EDF ouvre ses contrats nucléaires de long terme à des milliers d’entreprises.
Pendant longtemps, seuls les géants de l’industrie pouvaient se permettre un accès direct à l’électricité nucléaire à prix stable. C’était un peu comme un club privé réservé aux très gros consommateurs, ceux qui font tourner des aciéries ou des chaînes de production jour et nuit. Depuis novembre 2025, ce cercle s’ouvre enfin. EDF élargit massivement l’accès à ses contrats CAPN (Contrats d’Accès à la Production Nucléaire), permettant à plusieurs milliers d’entreprises de sécuriser un approvisionnement en électricité à long terme, à prix fixe et décorrélé du marché.
Une décision qui, dans le contexte d’une énergie sous tension et de la fin du dispositif ARENH, pourrait changer la donne pour des pans entiers de l’économie française.
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Des contrats taillés pour les gros consommateurs d’énergie
Jusqu’ici, les CAPN s’adressaient uniquement aux industriels électro-intensifs, c’est-à-dire ceux qui consomment des volumes astronomiques d’électricité, souvent plusieurs centaines de gigawattheures par an. Désormais, EDF ouvre la porte à un nouveau seuil : 7 GWh par an. Cela représente déjà une consommation impressionnante, équivalente à celle d’un village de 1 500 habitants ou d’un data center de taille moyenne.
Sont concernés :
- Les entreprises industrielles ou tertiaires dépassant ce seuil,
- Les fournisseurs d’électricité titulaires d’une autorisation de revente,
- Et même les producteurs d’électricité souhaitant sécuriser leurs achats à long terme.
Selon Marc Benayoun, directeur exécutif du pôle client, service et territoire d’EDF, “des milliers de clients” entrent dans cette nouvelle catégorie.
Dix ans de stabilité dans un marché instable
Les contrats CAPN sont adossés directement à la production nucléaire historique d’EDF. Cela signifie que les entreprises bénéficient d’un prix de l’électricité déconnecté des marchés de gros, pour une durée minimale de 10 ans.
Autrement dit, elles s’assurent une visibilité sur leurs coûts énergétiques dans un contexte où les prix du MWh peuvent doubler en quelques mois.
C’est une assurance contre la volatilité, à l’heure où l’Europe sort de la régulation ARENH (Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique). Ce dispositif, en vigueur depuis 2011, accordait à certains industriels un accès plafonné à l’électricité nucléaire d’EDF à tarif réduit (42 €/MWh). Sa disparition fin 2025 laisse place à ces nouveaux CAPN, beaucoup plus souples et adaptés à la réalité économique actuelle.
Des premiers signataires emblématiques
EDF a déjà signé sept contrats CAPN, dont deux nouveaux annoncés le 13 novembre :
- Safran Landing Systems, spécialiste mondial des systèmes d’atterrissage et de freinage aéronautique,
- Verallia, grand fabricant d’emballages en verre.
D’autres discussions sont en cours, notamment avec ArcelorMittal, l’un des plus gros consommateurs d’énergie du pays, pour un accord espéré avant la fin de l’année.
Karine Revcolevschi, directrice “Optimisation amont-aval trading” d’EDF, précise que “beaucoup d’autres négociations sont en cours”. L’objectif est clair : consolider un noyau dur de partenaires industriels avant 2026.
Les data centers entrent dans la danse
Parmi les nouveaux clients potentiels, EDF vise désormais un secteur en pleine explosion : les centres de données.
Ces infrastructures, indispensables à l’intelligence artificielle et au cloud, consomment des quantités colossales d’électricité. Un seul grand data center peut dépasser 1 TWh par an, soit l’équivalent de la consommation d’une ville entière comme Angers.
En septembre, EDF a déjà signé un contrat CAPN avec Data4, un opérateur français de data centers. D’autres discussions sont en cours avec des acteurs internationaux. Ces accords permettent de garantir une alimentation stable et décarbonée, un argument de poids pour les géants du numérique soucieux de verdir leur image.
Une arme stratégique pour la souveraineté énergétique
Avec cette ouverture, EDF envoie un message clair : l’électricité nucléaire française n’est pas réservée aux mastodontes industriels. Elle devient un levier de compétitivité nationale.
En sécurisant des prix à long terme, ces contrats permettent à des entreprises de planifier leurs investissements, d’éviter les à-coups du marché et d’améliorer leur bilan carbone.
Pour la France, c’est aussi une stratégie industrielle cohérente : valoriser la production nucléaire existante tout en renforçant la sécurité énergétique du pays. À l’heure où l’Allemagne et d’autres voisins européens misent sur des contrats de long terme avec les producteurs d’énergie verte, la France utilise son atout nucléaire pour stabiliser son économie.
Quels acteurs acteurs ayant déjà souscrit à un CAPN
| Entreprise | Secteur | Type de contrat | Volume estimé | Objectif principal |
|---|---|---|---|---|
| Safran Landing Systems | Aéronautique | CAPN (signé en 2025) | ≈ 100 GWh/an | Stabiliser les coûts énergétiques de production |
| Verallia | Verre et emballage | CAPN (signé en 2025) | ≈ 120 GWh/an | Réduire la dépendance aux prix de gros |
| ArcelorMittal France | Métallurgie | CAPN (en négociation) | ≈ 2 TWh/an | Sécuriser l’approvisionnement pour les aciéries |
| Data4 | Centres de données | CAPN (signé en septembre 2025) | ≈ 1 TWh/an | Assurer une électricité décarbonée stable |
Un pas décisif pour les PME à forte consommation
En abaissant le seuil à 7 GWh, EDF ouvre la voie à des milliers d’ETI et PME : entreprises agroalimentaires, imprimeries, industries chimiques, fabricants de matériaux…
Ces structures, souvent exclues des dispositifs précédents, pourront désormais signer des contrats sur mesure pour se protéger des chocs tarifaires.
L’électricité devient ainsi un outil de stabilité économique, et le nucléaire, longtemps perçu comme une énergie centralisée, retrouve un visage plus accessible, presque “partagé”.
C’est un changement discret en apparence, mais potentiellement majeur pour l’industrie française qui en avait bien besoin.
Source : Communiqué de presse d’EDF
Image : Centre Nucléaire de Production d’Électricite de Cruas-Meysse



