Un géant des airs Stratolaunch accélère la cadence.
En janvier 2026, l’entreprise américaine Stratolaunch a annoncé une levée de fonds et l’entrée d’Elliott Investment Management dans son capital, aux côtés de Cerberus Capital Management. Le montant exact n’est pas connu mais on parlerait de plusieurs centaines de millions de dollars.
Ce fond pourrait permettre à Stratolaunch de passer de la curiosité de foire avec son titre de « plus grand avion du monde » à un acteur aérien rentable et crédible, en lui donnant les moyens d’augmenter fortement le rythme des essais hypersoniques, tout en élargissant la flotte d’avions porteurs.
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Stratolaunch annonce une levée de fonds estimée à plusieurs centaines de millions de dollars
Le cœur du dispositif reste le Roc, officiellement Stratolaunch Model 351. Avec 117 mètres d’envergure, c’est tout simplement l’avion opérationnel à la plus grande envergure jamais construit.
Ce monstre volant n’est pas là pour battre des records de distance ou transporter des passagers. Son rôle est d’emmener des véhicules hypersoniques en altitude, dans des zones de lancement stables.
Cela permet de tester souvent, de répéter les scénarios, et surtout de corriger rapidement les erreurs pour ces derniers.
Une entreprise qui revient de loin
Stratolaunch est l’illustration parfaite d’un projet industriel qui a failli disparaître plusieurs fois avant de trouver sa vraie raison d’être. L’aventure démarre en 2011, portée par Paul Allen, milliardaire passionné d’espace, avec une idée ambitieuse : construire le plus grand avion du monde pour lancer des fusées depuis les airs et réduire le coût d’accès à l’orbite.
Le programme accumule alors les rebondissements, changements de lanceurs, partenariats abandonnés avec SpaceX puis Orbital Sciences, retards techniques et doutes économiques. Le premier vol du géant, baptisé Roc, n’a lieu qu’en avril 2019, dans un contexte déjà fragilisé. Le décès de Paul Allen en 2018 prive brutalement le projet de son soutien financier et stratégique, et Stratolaunch semble alors condamnée à devenir un cul-de-sac technologique, avec un avion hors normes mais sans mission claire.
La reprise par Steve Feinberg sauve l’entreprise in extremis, au prix d’un virage radical : abandon progressif du lancement spatial au profit d’un rôle beaucoup plus pragmatique : celui de plateforme d’essais hypersoniques. À partir de 2021, le Roc n’est plus un lanceur de satellites en attente, il devient un outil unique pour larguer des véhicules expérimentaux comme Talon-A.

Talon-A2, un banc d’essai volant réutilisable
Le véhicule clé s’appelle Talon-A2. C’est un engin hypersonique autonome et réutilisable, conçu pour être largué depuis le Roc à haute altitude. Une fois libéré, il allume son moteur-fusée et accélère jusqu’à dépasser Mach 5, soit plus de 6 200 km/h.
La propulsion repose sur le moteur Hadley, développé par Ursa Major. Il fonctionne à l’oxygène liquide et au kérosène, avec une poussée d’environ 22 kilonewtons. Ce n’est pas la puissance brute qui impressionne, c’est sa compatibilité avec des essais répétés, dans un calendrier industriel.
En 2025, Stratolaunch a déjà réalisé deux vols d’essai réussis et réutilisables avec Talon-A2. Dans le monde hypersonique, c’est unexploit. Beaucoup de programmes brûlent leur démonstrateur en un seul vol.
Tester plus souvent, tester comme on opère
La nouvelle levée de fonds vise un point très précis : le rythme. Aujourd’hui, l’hypersonique souffre moins d’un manque d’idées que d’un manque de fenêtres de test réalistes. Chaque tir sol-sol est coûteux, lourd à organiser, et rarement reproductible à court terme.
Stratolaunch veut casser cette logique. En augmentant sa capacité de production de véhicules Talon et en ajoutant des avions porteurs, l’entreprise cherche à proposer des démonstrations fréquentes, proches des conditions opérationnelles réelles.
Ce n’est pas un hasard si la communication mentionne explicitement le Department of Defense et ses partenaires. L’enjeu n’est pas uniquement scientifique, il est aussi industriel et stratégique.
Une flotte qui commence à s’étoffer
À ce jour, Stratolaunch dispose de deux avions porteurs.
Le premier est le Roc, le second est le Spirit of Mojave (un Boeing 747-400 modifié), anciennement connu sous le nom de Cosmic Girl. Cet appareil avait été conçu pour les lancements aéroportés de Virgin Orbit. Après la faillite de cette dernière en 2023, Stratolaunch l’a récupéré et adapté à ses propres missions.
Ce 747 n’a pas l’envergure du Roc. En revanche, il offre une flexibilité opérationnelle, une logistique plus classique et des coûts potentiellement plus bas pour certains profils d’essais.
L’annonce de nouveaux avions porteurs suggère une stratégie multi-plateformes, adaptée à différents types de tests et de charges utiles.
Un secteur industriel appelé hypersonique
Dans ses déclarations, le PDG Zachary Krevor insiste sur un point : l’entreprise doit passer à l’échelle industrielle. L’hypersonique ne peut plus se contenter de vols uniques célébrés comme des succès d’estime, l doit entrer dans une logique de production, d’itération et de fiabilité.
C’est exactement ce que Stratolaunch tente de construire. Une infrastructure capable de faire voler des engins hypersoniques comme on teste aujourd’hui des avions, avec des campagnes régulières, des données exploitables et des délais compatibles avec des programmes de défense modernes.
Ce que raconte vraiment cette levée de fonds
La levée de fond prouve que le secteur financier veut miser sur la transition de l’hypersonique vers un outil industriel rentable à plus ou moins long terme.
Avec le Roc, Talon-A2 et une flotte appelée à grandir, Stratolaunch se positionne comme un acteur crédible de ce nouveau marché appelé à se développer.
Un marché de l’hypersonique qui va doubler d’ici 2033
Le marché mondial des technologies hypersoniques, qui inclut directement les capacités d’essais, les plateformes de test, les véhicules expérimentaux et les infrastructures associées, atteint déjà une taille respectable. En 2024, il était évalué à 6,68 milliards de dollars, soit environ 5,68 milliards d’euros au cours actuel. Selon les projections, ce marché pourrait grimper à 12,36 milliards de dollars (environ 10,51 milliards d’euros) d’ici 2033.
La région Asie-Pacifique domine aujourd’hui largement le secteur, avec plus de 35,3 % de part de marché, portée par des budgets de défense en hausse, une montée en puissance des investissements privés, et des progrès rapides en propulsion et en protection thermique. À cela s’ajoutent des tensions géopolitiques durables et un intérêt croissant de l’aéronautique commerciale pour ces vitesses extrêmes.
Dans ce contexte, les services de tests hypersoniques réutilisables deviennent un maillon stratégique, car chaque nouveau programme, militaire ou expérimental, a besoin de campagnes d’essais fréquentes, instrumentées et crédibles, ce qui transforme progressivement l’hypersonique en marché industriel récurrent, et non plus en simple démonstration technologique ponctuelle.

Fiche technique du Roc de Stratolaunch :
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Type d’appareil | Avion porteur géant hexaréacteur à double fuselage |
| Constructeur | Scaled Composites |
| Premier vol | 13 avril 2019 |
| Longueur | 72 mètres |
| Hauteur | 15 mètres |
| Envergure | 117 mètres |
| Record notable | Avion à la plus grande envergure jamais construit |
| Masse à vide | 230 tonnes |
| Masse maximale au décollage | 590 tonnes |
| Charge maximale emportable | 227 tonnes sous la poutre centrale |
| Motorisation | 6 turboréacteurs Pratt & Whitney PW4056 |
| Origine des moteurs | Identiques à ceux du Boeing 747 |
| Structure du fuselage | 50 % pièces issues de Boeing 747, 50 % composite carbone |
| Train d’atterrissage | 28 roues |
| Altitude de largage | 9 100 mètres |
| Distance franchissable | 1 852 kilomètres |
| Autonomie maximale en mission | 10 heures |
| Vitesse maximale | 850 km/h |
| Rôle principal actuel | Plateforme de lancement et d’essais hypersoniques |
Sources :
- Article Wikipédia sur Stratolaunch
- Communiqué de presse de Stratolaunch




