La Chine automatise le transport du minerai en altitude.
Il y a des endroits où le corps humain ne devrait pas travailler. Trop haut, trop froid, trop dur. À 5 600 mètres d’altitude, là où l’oxygène se fait rare, où le moindre effort vous essouffle en quelques secondes, la Chine fait pourtant circuler des camions géants… sans conducteur, sans cabine chauffée, sans pause.
Cela se passe dans les montagnes Kunlun, à la mine de Huoshaoyun, un gisement découvert en 2016. L’endroit est si hostile qu’il dépasse même la ville la plus haute du monde, La Rinconada, au Pérou. Là où des milliers de mineurs luttent contre l’hypoxie, la Chine déploie aujourd’hui des machines qui n’ont pas besoin de respirer.
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À 5 600 mètres d’altitude, des camions miniers roulent seuls sur le toit du monde
Imaginez-vous un instant là-bas. Chaque pas vous coûte un souffle. Il fait -20 °C, parfois moins. Le vent siffle comme une scie, le sol est gelé en permanence, et le moindre chantier devient une épreuve. Construire des bâtiments ? Complexe. Maintenir un rythme de travail humain ? Illusoire.
Seulement sous cette roche gelée se cache l’un des plus grands trésors métalliques de la planète : plus de 21 millions de tonnes de plomb et de zinc, pour 52,3 milliards de dollars (ou 45 milliards de dollars) de valeur estimée.
Face à un tel enjeu, les ingénieurs ont fait un choix radical : ne plus envoyer d’hommes en construisant une chaîne autonome, intelligente et robuste.
Ces camions roulent seuls, mais ils ne sont pas aveugles
Les véhicules déployés sur ce site sont bien plus que de simples camions. Ce sont des plateformes autonomes, bardées de capteurs, de caméras, de systèmes d’intelligence embarquée. Ils « voient » le terrain et « comprennent » les obstacles. Ils adaptent ainsi leur itinéraire en temps réel.
Reliés entre eux par une infrastructure 5G, ils échangent leurs données en continu, planifient leurs manœuvres, évitent les collisions. Des opérateurs situés à des centaines de kilomètres peuvent reprendre la main en cas de besoin, grâce à un cockpit virtuel reproduisant la vue du camion en 360 degrés.
Les ingénieurs chinois ont réussi à projeter l’intelligence humaine sans exposer le corps humain.

Prochaine étape : une boucle complète, sans interruption, sans fatigue
La chaîne fonctionne jour et nuit. Pas besoin de pauses. Pas de mal de l’altitude. Pas de risque de gelure. Les camions chargent le minerai, le transportent, le déversent, puis recommencent, sans relâche.
Les essais montrent un gain logistique important, une régularité que même les meilleurs conducteurs n’auraient pu offrir dans ces conditions. Et surtout… aucun ouvrier n’est en danger.
La prochaine étape est déjà en préparation : intégrer des excavatrices autonomes, pour que même l’extraction soit faite sans intervention humaine directe.

Le développement du site en une exploitation minière a débuté en 2017. La mine appartient à Guanghui Energy et est considérée comme la septième plus grande mine de plomb-zinc au monde.
En 2019, des études sur le terrain ont révélé que les montagnes environnantes contenaient également des dépôts suffisamment importants pour justifier un développement futur.
Plus qu’une mine, un signal
Avec ce projet, la Chine ne se contente pas d’exploiter un gisement. Elle envoie un message : elle est capable de faire travailler des machines dans des environnements où l’homme n’a plus sa place.
Ce savoir-faire pourrait servir ailleurs : dans l’Arctique, les fonds marins et demain, peut-être jusque sur la Lune !
Là où la matière première existe, mais où la vie humaine ne tient que par un fil.
Source :
- South China Morning Post, China deploys world’s largest fleet of driverless mining trucks, powered by Huawei tech, 8 décembre 2025



