Alstom veut apprendre aux machines à souder, à s’organiser et même à concevoir des voitures de train.
Le 17 septembre 2026, le géant français du train Alstom a annoncé un partenariat de recherche avec trois universités du Québec : l’Université Laval, l’Université du Québec à Montréal et l’École de technologie supérieure.
Le but est d’introduire l’intelligence artificielle et les outils de l’industrie 4.0 dans la conception et la fabrication des trains.
L’usine historique de La Pocatière, à deux heures à l’est de Québec, sera le nouveau terrain de jeu de toute cette équipe.
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La Pocatière, une usine québécoise qui croule sous les commandes à la recherche de nouvelles technologies
En quelques mois, le groupe a raflé trois contrats canadiens colossaux, et La Pocatière a hérité d’un bout de chacun.
Le plus gros porte sur VIA Rail, la compagnie ferroviaire nationale : 313 voitures Adessia flambant neuves pour renouveler toute la flotte longue distance, plus quinze ans d’assistance technique et de fourniture de pièces, le tout signé le 3 septembre 2026 pour 4,7 milliards de dollars canadiens (environ 2,9 milliards d’euros) dont à peu près 4 milliards pour les seules voitures. La Pocatière en fabriquera les caisses, la structure même des wagons, tandis que l’assemblage final se fera à Thunder Bay, en Ontario.
Vient ensuite le tramway de la ville de Québec, commandé dès avril 2023 : 34 rames Citadis assorties de trente ans de maintenance, avec une option pour cinq de plus, pour environ 1,34 milliard de dollars canadiens (830 millions d’euros). Celui-là, l’usine l’assemblera.
Reste le métro de Toronto, décroché en janvier 2026 : 70 rames de six voitures, avec une option géante pouvant grimper jusqu’à 150 de plus, pour 2,3 milliards de dollars canadiens, environ 1,4 milliard d’euros. Pour ce dernier, l’assemblage est prévu à Thunder Bay et les essais à Kingston (le rôle exact de La Pocatière n’a pas été précisé).
Le hic, c’est que tous ces projets arrivent presque en même temps, et que l’usine manque de bras. Une soixantaine de postes n’étaient pas pourvus au moment de l’annonce. Avec un tel afflux de travail, il faut des machines qui tournent le plus possible, sans s’arrêter. L’intelligence artificielle peut apporter une réponse très concrète à ce problème qui ralentit la production.
Ce que l’IA va faire à l’atelier
Un mot sur cette fameuse « industrie 4.0 » dont parle le communiqué de presse d’Alstom. L’expression désigne la quatrième révolution industrielle, après celle de la vapeur au XVIIIe siècle, celle de l’électricité et du travail à la chaîne au tournant du XXe, et celle de l’informatique dans les années 1970. Cette quatrième vague tient dans une idée simple : connecter entre eux les machines, les outils et les produits d’une usine, les truffer de capteurs, et laisser les données ainsi récoltées piloter la production. L’atelier devient bavard. Chaque machine raconte en temps réel ce qu’elle fabrique, ce qui la ralentit, ce qui menace de casser. On ajoute l’intelligence artificielle pour digérer ce déluge d’informations, des robots qui travaillent au coude à coude avec les ouvriers, un peu de réalité augmentée pour les guider, et l’on obtient l’usine dite « intelligente ». C’est exactement ce qu’Alstom veut installer à La Pocatière.

Concrètement, le programme va s’attaquer à des tâches très terre à terre du quotidien d’une usine ferroviaire (ce n’est pas encore une méga usine chinoise avec des robots partout).
Le tableau ci-dessous détaille les grands chantiers :
| Axe de recherche | Ce que ça doit changer |
|---|---|
| Procédés de soudage | Régler et fiabiliser les soudures en exploitant les données déjà produites par l’usine |
| Réalité augmentée | Guider soudeurs et assembleurs par des instructions affichées en temps réel devant leurs yeux |
| Cellules de soudage robotisées | Ordonnancer le travail des robots pour réduire les temps morts |
| Conception des caisses | Simuler et optimiser la structure des voitures dès le dessin, pour gagner en matière et en solidité |
| Maintenance prédictive | Anticiper les pannes des machines pour éviter les arrêts imprévus |
L’image la plus parlante de cette utilisation de l’IA est probablement celle des lunettes de réalité augmentée. Un soudeur les enfile avant de voir les instructions, les repères et les points à contrôler s’afficher directement dans son champ de vision, superposés à la pièce qu’il a sous les yeux. Plus besoin de quitter son poste pour consulter un plan.
L’humain reste ici au centre de la production et de la décision et est simplement « augmenté » par la technologie.
L’ensemble du projet encadrera onze étudiants de master et de doctorat, envoyés travailler directement dans l’atelier, aux côtés des ingénieurs d’Alstom.
Une alliance qui remonte à 2019
Ce partenariat de 2026 n’est pas un coup d’essai. La collaboration entre Alstom, l’usine de La Pocatière et l’Université Laval a débuté dès 2019. Elle a pris de l’ampleur en novembre 2022, quand le constructeur a lancé un programme de recherche sur le soudage laser, prévu pour durer cinq ans, avec l’ÉTS et Laval.
L’objectif de l’époque : comprendre comment le soudage au laser modifie la résistance mécanique des pièces, et apprendre à un logiciel à repérer tout seul les défauts de soudure. Une dizaine de chercheurs étudiants planchaient déjà là-dessus aux côtés des ingénieurs, et Alstom faisait de La Pocatière son centre d’excellence en soudage pour toute l’Amérique du Nord.
Le partenariat annoncé en 2026 franchit une marche. Il ajoute une troisième université, l’UQAM, élargit les sujets bien au-delà du soudage, avec la réalité augmentée, les robots et la conception des caisses par ordinateur, et s’accompagne cette fois de financements publics fédéraux, versés par les organismes de recherche NSERC et Mitacs. Alstom n’a pas précisé si le programme de 2022 se poursuit en parallèle, ni combien de temps durera le nouveau.

Un labo québécois qui vise le monde entier
Alstom ne considère pas cette usine comme un simple atelier de plus, mais comme un banc d’essai. Ce qui y sera mis au point n’a pas vocation à rester au Québec.
Le directeur de l’innovation d’Alstom pour le Canada l’a clairement fait comprendre : les méthodes et les solutions développées ici pourront être adaptées et déployées sur les autres sites du groupe à travers le monde.
Alstom, c’est plus de soixante pays et des dizaines d’usines. Faire de La Pocatière le lieu où l’on invente les outils numériques de demain, c’est donner à une petite ville québécoise un rôle bien plus grand que son carnet de commandes local.
Le groupe emploie déjà plus de 5 200 personnes au Canada, où il se présente comme le seul fabricant de matériel roulant du pays. En greffant un pôle de recherche universitaire sur son usine, il en fait un maillon stratégique, capable d’exporter non plus seulement des trains, mais des façons de les fabriquer.
Remplaçante ou béquille ?
Reste la question qui fâche dès qu’on parle d’IA à l’usine : et l’emploi dans tout ça ? Officiellement, personne chez Alstom ne parle de remplacer les ouvriers. Le discours est même l’inverse. Puisqu’il manque une soixantaine de personnes, l’automatisation doit soulager celles qui restent, leur éviter les tâches répétitives et les faire monter en compétence, pas les pousser vers la sortie. Dans une usine qui cherche désespérément à embaucher, l’IA ressemble bien davantage à une béquille qu’à une menace.
On peut évidemment, comme pour de nombreuses usines dans le monde, se poser la question de « l’après » mais pour l’instant, à La Pocatière, l’intelligence artificielle arrive en pompier d’un manque de main-d’œuvre bien réel, et personne ne s’en plaint.
Sources principales :
Alstom, Alstom et trois universités québécoises unissent leurs forces pour faire progresser la fabrication ferroviaire intelligente (17 septembre 2026)
https://www.alstom.com/press-releases-news/2026/9/alstom-and-three-quebec-universities-join-forces-advance-smart-rail-manufacturing
Objet du partenariat, axes de recherche, universités partenaires et déploiement possible sur les autres sites du groupe.
Radio-Canada, L’usine d’Alstom de La Pocatière se positionne au centre de l’innovation ferroviaire (17 septembre 2026)
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2284790/alstom-innovation-ferroviaire-la-pocatiere-recherche
Rôle de La Pocatière dans le groupe Alstom, formation de onze étudiants et lien avec les contrats VIA Rail, Toronto et Québec.
TVA / CIMT-CHAU, L’IA dans la fabrication ferroviaire : Alstom collabore avec trois universités québécoises (17 septembre 2026)
https://cimtchau.ca/nouvelles/alstom-annonce-un-partenariat-de-recherche-pour-la-progression-de-la-fabrication-ferroviaire-intelligente
Postes non pourvus à l’usine, maintenance prédictive et propos du responsable de la recherche du site.
Le Soleil, La fabrication ferroviaire intelligente testée à La Pocatière (17 septembre 2026)
https://www.lesoleil.com/actualites/actualites-locales/est-du-quebec/2026/09/17/la-fabrication-ferroviaire-intelligente-testee-a-la-pocatiere-B4ZMNRXTXJCPJJQ4M4NK6OUAAY
Contrat de 4,7 milliards de dollars canadiens pour VIA Rail et emplois soutenus à La Pocatière.



