À plus de 104 ans cette entreprise française continue de préparer l’avenir énergétique de l’Hexagone avec une nouvelle technologie de rupture sur les batteries

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Un vétéran centenaire des batteries part à l’assaut d’une chimie de rupture avec une jeune startup américaine.

Le 3 août 2026, Saft (filiale à 100 % de TotalEnergies) et Mana Battery (deeptech américaine basée à Broomfield dans le Colorado) ont annoncé la signature d’un accord de développement conjoint pour concevoir et commercialiser des batteries sodium-ion anode-free de nouvelle génération.

Ces dernières viseront les marchés les plus exigeants du monde (défense, aérospatial, ferroviaire, data centers, alimentations sans interruption industrielles), là où la chimie lithium-ion actuelle bute encore sur des problèmes de sécurité, de coût et de dépendance à la Chine.

Une nouvelle qui remet Saft, entreprise française fondée en 1918, au cœur de la course mondiale aux batteries stratégiques. Décryptage d’une alliance qui pourrait bien redonner du souffle au sodium-ion européen !

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La Société des accumulateurs fixes et de traction, fondée à Paris en 1918 par l’industriel Victor Hérold, a passé plus de cent ans à équiper en batteries les industries les plus exigeantes du monde : sous-marins de la Marine nationale française, satellites du CNES et de l’Agence spatiale européenne, chars Leclerc et lanceurs Ariane, TGV et RER, phares maritimes, télécoms et data centers. Un catalogue de références qui trace en creux le fil de l’industrie stratégique française du XXe siècle. Aujourd’hui basée à Levallois-Perret dans les Hauts-de-Seine, la société emploie environ 4 300 personnes dans le monde, avec des sites de production en France (Nersac, Poitiers, Bordeaux), aux États-Unis (Jacksonville en Floride) et au Royaume-Uni. Son chiffre d’affaires annuel s’élève à environ 1,2 milliard d’euros.

Rachetée par TotalEnergies en 2016 pour 950 millions d’euros, Saft est devenue le bras armé du pétrolier français dans le stockage électrique, avec pour mandat implicite d’accompagner la transition énergétique du groupe. Sous la direction de son PDG Cedric Duclos, la boîte a considérablement accéléré son investissement en R&D depuis cinq ans, avec plusieurs annonces récentes qui témoignent d’une vraie ambition. Le 29 juillet dernier, Saft a notamment lancé sa nouvelle génération de batteries UPS baptisée Flex’ion Gen3, dédiée aux data centers et à l’infrastructure critique.

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L’accord avec Mana Battery, un pari sur la chimie de rupture

Mana Battery est une jeune deeptech de vingt-cinq à trente personnes basée à Broomfield au Colorado, à quelques kilomètres de Denver et de l’Université du Colorado Boulder dont elle est un spin-off direct.

Fondée en 2023, l’entreprise mise sur deux ruptures technologiques associées : un électrolyte propriétaire qui embarque des molécules extinctrices d’incendie (une innovation qui améliore drastiquement la sécurité thermique des cellules) et une architecture dite anode-free qui augmente significativement la densité énergétique par rapport aux designs sodium-ion classiques.

L’accord signé le 3 août est un JDA, ou Joint Development Agreement, ce qui signifie que les deux sociétés s’engagent à collaborer sur le développement, la validation et la commercialisation des cellules, sans pour autant former une coentreprise ni s’engager sur un accord de fourniture à ce stade. Mana Battery apporte son électrolyte et son architecture anode-free. Saft apporte son expertise industrielle en design de cellules, prototypage, fabrication, essais et qualification pour les standards militaires et aérospatiaux les plus exigeants. Une répartition des rôles claire, qui prolonge une évaluation technique commune démarrée dès 2025.

Le but est de livrer aux clients de Saft (industries de défense, agences spatiales, ferroviaires, opérateurs de data centers et fournisseurs d’infrastructure critique) des batteries sodium-ion combinant hautes performances, sécurité maximale et chaîne d’approvisionnement affranchie du lithium chinois.

Le sodium-ion anode-free en quelques mots

Le sodium-ion, ou Na-ion pour les chimistes, est une chimie de batterie alternative au lithium-ion qui gagne en maturité depuis cinq ans. Le principe est le même que pour le lithium : des ions circulent entre une cathode et une anode à travers un électrolyte, générant du courant électrique lors de la décharge, puis inversant leur mouvement lors de la recharge. Sauf qu’à la place du lithium (un métal rare, cher et concentré géographiquement dans quelques pays), on utilise du sodium, l’un des éléments les plus abondants de la croûte terrestre (le composant principal du sel de cuisine, autrement dit). Cela donne des cellules potentiellement beaucoup moins chères, avec une chaîne d’approvisionnement diversifiée mondialement, et une sécurité thermique intrinsèque supérieure au lithium (le sodium s’emballe beaucoup moins brutalement en cas d’accident).

L’innovation de Mana Battery ajoute une seconde couche de rupture avec l’architecture anode-free. Dans une batterie sodium-ion classique, l’anode est constituée d’un matériau actif spécifique (souvent du carbone dur) qui va accueillir les ions sodium lors de la charge. Cette anode occupe un volume significatif dans la cellule et pèse un poids conséquent.

Or, l’idée révolutionnaire de l’anode-free consiste à supprimer purement et simplement ce matériau d’anode lors de la fabrication. À la place, l’anode se forme in situ lors du premier fonctionnement de la batterie : les ions sodium viennent se déposer directement sur le collecteur de courant en cuivre, formant naturellement une couche métallique de sodium.

Résultat : moins de matière, moins de poids, moins de volume pour la même quantité d’énergie stockée.

Pour comprendre, voici la comparaison directe entre les trois chimies :

Critère Lithium-ion (LFP, référence actuelle) Sodium-ion classique Sodium-ion anode-free (Saft-Mana)
Matière première principale Lithium (rare), cobalt et nickel possibles Sodium (abondant, ~30 fois moins cher que le lithium) Sodium (abondant), pas de matériau d’anode
Densité énergétique 160 à 200 Wh/kg 130 à 175 Wh/kg Objectif 220 à 250 Wh/kg (approche du lithium)
Sécurité thermique Risque d’emballement thermique documenté Bien plus stable que le lithium Électrolyte auto-extinguible (Mana Battery)
Plage de température de fonctionnement -20 à +60 °C (dégradation en froid extrême) -40 à +80 °C (excellent en froid extrême) -40 à +80 °C (idéal pour applications militaires arctiques)
Cycles de vie estimés 2 000 à 4 000 cycles 3 000 à 10 000 cycles selon design À qualifier en conditions industrielles
Chaîne d’approvisionnement Concentrée en Chine, Australie, Chili, Congo Mondialement diversifiée Mondialement diversifiée
Coût cellulaire cible Environ 55 à 60 dollars par kWh Environ 19 à 30 dollars par kWh (CATL Naxtra) Positionné sur les marchés à valeur ajoutée
Applications privilégiées Véhicules électriques, électronique grand public Stockage stationnaire, VE bas coût, outillage Défense, aérospatial, ferroviaire, data centers IA, UPS industriels

Marchés cibles du sodium-ion de Saft

La bataille mondiale du sodium-ion

Terminons par le vrai enjeu géopolitique. La Chine domine sans partage le marché mondial du sodium-ion en 2026, comme elle domine celui du lithium-ion depuis dix ans. Le leader mondial CATL, basé à Ningde dans le Fujian, a lancé en 2025 sa gamme sodium-ion baptisée Naxtra, avec des cellules affichant une densité énergétique de 175 wattheures par kilo (soit à peu près la performance du LFP lithium classique) pour un coût de fabrication estimé à environ 19 dollars par kilowattheure (soit environ 16 euros), contre 55 à 60 dollars par kWh pour le LFP à gros volumes. Un différentiel de prix qui frôle les 65 % en faveur du sodium-ion, tout simplement révolutionnaire.

En février 2026, CATL a démarré la production en masse des premiers véhicules électriques grand public équipés de ces cellules, en partenariat avec Changan Automobile. Le géant chinois annonce déployer sa technologie sur les voitures particulières, les camions, l’échange de batteries et le stockage stationnaire d’ici la fin 2026.

BYD, le numéro deux mondial (également chinois), n’est pas en reste : la société a lancé la construction d’une méga-usine sodium-ion de 30 gigawattheures par an à Xining dans le Qinghai (opérationnelle depuis juillet 2025), et une seconde de même capacité à Xuzhou dans le Jiangsu. À elles deux, ces usines vont porter la capacité de production sodium-ion de BYD à 60 GWh par an, soit l’équivalent de plusieurs centaines de milliers de voitures électriques annuellement. À côté de ces deux mastodontes, des acteurs comme HiNa Battery, BenAn Energy, Li-FUN et Hithium poussent chacun leurs propres solutions, souvent avec le soutien financier des collectivités locales chinoises et du gouvernement central.

Le marché mondial du sodium-ion est projeté à environ 1,08 milliard de dollars (environ 918 millions d’euros) pour 2026, avec un taux de croissance annuel prévu de plus de 15 % dans les années à venir, et les Chinois trustent aujourd’hui environ 90 % de la production commerciale mondiale.

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L’Occident tente de rattraper, entre startups et vétérans

Face à ce rouleau compresseur asiatique, l’Occident tente de se positionner sur des créneaux différenciés. Aux États-Unis, Natron Energy à Santa Clara (Californie) mise sur la chimie au bleu de Prusse, avec des cellules ultra-sécurisées destinées principalement aux backups télécoms et data centers. Peak Energy, également californien, développe des cellules sodium-ion et vient de signer un contrat avec le géant taïwanais TSMC pour ses futurs data centers.

En Europe, Faradion (basé au Royaume-Uni, racheté par le conglomérat indien Reliance Industries en 2022 pour 100 millions de dollars) commercialise déjà des cellules haute densité énergétique.

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Petite mention côté français : Saft n’est pas seule sur le sodium-ion en France. La start-up Tiamat, basée à Amiens et dirigée par Hervé Beuffe, développe depuis 2017 une technologie sodium-ion issue de dix ans de recherche du CNRS et du réseau RS2E français. La société construit une gigafactory dans la zone industrielle Jules-Verne à Boves (Somme), qui doit atteindre 700 mégawattheures par an lors de sa mise en service en 2026 puis 5 gigawattheures par an à l’horizon 2030, pour un investissement total dépassant 500 millions d’euros. Ses batteries équipent déjà les visseuses vendues par Leroy Merlin depuis 2023. La stratégie de Tiamat cible principalement l’outillage électroportatif, les data centers, le ferroviaire et l’aéronautique. Deux acteurs français sur le sodium-ion, donc, avec des positionnements complémentaires : Tiamat sur la production de cellules à volume, Saft sur les applications les plus exigeantes techniquement.

Une belle configuration industrielle française si les deux boîtes arrivent à passer la ligne d’arrivée.

Sources :

  • GlobeNewswire (communiqué officiel Mana Battery et Saft), Mana Battery and Saft Sign Joint Development Agreement to Advance Anode-Free Sodium-Ion Battery Technology (3 août 2026)
    https://www.globenewswire.com/news-release/2026/08/03/3337276/0/en/mana-battery-and-saft-sign-joint-development-agreement-to-advance-anode-free-sodium-ion-battery-technology.html
    Communiqué officiel de l’annonce, présentation du partenariat, citations de Tyler Evans (CEO Mana Battery) et Kamen Nechev (CTO Saft), cibles marchés (défense, aérospatial, ferroviaire, data centers, UPS).
  • SodiumBatteryHub, Mana Battery, Saft Advance Sodium-Ion Batteries (3 août 2026)

    Mana Battery, Saft Advance Sodium-Ion Batteries


    Décryptage technique de l’accord, contexte de la course mondiale sodium-ion, positionnement Saft-Mana face aux Chinois.

  • Chemical Engineering, Mana Battery and Saft enter agreement for anode-free sodium-ion batteries (août 2026)
    https://www.chemengonline.com/mana-battery-and-saft-enter-agreement-for-anode-free-sodium-ion-batteries/
    Description technique précise de l’architecture anode-free, mécanisme de formation in situ de l’anode sodium, comparaison avec les designs sodium-ion classiques.
  • Top10Grid, Top 10 Sodium-ion Battery Companies to Watch in 2026 (juin 2026)
    https://top10grid.com/top-10-sodium-ion-battery-companies-2026
    Panorama complet du marché mondial sodium-ion, chiffres CATL Naxtra (175 Wh/kg, ~19 $/kWh), BYD gigafactories Xining et Xuzhou (60 GWh cumulés), acteurs européens et américains.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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