Un nouveau jalon pour ce réacteur nucléaire américain unique au monde.
Le 21 décembre 2025, la société Aalo Atomics a expédié cinq modules de son réacteur nucléaire extra-modular reactors (XMR) depuis son usine pilote d’Austin (Texas) vers le Idaho National Laboratory pour une batterie de tests.
L’objectif affiché est d’atteindre la première criticité nucléaire (état dans lequel chaque fission nucléaire provoque en moyenne une nouvelle fission, ce qui permet à la réaction en chaîne de se maintenir de façon stable et contrôlée) dès 2026, dans le cadre d’un programme pilote du Department of Energy et de prouver que ce réacteur unique au monde a un avenir sur le marché de l’énergie !
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Aalo propose sa vision du réacteur nucléaire « extra-modulaire » avec une architecture pensée pour produire vite, fort et sans eau
Le réacteur d’Aalo repose sur 2 choix technologiques forts que nous allons voir dans cet article : un assemblage « en kit » et un usage du sodium plutôt que de l’eau comme colporteur de chaleur.
L’« extra-modularité », une logique industrielle avant tout
Le terme peut sembler marketing, mais il traduit une réalité industrielle précise.
Là où les SMR visent des puissances de 300 MW et plus, Aalo parie sur l’agrégation de petits blocs (comme un gros Lego si vous voulez). Cinq réacteurs Aalo-X réunis forment un Aalo Pod de 50 MW, capable d’alimenter des infrastructures très énergivores : centres de données, complexes industriels, plateformes numériques etc.
Cette approche permet plusieurs choses :
- Fabriquer en série, dans une usine unique, des modules identiques.
- Tester chaque brique séparément, avant assemblage.
- Adapter la puissance finale au besoin réel, sans surdimensionnement.
Les cinq modules expédiés à l’INL ne contiennent pas encore de combustible nucléaire. Ils serviront à des essais dits intégrés, destinés à vérifier la production de vapeur, les transferts thermiques et le comportement global du système.

Le sodium et ses avantages sur l’eau
Le réacteur d’Aalo, outre son extra-modularité donc, a opté pour un refroidissement par sodium liquide. Une technologie de génération IV déjà expérimenté sur d’autres réacteurs expérimentaux (dont le français Superphénix).
Ce métal présente deux avantages déterminants :
- D’abord, il permet de fonctionner à haute température sans pression élevée. Contrairement à l’eau, qui doit être maintenue sous plusieurs dizaines de bars, le sodium reste liquide à pression atmosphérique : pas besoin d’enceinte de confinement massive, ni de cuves surdimensionnées.
- Ensuite, la densité énergétique augmente fortement. À puissance équivalente, le réacteur peut être plus compact, ce qui facilite la fabrication en usine et le transport par modules standardisés.
Un héritage direct des programmes fédéraux américains
Le design d’Aalo a été largement inspiré du programme MARVEL, mené par le DOE pour tester des micro-réacteurs de nouvelle génération. Le directeur technique d’Aalo, Yasir Arafat, a d’ailleurs joué un rôle central dans ce projet.
On retrouve ainsi plusieurs éléments clés :
- Un combustible à matrice hydrure métallique, fonctionnant à basse pression.
- Une sûreté passive intégrée : en cas de perte d’alimentation, le combustible se dilate légèrement, ce qui ralentit puis arrête la réaction nucléaire sans action humaine.
- Une architecture simplifiée, pensée pour limiter le nombre de systèmes actifs.
Autrement dit, le réacteur est conçu pour réagir physiquement aux incidents, et non pour les compenser par une cascade de systèmes électriques.
Un chantier accéléré, jusque dans le sous-sol
Pour tenir l’échéance de 2026, Aalo a été jusqu’à repenser la méthode de construction elle-même.
Plutôt que des opérations de minage ou de dynamitage classiques, l’entreprise utilise des techniques de forage vertical, proches de celles employées dans le secteur pétrolier. Cette approche permet :
- Un creusement environ 50 % plus rapide,
- Un niveau sonore bien plus faible,
- Une précision suffisante pour installer directement les puits de réacteur.
Réglementation, IA et calendrier politique
Le projet bénéficie aussi d’un contexte réglementaire favorable. Un décret présidentiel signé en juin 2025 a simplifié les procédures de test pour les réacteurs avancés. Aalo a ainsi obtenu rapidement son emplacement à l’INL et validé les études environnementales nécessaires.
Pour aller plus loin, l’entreprise a noué un partenariat avec Microsoft afin de développer des agents d’intelligence artificielle dédiés aux procédures réglementaires. L’objectif n’est pas de contourner les règles, mais de transformer des milliers de pages d’exigences en processus exploitables, plus rapides et plus lisibles.
Aalo affiche une ambition claire : passer de la création de l’entreprise à la fission en un temps record, puis exploiter non pas un simple démonstrateur, mais une véritable centrale connectée à un centre de données.
Une nouvelle brique dans l’écosystème nucléaire avancé
Avec ce projet, Aalo ne cherche pas à concurrencer les grands réacteurs nationaux. Elle occupe un autre espace : celui de la production électrique locale, pilotable, dense et décarbonée.
Si la première criticité est atteinte en 2026, il ne s’agira plus de savoir si le concept fonctionne, mais à quelle vitesse il peut être reproduit, et à quel coût par mégawatt installé.

Les autres technologies envisagées pour les SMR
Au-delà des SMR à eau légère, qui restent les plus proches des technologies actuelles, l’industrie nucléaire explore toute une galaxie de concepts de génération IV, pensés pour changer d’échelle et de logique. On y trouve donc les réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium mais d’autres pistes misent par exemple sur des sels fondus, où le combustible est dissous dans un liquide circulant, ce qui permet un fonctionnement à basse pression et une sûreté intrinsèque plus lisible.
Les SMR au gaz (hélium), inspirés des réacteurs HTGR, promettent des températures très élevées, utiles pour l’industrie lourde ou la production d’hydrogène. Enfin, certains projets explorent le plomb ou le plomb-bismuth comme fluide de refroidissement, robuste face aux radiations et adapté à des réacteurs très compacts.
Récapitulatif des principales technologies SMR de génération IV
| Technologie SMR | Fluide de refroidissement | Combustible | Atouts principaux | Niveau de maturité |
| SMR à neutrons rapides | Sodium liquide | Uranium ou MOX | Meilleure utilisation du combustible, réduction des déchets | Démonstrateurs passés, nouveaux projets en cours |
| SMR à sels fondus (MSR) | Sel fondu | Uranium ou thorium dissous | Basse pression, sûreté passive, flexibilité du cycle | Recherche avancée, prototypes à venir |
| SMR HTGR | Hélium | Combustible TRISO | Très haute température, usages industriels directs | Prototypes et projets pilotes |
| SMR plomb / plomb-bismuth | Plomb ou Pb-Bi | Uranium | Excellente résistance aux radiations, forte compacité | Développement pré-industriel |
| SMR eau légère avancé | Eau pressurisée | Uranium | Continuité industrielle, déploiement rapide | Le plus proche du marché |
Sources :
- Aalo Atomics, https://www.aalo.com/aalo-x
- https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9acteur_rapide_refroidi_au_sodium
- Connaissance des énergies, article sur le projet Superphénix du 01 juillet 2024



