.
  • World Nuclear News, Newcleo advances MOX fuel licensing in France (17 juillet 2026)
    https://www.world-nuclear-news.org/articles/newcleo-advances-mox-fuel-licensing-in-france
    Reprise détaillée de l’annonce, contexte réglementaire ASNR, demandes complémentaires du régulateur (crash aérien, incendie, confinement), calendrier de demande de licence de construction.
  • Reuters (via US News & World Report), Nuclear Firm Newcleo to List on Nasdaq in a Deal Valuing It at $2.4 Billion (27 mai 2026)
    https://money.usnews.com/investing/news/articles/2026-05-27/nuclear-firm-newcleo-to-list-on-nasdaq-in-a-deal-valuing-it-at-2-4-billion
    Détails de la fusion avec NewHold Investment Corp III, valorisation pré-money 2,4 Md$, jusqu’à 429 M$ attendus, closing 2e semestre 2026, partenariat avec Oklo, citations de Stefano Buono.

Image de mise en avant :

Le projet LFR-AS-30 de newcleo prévoit la construction d’un réacteur modulaire avancé (AMR) de 30 MW électriques refroidi au plomb, avec une mise en service visée fin 2033. L’entreprise prévoit d’y investir 1,2 milliard d’euros, de créer jusqu’à 1 000 emplois durant le chantier puis 300 emplois permanents à l’exploitation, sur un site envisagé à Savigny-en-Véron ou Beaumont-en-Véron, en Indre-et-Loire – crédit : newcleo.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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